Le lait et le Miel

Avant le voyage

À l’hiver 2019, nous commencions a vivre ensemble avec Reiko dans mon petit appartement rue de Jarente. Mon ami Jun Amanto d’Ōsaka me contacta pour me mettre en contact avec Yuko Imazaike, une compatriote à lui, vivant à Jérusalem et qui devait venir à Paris à l’occasion d’un festival de court métrage.

La thématique du festival « Now You See Me ! » était les installations d’art-monument urbain. La vidéo qui était primée avait été filmé près de Beer Sheva en Israël, dans un monument appelé Andarta, monument à la brigade du Néguev.

Le film était la captation d’une performance dansée par Yuko mélangé avec des images d’Andarta filmées par un drone. Une partie de l’équipe du film venait à Paris, le réalisateur Shimon Bokshtein, le musicien David Peretz, et bien sûr Yuko accompagné de Sandra Kaufman une amie.

On organisait une petite performance pour Yuko « chez Adel », on réservait l’après-midi du samedi se rendant directement dans le petit café de la rue de la grange aux belles et remplissant le petit carnet d’Adel.

Puis le jour de la remise des prix on se rendait au Louvre pour la cérémonie à laquelle nous allions assister. C’est là que l’on fit connaissance avec toute la petite équipe et aussi Jérémie Dhjan, un ami parisien de Sandra très sympa, affable et qui me faisait penser à Ramirez dans Highlander.

On allait tous ce premier soir après la cérémonie manger un bò bún passable dans un restaurant dont il n’est nul besoin de se rappeler le nom.

Deux jours plus tard on se rendait à pied chez Adel. Je déambulais en costume queue-de-pie et haut de forme pour notre performance. On rencontrait en chemin, au niveau du marché des enfants rouges, Shimon Sandra et Yuko.

Adel était bien sûr fermé, on mangeât chichement, et on but un café dans un brunch, cher pour ce que c’était. Finalement Adel ouvrit et nous fîmes une performance en deux parties très mémorable, dont Shimon immortalisa l’essence avec de très belles photos.

Après la performance nous allâmes tous manger tout près, au restaurant le Cambodge. En terrasse nous avions bien froid, mais buvant des bières et mangeant chaud, la soirée était gaie. C’est ce soir-là que Shimon nous parla de Mitzpe Ramon pour la première fois. Il nous parla d’un festival auquel nous pourrions participer là-bas. Rien n’était très clair, mais cela suffit à nourrir notre curiosité. On commença a projeter de partir en Israël à l’été prochain.
Le lendemain on revoyait Yuko et Sandra. Elle voulait voir l’appartement où Jun et Kuri avaient logés lors de la tournée parisienne de décembre 2015 lorsqu’ils étaient venus avec Susumu et Yuka d’Ōsaka.

Je pensais Gaël absent (en fait il était bien chez lui ce jour là) alors je ne leur montrais que la rue, mais Yuko fut très heureuse de la voir.

Nous prîmes ensuite un bus jusqu’à Châtelet où nous allâmes déjeuner dans un restaurant français, camembert au miel, escargot et soupe à l’oignon.

C’était au « Père Tranquille », où nous avions été cette fameuse année avec Jun, Miho, Katsu et François qui nous avait fait découvrir le lieu. Cette fois-là aussi on avait mangé de la soupe à l’oignon et ça avait bien plu à Miho.

Après le repas nous nous séparâmes. Yuko et Sandra se promenèrent le long de la Seine, et Reiko et moi nous filâmes au studio Chandon où il y avait un spectacle de danse suivit une performance improvisée.

L’été arriva, nous fîmes une tournée européenne (Lille, Berlin, Prague) avec Tida, une amie de Nagoya, puis j’allais au baptême de mon neveu dans le Courserans, à Moulis (passant devant les carrières de marbre qu’on trouve à l’entrée du village, je ne savais pas encore qu’un peu plus d’un mois plus tard je survolerai Istanbul, où dans l’antiquité on employa de ce marbre pour la construction de la basilique Sainte-Sophie).

Le temps passait et nous n’avions toujours pas de nouvelles de Yuko ni de Shimon, nous décidâmes de forcer le sort, Reiko contacta Yuko qui organisait des performances tous les premiers samedis du mois dans sa galerie à Jérusalem et nous proposa de faire une performance avec elle le samedi 7 septembre. Nous commençâmes alors à chercher nos billets d’avion.

En parallèle je contactais Shimon qui nous mis en contact avec un lieu à Mitzpe Ramon, le Back Stage Studio. Un midi nous fîmes une vidéo-conférence depuis notre potager de l’Observatoire. Ils étaient contents de nous accueillir…

Le billet d’avion fut pris. Départ le 3 septembre au petit matin 8 h, puis changement d’une heure à Istanbul, arrivée à Tel-Aviv à 15h00. Retours le 17 septembre départ de Tel-Aviv à 5h00 du matin (on dormirait à l’aéroport) 8h00 d’escale à Istanbul (peut-être visiterait-t-on la ville, la basilique Sainte-Sophie) puis arrivée à Paris à18h00.

C’était dans les 250€ par personne, ça m’allait, seul les 01h00 d’escale à Istanbul me faisaient un peu peur, surtout ayant appris qu’il s’agissait du nouvel aéroport d’Istanbul, immense, une ville quasiment.
Avant le départ je commençais à lire la Bible, les livres de la Genèse, de l’Exode, du Lévitique, des Nombres, et le Deutéronome pour me mettre dans le bain. En parallèle je travaillais le potager que nous avions débroussaillé à Meudon avec Mariya qui avait squatté chez nous en Août.

Un soir que nous rentrions au 6 rue de Jarente, on croisait Mr Hayem devant le bâtiment B. On lui parlait de notre voyage et projet de dormir dans le désert à la belle étoile (Nous venions d’acheter pour cela deux petits matelas pneumatiques, modèles enfant, car à notre taille et plus léger, chez Le Vieux campeur).

« -Et vous avez pensé aux serpents et aux scorpions ! »

J’avouais que nous ne nous en étions pas du tout préoccupé ! J’angoissait et je contactais Shimon qui me confirmait qu’il n’était pas dangereux de camper dans le Néguev et me proposait même de nous emmener en voiture.

Le dimanche, j’allais après la messe de 19h00 allumer un cierge dans la chapelle Saint-Joseph dans l’église Saint-Paul. Mon grand père Henri et ma grand mère Eva étaient très pieu. Mais l’église ferme bientôt et l’aumônier chargé de fermer abrège sans ménagement ma prière en soufflant sur les cierge pour les éteindre… il fallait venir plus tôt...

Finalement la date du départ arriva, après mon travail à Meudon je renonçais à finir le débroussaillage du potager et rentrais le plus vite possible. J’achetais en route une pellicule argentique pour mon vieil appareil photo, du 400 ASA couleur.

Et on finalisait dans la soirée nos deux sacs, on dînait et je fumais une dernière Kretek, ces cigarettes indonésiennes au clou de girofle que Chinatsu d’Ōsaka m’avait ramené du Japon lors de son passage à Paris quelques jours plus tôt. On s’endormait pour une courte nuit.

Mardi 3 septembre 2019

Paris

On se lève à 4h00 du matin, je n’ai pas beaucoup dormi de la nuit, excité par le départ. Je prépare dans la cafetière italienne, ce petit café que Reiko aime tant. On prend un tout-petit-déjeuner, quelques biscuits avec le café, on ferme l’électricité, vérifie qu’on n’a rien oublié, nous fermons les portes et arrimons notre chargement.

J’ai mon gros sac à dos vert Quechua, celui que j’avais acheté en 2001 pour notre voyage en Irlande avec Sylvain Gardères. Un peu abîmé, le fond est percé et Reiko dit qu’il pue, mais je l’aime bien. C’est avec lui que je suis partis au Japon la première fois en 2013, et aussi avec lui que j’ai fait mon voyage au Kirghizistan en 2005. Dedans j’ai mis les matelas gonflables, nos cadeaux pour les amis en Israël pliés dans des vêtements propres, l’enregistreur, les micros, une petite pharmacie le chargeur du Mac et le charango.

À la main j’ai la sacoche du sanshin, avec le sanshin, la guitare de voyage, des vêtements pliés pour protéger le tout.

Enfin mon sac bandoulière, avec les appareils photo (numérique et argentique), l’argent, les documents et le Mac.

Reiko à sa grande guitare dans son étui sur son dos et un petit sac à dos avec pas mal de choses qu’elle porte.

Nous sortons de l’immeuble et au même instant une étoile filante très lumineuse traverse le ciel de la cour et nous laisse émerveillés.

Nous décidons de prendre un bus de nuit, vers 5h15, qui nous amènera à Opéra où nous prendrons le Roissyval pour l’aéroport.

La nuit est fraîche, c’est le petit matin, il n’y a pas grand monde à l’arrêt de bus Saint-Paul, juste un gars un peu louche attend avec nous et ça m’énerve. Le bus finit par arriver avec du retard, mais nous avons normalement 20 minutes de battement à opéra qui devrait le combler.

Et puis, c’est le bus de nuit, le bus de ceux qui travaillent dur, tôt le matin ou qui rentrent aux aurores après une nuit de labeur. Nous, nous avons la chance de partir en voyage, on n’est pas a 20 minutes près.
À Opéra lorsque nous arrivons un Roissybus est sur le point de partir, nous traversons devant lui et il accepte de nous laisser monter en râlant juste par principe.
C’est le bus précédent celui que nous avions prévu, je suis à présent sûr que nous serons à l’heure à l’aéroport.

On mascagne un peu avec nos gros sacs mais nous finissons par nous installer confortablement.

Et c’est bien en avance qu’on arrive à l’aéroport, il est 5h45, cela a pris 45 minutes de chez moi à ici. La nuit le bus roule très bien, c’est bien le plus rapide pour venir à Charles de Gaulle.

On doit attendre un peu avant de s’enregistrer, mais ça se fait vite, puis on rejoint rapidement le quai d’embarquement ou on attend deux heures somnolent et regardant les autres voyageurs. Près de la fenêtre, une vieille dame, musulmane religieuse, lie un grand Coran avec dévotion...

Paris - Istambul

Nous montons dans l’avion, on somnole un peu avant le décollage, puis nous avons la collation, une omelette et un sandwich, avec du café.

J’ai pris des places sur le côté droit de l’avion, et c’est une chance car ça nous permet d’admirer longtemps la chaîne des alpes par le hublot.

En effet nous sommes en A321 et l’avion ne vole pas très haut, le ciel est bien dégagé. On croit reconnaître le mont blanc dans un pic plus haut que les autres, je n’en suis pas sûr mais au fond c’est bien possible.

Après les montagnes, qui durent un petit moment, on aperçoit l’adriatique au-dessus de la Croatie, puis les chaînes des Balkans du Monténégro et de la Macédoine du nord. Enfin le parc national Pirin au sud de la Bulgarie.

Nous arrivons finalement à Istanbul, survolons l’ancienne Byzance, Constantinople et nous pouvons voir par le hublot le pont sur le Bosphore. Mais je ne distingue pas Sainte Sophie.

Le nouvel aéroport d’Istanbul est loin de la ville, presque 50 km à l’est. Il est immense, quasiment une ville, en grande partie encore en construction. Il y a même une mosquée. Nous roulons longtemps après l’atterrissage, Reiko a l’impression que ça couvre la distance de l’Arc de Triomphe à Saint-Paul.

Du coup je stresse un peu pour les horaires. On descend de l’avion et on traverse l’aéroport au pas de course, à la recherche du quai d’embarquement, nous y arrivons à temps un peu essoufflé…

Il n’y avait pas de quoi, il y a un check in israélien, très consciencieux et où on prend tout son temps pour vous demander de vous déchausser, défaire vos sacs… Les femmes et les hommes sont traités séparément, mais on fait la queue ensemble.

Devant nous deux Juifs en costume orthodoxe, grand chapeau, manteau noir chemise blanche. Un ancien, et un plus jeune, un peu gêné il a de nombreux tics, il est visiblement stressé.

On me demande d’ôter mes sandales, d’ouvrir tous mes bagages, sortir mon ordinateur et appareil photo, sur lesquels on passe un chiffon étrange censé détecter les traces d’explosif.

On inspecte aussi mon sac du sanshin, les vêtements… finalement je passe et rejoint Reiko, on peut embarquer pour Tel-Aviv.

Istambul - Tel-Aviv

Nous partons pour un vol de deux heures vers la capitale d’Israël. Il y a quelques histoires concernant les places entre les deux orthodoxes de tout à l’heure, le jeune et le vieux veulent être à côté mais leurs réservations sont visiblement séparées. Et c’est une jeune hôtesse, aux cheveux roux, belle et un tantinet provocante pour un esprit rigoriste qui gère cette affaire.

Le vol jusqu’à Tel-Aviv se déroule sans problème, nous avons une petite collation, un sandwich et du fromage.

À Tel-Aviv nous devons passer un contrôle des passeports afin d’obtenir un visa touristique. Il y a grand monde, c’est un peu le chaos. Deux femmes essaient de passer devant tout le monde, choisissant une queue ou l’autre selon les opportunités. Elles sont agaçantes.
Nous passons finalement ensemble Reiko et moi. On nous remet un visa d’entrée flottant (au sens propre : il n’est pas agrafé au passeport, il faudra prendre garde à ne pas le perdre).

Nous voilà dans le hall de l’aéroport, devant le buste de Ben Gourion, nous cherchons le bus qui nous amènera à Jérusalem. Des jeunes, venus attendre un camarade, lui font fête en soufflant dans des chophars, les trompettes en corne de bélier.

On sort de l’aéroport, on cherche le bus, il y a des taxis collectifs qui proposent de nous emmener mais nous pensons que ce sera moins cher avec le bus.

Après avoir un peu hésité car nous ne trouvions pas le bus exactement recommandé par Google, nous finissons par monter dans une navette pour Jérusalem. Ce n’est pas très cher, moins de 5 €.
Tel-Aviv - Jérusalem

17h00, dans le bus entre Tel-Aviv et Jérusalem il y a deux nanas qui discutent bruyamment, et de sujets assez personnel, qui ne nous regardent guère. L’une des deux, très mal éduqué a carrément ses godasses sur le siège. À un moment le compagnon de l’une des deux, une blonde décolorée d’Amérique latine, est lui-même visiblement excédé et change carrément de place.

Un peu plus tard c’est nous qui nous déplaçons, car elles écoutent des vidéos Youtube avec le son du téléphone très fort.

Malgré cela, on profite du trajet en bus pour se reposer en admirant des paysages nouveaux pour nous.

La fatigue aidant, je me perds en méditations. C’est incroyable d’imaginer toute l’histoire de la terre sainte ! Des patriarches au roi David, à la passion du Christ, aux croisades… C’est un peu fou d’être ici.

Jérusalem

Finalement nous arrivons dans une ville poussiéreuse et bruyante. Il y a énormément de travaux autour de la station centrale, car c’est aussi la station de train et on modernise les voies ; on construit aussi de nouvelles lignes.

On descend du bus et on est un peu perdu, sans cartes et sans WIFI… on essaie de se repérer au soleil et sur les plans qui sont aux arrêts de bus. C’est à ce moment que Reiko réalise qu’elle a oublié sa casquette dans le bus.

C’était une casquette qu’on aimait bien. Reiko la portait lorsqu’elle est venu à Paris pour la première fois, et puis elle me l’avait donné lorsque nous étions partis pour Rome, après que je l’eut rejoint à Lyon. C’était notre premier voyage ensemble. Depuis elle avait pris l’habitude de la remettre de temps en temps lorsqu’elle était venue habiter chez moi, c’était devenu notre casquette à tous les deux.

On cherche le bus 66, c’est celui conseillé par Yuko (ou par Google je ne sais plus) pour se rendre au marché Mahane Yehuda, l’arrêt est sur la rue Agrippas.

C’est un peu difficile, on tourne en rond, avant de comprendre qu’il faut contourner les travaux et rejoindre le bâtiment de la gare routière, de l’autre côté de la gare de train.

Là on trouve l’arrêt 66, au soleil, Reiko détermine que c’est dans la bonne direction. Je lui fais confiance c’est elle qui gère pour cette partie du trajet.
On guette les bus, ils viennent de la direction du couchant et on doit cacher le soleil avec sa main pour ne pas être ébloui. De nombreux bus passent avant que n’arrive le 66.

Lorsque l’on monte j’entends une dame parler français, du coup je lui demande le prix du trajet jusqu’au marché. Elle ne sait pas. On demande au chauffeur, elle traduit pour nous. Il lui explique que nous devons d’abord acheter une carte, pour 5 shekels (1 shekel vaut 0,26 euros), et ensuite remplir cette carte avec deux trajets de 2 shekels chacun. En tout 9 shekels.

Finalement on arrive au marché de Mahane Yehuda. Le quartier est très animé, on se repère assez difficilement mais on finit par trouver notre route et quittant l’artère principale grouillante nous rejoignons un quartier de petites venelles et maisons anciennes en pierre, très fleuri et en grande partie piétonnier.

C’est dans ces petites rues cachées au coeur du quartier de Nachlaot que se trouve AManTo Jérusalem, le lieu tenu par Yuko.

Histoire de AManTo

AManTo est un nom inventé par Jun, qui accolé à son prénom forme son nom d’artiste : Jun Amanto. Yuko nous expliquera plus tard ( et c’est aussi écrit dans un livre que Jun a écrit et que Yuko m’offrira ) que c’est lors d’un voyage aux philippines que Jun a eu cette idée de nom. Jun avait écrit « A Man Too » dans un formulaire et l’administratrice qui l’avait lu c’était trompé et avait cru que c’était son nom et l’avait appelé « Mr Jun Amanto ».

Ensuite Jun a récupéré à Ōsaka une vieille maison de 130 ans dans l’est d’Umeda, il l’a transformé en lieu associatif, doté d’une chambre d’hôtes, d’un café mais c’est aussi un lieu où sont organisées de multiples activités sociales et d’aide aux populations. Le salon d’Amanto, où nous sommes allés avec Reiko lorsque nous revenions de notre excursion à Kyōto en mars 2018.

Il y a quelques années Yuko et Jun étaient dans la même compagnie de danse, et ont apparemment aussi résidé un certain temps dans le désert à Mitzpe Ramon, mais cette partie de l’histoire n’est pas très claire pour moi. Il semble qu’ils aient aussi étés liés à la célèbre compagnie Adama.

Ils voulurent tourner en Israël et s’installèrent à Jérusalem, là cherchant un endroit pour s’installer ils trouvèrent ce lieu dans un quartier populaire. Apparemment un vieil homme, (un rabbin ?) leur avait de façon insistante donné la direction vers ce lieu, une maison qui avait été squatté, en fait un ancien séchoir avec une citerne souterraine (Yuko nous dit que c’est un mikveh, c’est-à-dire un bain rituel) transformé en habitation.
À l’intérieur du bâtiment ils découvrent de très belles arcades d’architecture syrienne. L’endroit est à peine équipé d’eau courante, et d’électricité, il n’y a rien mais Jun voit tout de suite le potentiel, et encourage Yuko à louer le lieu et à créer une « antenne » de l’AManTo d’Ōsaka ici à Jérusalem.

Depuis de nombreux travaux ont été fait. Il y a un appartement, loué sur airBNB au second étage, puis le premier étage est le salon proprement dit, encadré par les quatre belles arches, avec une mezzanine où sont des lits loués comme dortoir. Puis en retournant vers l’entrée la cuisine derrière le bar avec un point d’eau, et sur la rue une autre chambre louée aussi.

Enfin au rez de chaussé il y a le petit appartement (une chambre avec douche encore en travaux) et un petit couloir qui mène à la cuve, aujourd’hui vide comme une sorte de grotte à l’acoustique étonnante. Yuko utilise cettea cave pour organiser des séances de méditation chaque semaine.

Et dans le salon il y a divers événements, stages, cours organisés. Durant notre séjour nous assisterons à une séance de méditation, deux soirées fabrication de sushis, un cours de calligraphie, un cours de relaxation corporelle et nous participerons à un cours de japonais en tant que professeurs.
Yuko s’engage aussi bénévolement pour aider un camp de réfugiés palestinien, situé près du checkpoint de la tombe de Rachel à Bethléem. Elle va les visiter régulièrement et vend de l’artisanat (broderie) des femmes du camp dans sa boutique.

Jérusalem - Nachlaot

Le quartier de Nachlaot où se trouve AManto s’est construit il y a 150 ans contre les murs de la vieille ville autour de quelques petits quartiers. Et AManto est au coeur d’un de ces îlots labyrinthique de petites maisons de pierre et de synagogue discrètes, il y règne une ambiance méditerranéenne piétonne, dans les venelles vertes et entretenus des gamins courent et jouent le soir du shabbat, il y a du linge aux fenêtres et beaucoup, beaucoup de chats errants. Dont « Prince » celui qui habitait déjà à AManTo avant que AmanTo ne soit.

Sur la rue AMAnTo a deux portes prises au milieu d’une luxuriance de feuille d’une très belle grenadille grimpante. Celle aux volets métalliques bleu à étoile de David du petit appartement du rez-de-chaussée, et celle, en haut d’un petit escalier, du salon du second étage aux volets peints en jaune.

Au départ nous pensions louer deux lits en « dortoir » sur la mezzanine, mais Yuko nous a finalement donné les instructions pour récupérer les clés de l’appartement du bas. Pour le moment on ne sait pas trop à quoi s’en tenir, mais dans un premier temps Reiko récupère les clés dans la boîte à code et on rentre, on pose nos bagages, on reprend des forces.
La chambre est faite, on dormira là pour cette nuit au moins. Le lit est contre la fenêtre, sur la rue, on entend tous les bruits, mais c’est une rue piétonne et les conversations en hébreu des quelques passants ont un charme exotique.

Reiko fait couler l’eau du robinet, un peu sale au début avant de s’éclaircir. On ne sait pas si on pourra la boire.

Après avoir bu un thé et repris des forces, on se décide pour une promenade au marché sur la grande rue. Il y a vraiment beaucoup de monde, c’est un lieu très populaire. Des boutiques la journée, certaines se transforment en bars à bières ou restaurants la nuit. Ici la vie ne s’arrête que le vendredi 18h00 pour reprendre le samedi à 20h00.

Il y a une partie couverte du marché et une partie sur rue. On vend de tout, nous remarquons bien sûr les épices aux senteurs et couleurs alléchantes, beaucoup de pains divers, les fruits et légumes sont beaux, il y a aussi du Halvas très bon, c’est la première fois que Reiko en goûte.

On ne peut comprendre aucun prix, on ne peut pas poser de questions car on ne parle pas hébreu, donc on est un peu intimidé et on se contente de déambuler. Les rideaux de fer baissés de certaines boutiques sont peints de portraits de personnages bibliques ou de personnalités locales par un street artiste (le même pour toutes les boutiques il me semble).

On achète une bouteille d’eau, un briquet dans une petite supérette et, un peu plus loin un chapeau de paille pour reiko.

Je m’allume une kretek, la première du voyage alors qu’on commence à réfléchir à notre dîner. Après quelques hésitations, falafel, pains, brochettes ou pizza, on trouve une boutique qui nous fait deux bons sabish, dans une pita aubergines sautées et œufs durs, avec une bière locale. Ce n’est pas très cher, mais pas trop facile à manger, on utilise beaucoup de serviettes, et je vais chercher des couverts en plus pour Reiko.

Après ce repas on rentre tranquillement à la maison, en faisant une petite promenade de nuit dans le quartier.

On se douche et on se fait couler un bain dans la petite baignoire. Puis on se relaxe, on récupère du voyage et on s’endort un peu.

Yuko rentre ce soir du Japon, on ne savait pas vraiment a quelle heure, mais lorsqu’elle arrive elle frappe à notre porte. On discute un peu sur le perron, puis on va continuer en haut, c’est là qu’elle nous raconte l’histoire du lieu et nous donne quelques conseils de visites autour d’un thé.

Nous parlons aussi des concerts que nous allons faire, nous lui proposons de faire la performance avec nous a Backstage Studio de Mitzpe Ramon, mais elle ne sait pas encore si elle pourra venir à cause de ses autres obligations à Jérusalem.

En discutant elle me fait part d’un doute : est que le backstage nous est loué ou est qu’on joue bénévolement, gratuitement contre un chapeau… je relis le soir dans le lit les messages échangés avec Elian et ça ne me paraît plus très clair :

« We usually pay around 100 shekels for a show and use the magic hat for income, but I think to sell tickets in advance this time... »

Peut-être cela signifie-il que nous devons d’abord payer 100 shekels pour pouvoir jouer, et qu’ensuite nous pourrons bénéficier du chapeau ? Ou bien sommes-nous payé 100 shekels par le lieu et en plus nous pourrons avoir le chapeau ?

Avant de m’endormir, je préfère envoyer un mail pour m’en assurer...

Mercredi 4 septembre 2019

Jérusalem - Mahane Yehuda

Nous nous réveillons tranquillement après un sommeil lourd de voyageur, mais il est encore tôt. La tête encore dans mes rêves, je consulte mon téléphone, il y a une réponse d’Elian qui me rassure, c’est bien la seconde hypothèse qu’il fallait comprendre : a Backstage Studio nous serons payé 100 shekels par le lieu plus un chapeau qui circulera dans le public. Et nous boirons et mangerons à l’oeil.

On se réveille tranquillement, on entend toquer à la porte : c’est Yuko. Dans la douceur du soleil matinal on discute sur le perron de la porte. Yuko nous propose de la suivre à Bethléem demain matin, comme elle doit aller dans le camp de réfugiés d’Aida.
Nous sortons prendre notre petit déjeuner sur la grande avenue prés du marché. On repère un marchand de café qui a l’air très bon, la devanture est peinte d’un logo sympa, mais le café peut être un peu cher et on veut manger en même temps. On reviendra prendre un café à emporter. Un peu plus loin qu’on trouve une boulangerie. On regarde attentivement les étals, il y a surtout de petites pâtisseries, des pain sucrés aux fruits, Rugelach au chocolat et cannelle, mais aussi salé, tartes aux épinards fromage.

On décide de s’installer sur une petite table dans la boulangerie, avec deux cafés et trois pains, un au fromage, une pizza et un fourré aux épinards. On est bien, on regarde la rue et écoutons les conversations en hébreu. Un mec sympa vient parler aux serveuses et nous parle en anglais.

Je me rends compte que je n’ai pas mon téléphone sur moi. J’ai certainement dû l’oublier à la maison, mais dans le doute je préfère aller le récupérer. On repasse donc à l’appartement.

Vers la vieille ville

La balade dans les petites rues jusqu’à la vieille ville est des plus agréables, à cette heure-ci il ne fait pas trop chaud. On remonte les ruelles pavées et ombragées. Au croisement en haut des escaliers on passe devant un très bel et vieil arbre creux. On sort du quartier Nakhalat Tsyon au Moshe Bar’am Square, la tour de fenêtres qu’on y verra dans quelques jours n’y est pas encore, ou du moins on ne la remarque pas.

À l’angle de la rue Yoel Moshe Salomon on remarque de nombreux parapluies suspendus au-dessus de la rue, c’est très poétique. Il paraît qu’il y a 1000 parapluies et que c’est une oeuvre d’art qui a fait le tour des grandes villes du monde.
On fait un petit détour dans ces ruelles, il y a une sorte de galerie d’art.
Un petit quart d’heure après nous arrivons à la vieille ville de Jérusalem, porte de Jaffa.

La vieille ville de jérusalem

Nous approchons des remparts impressionnants construits par Soliman le magnifique, nous entrons par la porte de Jaffa. L’ambiance est très différente de la ville que nous avons parcourue jusqu’ici.

Bien sûr il y a beaucoup plus de touristes, mais pas tant que ça finalement. Les rues sont très resserrées avec quasiment que des étals et des boutiques, la vieille ville paraît un grand marché outre les objets religieux ou kitsch, les fausses et vraies antiquités, des fruits, des légumes, des épices…

Le Saint Sépulcre

Nous nous dirigeons vers la basilique du Saint-Sépulcre.

On remonte une petite ruelle sombre et pas très propre et au détour d’une porte quelconque on débouche sur le parvis de la basilique, une cour pas très grande, une façade humble qui peut décevoir et paraître quelconque lorsque l’on songe que c’est là l’endroit le plus vénéré de la chrétienté. Le lieu de la crucifixion, et le tombeau du Christ.

33 Arrivés en un lieu dit Golgotha, c’est-à-dire : Lieu-du-Crâne (ou Calvaire),
34 ils donnèrent à boire à Jésus du vin mêlé de fiel ; il en goûta, mais ne voulut pas boire.
35 Après l’avoir crucifié, ils se partagèrent ses vêtements en tirant au sort ;
36 et ils restaient là, assis, à le garder.
37 Au-dessus de sa tête ils placèrent une inscription indiquant le motif de sa condamnation : « Celui-ci est Jésus, le roi des Juifs. »
38 Alors on crucifia avec lui deux bandits, l’un à droite et l’autre à gauche.
39 Les passants l’injuriaient en hochant la tête ;
40 ils disaient : « Toi qui détruis le Sanctuaire et le rebâtis en trois jours, sauve-toi toi-même, si tu es Fils de Dieu, et descends de la croix ! »
41 De même, les grands prêtres se moquaient de lui avec les scribes et les anciens, en disant :
42 « Il en a sauvé d’autres, et il ne peut pas se sauver lui-même ! Il est roi d’Israël : qu’il descende maintenant de la croix, et nous croirons en lui !
43 Il a mis sa confiance en Dieu. Que Dieu le délivre maintenant, s’il l’aime ! Car il a dit : « Je suis Fils de Dieu. » »
44 Les bandits crucifiés avec lui l’insultaient de la même manière.
45 À partir de la sixième heure (c’est-à-dire : midi), l’obscurité se fit sur toute la terre jusqu’à la neuvième heure.
46 Vers la neuvième heure, Jésus cria d’une voix forte : « Éli, Éli, lema sabactani ? », ce qui veut dire : « Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m’as-tu abandonné ? »
47 L’ayant entendu, quelques-uns de ceux qui étaient là disaient : « Le voilà qui appelle le prophète Élie ! »
48 Aussitôt l’un d’eux courut prendre une éponge qu’il trempa dans une boisson vinaigrée ; il la mit au bout d’un roseau, et il lui donnait à boire.
49 Les autres disaient : « Attends ! Nous verrons bien si Élie vient le sauver. »
50 Mais Jésus, poussant de nouveau un grand cri, rendit l’esprit.
51 Et voici que le rideau du Sanctuaire se déchira en deux, depuis le haut jusqu’en bas ; la terre trembla et les rochers se fendirent.
52 Les tombeaux s’ouvrirent ; les corps de nombreux saints qui étaient morts ressuscitèrent,
53 et, sortant des tombeaux après la résurrection de Jésus, ils entrèrent dans la Ville sainte, et se montrèrent à un grand nombre de gens.
54 À la vue du tremblement de terre et de ces événements, le centurion et ceux qui, avec lui, gardaient Jésus, furent saisis d’une grande crainte et dirent : « Vraiment, celui-ci était Fils de Dieu ! »
55 Il y avait là de nombreuses femmes qui observaient de loin. Elles avaient suivi Jésus depuis la Galilée pour le servir.
56 Parmi elles se trouvaient Marie Madeleine, Marie, mère de Jacques et de Joseph, et la mère des fils de Zébédée.
57 Comme il se faisait tard, arriva un homme riche, originaire d’Arimathie, qui s’appelait Joseph, et qui était devenu, lui aussi, disciple de Jésus.
58 Il alla trouver Pilate pour demander le corps de Jésus. Alors Pilate ordonna qu’on le lui remette.
59 Prenant le corps, Joseph l’enveloppa dans un linceul immaculé,
60 et le déposa dans le tombeau neuf qu’il s’était fait creuser dans le roc. Puis il roula une grande pierre à l’entrée du tombeau et s’en alla.
61 Or Marie Madeleine et l’autre Marie étaient là, assises en face du sépulcre.
62 Le lendemain, après le jour de la Préparation, les grands prêtres et les pharisiens s’assemblèrent chez Pilate,
63 en disant : « Seigneur, nous nous sommes rappelé que cet imposteur a dit, de son vivant : « Trois jours après, je ressusciterai. »
64 Alors, donne l’ordre que le sépulcre soit surveillé jusqu’au troisième jour, de peur que ses disciples ne viennent voler le corps et ne disent au peuple : « Il est ressuscité d’entre les morts. » Cette dernière imposture serait pire que la première. »
65 Pilate leur déclara : « Vous avez une garde. Allez, organisez la surveillance comme vous l’entendez ! »
66 Ils partirent donc et assurèrent la surveillance du sépulcre en mettant les scellés sur la pierre et en y plaçant la garde.

Mathieu 27:33-66

L’échelle inamovible, que je pensais discrète et cachée dans quelques recoins est bien là, un peu grotesque on ne voit qu’elle sur la façade.

Dans l’atrium, je m’agenouille devant la pierre de l’onction protégée d’une plaque de marbre rose. L’intérieur de la basilique est sombre, et l’architecture hétéroclite donne une sensation étrange.

Il y a quelques pèlerins mêlés à la masse de touristes qui déambulent dans l’église. Le flux se concentre ensuite sur la droite autour du Saint Sépulcre dans la rotonde Anastasis.

Là il devient une file, s’enroulant autour du Saint Sépulcre. Les pèlerins entrent à tour de rôle. Il y a en même temps une sorte de cérémonie. Le tout est assez bruyant et chaotique, l’air est humide et lourd.

Pour moi je suis prêt à patienter une heure ou deux mais je ne veut pas l’imposer à Reiko en début de voyage. Si je le désire, je pense que je pourrais revenir ici durant les deux semaines à venir, peut-être en soirée ou la nuit si le lieu est ouvert.
Nous quittons donc la basilique, alors que par la porte qui donne sur la Via Dolorosa, et par laquelle nous sortons, un homme porte une croix presque grandeur réelle aidé par deux autres hommes. Ils sont en costume de ville, cela donne à la scène un côté surréaliste.

La ville arabe

Nous remontons la via Dolorosa jusqu’au quartier arabe, encore les petites venelles, les chats, les étals. Les rues couvertes sont plus sombres mais plus joyeuses et animées que dans le quartier chrétien, il fait agréablement frais.

Le site du dôme du rocher et la mosquée al-Aqsa sont fermés pour les non musulmans aujourd’hui. Nous poursuivons notre promenade obliquant vers le sud de la vieille ville.

Le quartier juif et le Cardo

Un panneau nous indique que nous entrons dans quartier juif et l’atmosphère change complètement. Nous allons d’abord voir le Kotel, le mur des lamentations. Il nous faut passer un portique de sécurité.

Nous restons quelque temps sur l’esplanade, on remarque qu’il y a trois zones, une zone pour prier hommes et femmes ensemble, une zone réservée aux hommes et une réservée aux femmes.

On se promène tranquillement mais il y a des bus et des camions qui manoeuvrent et nous ne sommes pas très à l’aise. On retourne donc par où nous sommes arrivés, du côté où se trouve l’entrée des tunnels qui permettent de s’approcher plus encore du saint des saints.

Nous parcourons le quartier israélien. Les rues ressemblent moins à un marché, il y a plutôt des boutiques, les rues ne sont pas couvertes, c’est plus lumineux mais il fait plus chaud que dans la ville arabe. Beaucoup de vestiges de l’antique ville, mis à jour lors de travaux sont visibles et bien expliqués. Notamment des portions d’anciennes murailles datant du premier ou du second temple, des puits.

Il y a aussi des restes de la rue principale de la ville romaine, le Cardo Maximus. Sous une arcade abritant des colonnades anciennes les murs ont étés décorés de mosaïques contemporaines.

Outre une copie de la carte de Madaba où figurent Jérusalem et le cardo, ce sont des scènes de la vie courante à l’époque de la ville romaine. Je m’amuse à photographier Reiko posant, c’est un peu kitsch mais il y a une belle lumière.

Un peu plus loin il y a une place avec des colonnades en meilleurs états parmi lesquelles nous nous promenons.

Là une belle exposition : de petits carrés de tissus brodés très nombreux sont accrochés aux murs, de façon a former, de loin, une étoile de David.

Comme on commence à avoir un peu faim, nous montons l’escalier au-dessus de la place et entrons dans un petit café « Cofix », c’est une franchise israélienne. On peut avoir deux petits cafés glacés, très bons mais un peu sucrés, et des pains au chocolat. Le café frappé n’est pas très cher : 5 shekels. Il y a une climatisation, il fait bien frais dans la boutique, alors on s’installe sur des tabourets à une table haute en face du mur.

Un vieil homme avec un chapeau aux larges bords et une canne insiste pour laisser son tabouret à Reiko. On discute un peu. C’est un américain installé depuis quelques années à Jérusalem. Lorsqu’on lui dit qu’on a pour projet d’aller à Mitzpe Ramon, comme beaucoup d’autres personnes que nous rencontrerons par la suite, il nous parle des étoiles et nous conseille un ami à lui qui organise des observations astronomiques avec des télescopes dans le désert du Néguev.

Le quartier arménien

Nous reprenons notre promenade vers l’ouest, nous quittons finalement le quartier juif pour le quartier arménien, vers la porte de Sion.

Ce quartier est très calme et lumineux. Il fait chaud, on se perd dans le labyrinthe désert des cours intérieure entre la cathédrale Arménienne, les monastères, les églises. On finit par rejoindre une route plus animée, il y a beaucoup de voitures, c’est la rue du Patriarcat arménien de Jérusalem, une des rares rues circulable en voiture qui traverse la vieille ville.

Nous remontons un peu difficilement cette rue pour rejoindre la porte de Sion.
Nous sortons et allons nous promener dans une sorte de parc, au pied des murailles, offrant de beaux points de vue sur la ville à travers des meurtrières.

La porte des maghrébins

Finalement nous faisons demi-tour, un peu indécis, sans visiter la tombe du roi David et le Cénacle, pourtant tout près. Nous traversons à nouveau le quartier arménien, puis le quartier israélien pour sortir par la porte des Maghrébins, l’ancienne porte des Immondices,

Nous faisons une petite balade sur le haut de la muraille, un petit escalier permet de rejoindre une sorte de chemin de ronde.
Puis nous arrivons à la porte des Maghrébins, c’est la porte de la vieille ville la plus proche du mur des lamentations, et aussi celle par laquelle pour les juifs, le messie, lorsqu’il viendra, entrera dans Jérusalem. Il y a une esplanade devant la porte.

Un homme en costume orthodoxe (chemise blanche, manteau noir, grand chapeau noir) nous interpelle. Il parle vite et nous donne une sorte de bénédiction, on répond « amen » et il nous attache un morceau de laine rouge autour du poignet. Puis nous demande de l’argent pour la famille… je lui donne 5 shekels.

Je n’aime pas trop ce morceau de laine rouge et Reiko non plus, alors une fois la porte passé on l’arrache rapidement.

Plus tard je fais des recherches, ce fil s’appelle « Fil rouge de Jérusalem », c’est une tradition kabbalistique. Le fil aurait été enroulé autour de la tombe de Rachel pendant que des prières et des psaumes appropriées auraient été chantés ! Une sorte de gris-gris porte bonheur.

Le mont des oliviers

Puis on repart vers l’est et nous contournons le mont du temple en longeant la grande route qui fait le tour de la vieille ville. À gauche la vieille ville et le dôme du rocher, et à droite le cimetière juif du mont des oliviers.

On contemple la colline et le cimetière immense, il y aurait plus de 150 000 tombes, les plus anciennes datant du 4e siècle avant Jésus-Christ.

Nous longeons le cimetière jusqu’au croisement, presque en face de la porte des Lions, ou la route tourne à droite et passe le pont Sha’ar HaArayot d’où on a une très belle vue sur le cimetière et la vallée du Cédron. Il permet de rejoindre le jardin de Gethsémani qui est le lieu où Jésus pria avant son arrestation.

Devant l’église de toutes les nations, il y a un petit jardin fermé avec de très vieux oliviers. Magnifiques et tordus, on a vraiment l’impression que certains ont peut être 2000 ans et étaient arbrisseaux à l’époque de Jésus.

Un jardinier semble balayer du vide, il se met à discuter avec nous, nous parlants de ces arbres dont il s’occuperait depuis de nombreuses années, qu’une décoction de feuilles d’olivier serait salutaire. Je vois où il veut en venir, si nous ne pouvons approcher de ces rameaux d’oliviers dont il s’occupe si bien, lui pourrait nous en fournir contre espèces sonnantes.

De fait je l’observe quelque temps, de loin, recommencer son manège avec chaque touriste qui passe.

Il n’empêche ce sont des arbres admirables, et l’ambiance du lieu est extraordinaire.

On rentre dans l’église de Toutes-les-Nations, l’église n’est pas ancienne mais construite sur l’emplacement d’une autre très ancienne bâtie au aux 4e siècle et détruite 7e siècle par un tremblement de terre.
Celle-ci, qui est mentionnée par l’anonyme de Bordeaux et la pèlerine Égérie était construite sur le rocher au pied duquel Jésus pria durant son agonie. l’Église de Toutes les Nations, basilique de l’Agonie fut construite au début du XXème siècle, on trouve toujours le rocher devant l’autel dans l’église.

Trois belles mosaïques colorées rappellent les épisodes du Nouveau Testament qui se déroulèrent ici : les apôtres dormants, Jésus priant et suant des gouttes de sang dans son agonie, puis la trahison de Juda.

Je pense au beau tableau du Christ au Mont des Oliviers d’Eugène Delacroix qui se trouve dans l’église Saint-Paul.

Nous pouvons nous recueillir près de la pierre. Quelques touristes qui se trouvent là aussi s’agenouillent. Avant de partir de la même manière je fais une prière.

Nous quittons l’église et nous promenons un peu encore dans le jardin, il fait très chaud maintenant. On remonte un peu vers le pont et la porte des Lions pour rejoindre l’église du sépulcre de la Sainte Vierge, ou est la tombe de la Vierge Marie.

Le bâtiment est en partie creusé dans la roche, la façade, très simple donne sur un impressionnant escalier construit par les croisés au XIIème siècle. Il y a plus de pèlerins ici. L’église orthodoxe est sombre. Sur la droite à gauche de l’autel arménien, une petite porte permet d’accéder au sarcophage protégé d’une vitre. Certains ont glissé des billets, et des prières par les côtés de la vitre.

À côté de l’église il y a la chapelle de la grotte de Gethsémani, encore un lieu très impressionnant. Il y avait là un pressoir à huile dont les traces furent retrouvées après que la grotte fut inondée en 1955. On dit que Jésus y allait et se réunissait là avec ses disciples. C’est là que Juda aurait trahi. Il y règne une ambiance spirituelle, il n’y a pas beaucoup de touristes, on peut se recueillir.

Nous décidons de monter le mont des oliviers. On part sur une route, mais petit à petit le paysage est de moins en moins sympa, il y a beaucoup de voiture et on a l’impression de s’égarer.

Nous redescendons au niveau du jardin de Gethsémani et prenons les petits escaliers sur la droite qui nous mènent à une ruelle grimpante jusqu’au sommet du mont de la colline, passant par l’église sainte Madeleine et l’église Dominus Flevit.
Sur notre droite nous avons, par endroits une vue spectaculaire sur la vieille ville.

Arrivé au sommet on rejoint une route plus grande, il y a plusieurs options. On est fatigué maintenant, il fait chaud, on décide de rentrer par une autre route qui descend vers Gethsémani.

Reiko commence vraiment à être fatigué, mais comme on passe près d’un lieu appelé « le tombeau des prophètes » je décide d’y rentrer. Il y a une grotte, nous descendons par des escaliers dans la roche, c’est une tombe ancienne , un réseau de galeries.

Ici reposeraient les prophètes Aggée, Zacharie et Malachie. En bas il y a déjà deux jeunes filles, pour visiter les tombes il faut payer, on nous propose aussi d’acheter un cierge.

Mais nous décidons de rentrer au plus vite. Reiko, très fatiguée, veut se reposer et s’asseoir. À côté de la grotte il y a une table, une chaise, à côté de quelques poules. Est-ce chez quelqu’un ? on ne sait pas trop mais on s’arrête ici quelques minutes pour nous reprendre. Ici les chats cohabitent gentiment avec les poules. On est bien, il y a une très belle vue sur la vieille ville.

Via Dolorosa

Reiko n’est pas très bien, nous rejoignons très lentement la porte des Lions, puis remontons, péniblement (mais n’est ce pas ainsi qu’on le doit), la Via Dolorosa, qui est aussi un calvaire pour Reiko.

On s’arrête près du Saint Sépulcre, Reiko a vraiment faim, on trouve un petit resto un peu cher et pas très bon mais la limonade est fraîche et sympa. Je prends un chawarma poulet dans un pain pita. Le Pita est cassé, la viande trop cuite…
Reiko mange une salade, cela nous redonne de l’énergie quand même et nous reprenons la route pas trop vite.

On sort de la vieille ville par la porte de ce matin, la porte de Jaffa.

Retour à Amanto

Après avoir traversé un genre de centre commercial, on rejoint la rue de Jaffa, celle du tramway. On hésite à prendre le tram, mais finalement Reiko préfère marcher.

Au niveau de Beit Ya’akov St, un musicien des rues, très bon percussionniste tape sur des bassines. On reste quelques minutes à l’écouter. On reprend la rue de Jaffa, quelques minutes plus tard on trouve un supermarché, alors on décide de faire quelques courses.
On achète du pain, du jambon de « dinde », du « fromage » en feuilles et quelques fruits (banane pomme, nectarine). Tout ça pour pas cher, 60 shekels et avec la mauvaise gueule de la caissière qui tire une tronche sordide.

Enfin nous retournons à l’appartement, on se relaxe un peu et on prend une douche.

Yedidia Blum, Shalom !

Puis on monte retrouver Yuko qui donne un cours de japonais à une jeune fille. C’est Gwen, américaine qui vit en Israël depuis 5 ans et a été dans l’armée.
On rencontre deux jeunes, dont Yedidia qui parle très bien Français car il vient de Strasbourg. On a une discussion intéressante, ils sont curieux de savoir pourquoi nous sommes venus en Israël. Moi, je leur demande comment on dit « la lune » car la lune est belle ce soir, puis « les étoiles ». Mais « les planètes », ils ne comprennent pas trop car il n’y a pas de mot en hébreu dans la Bible pour les désigner.

Pour les étoiles ça va car l’Éternel promet à Abraham une descendance « aussi nombreuse que les étoiles du ciel ». Puis, me dit Yedidia ensuite c’est intéressant car il promet à Jacob/Israël une descendance aussi nombreuse que grains de sable sur la plage, qui sont plus nombreux encore que les étoiles visibles au ciel.

Après cette discussion intéressante, Yedidia nous donne aussi de bons conseils, il nous recommande par exemple d’aller voir les yeshivas qui sont dans le quartier orthodoxe de Beit Yisrael, de Méa Shéarim, d’écouter par les fenêtres les psalmodie des hommes qui étudient la Torah nuit et jour, de se promener dans ces quartiers en étant respectueux. Il y a par là une pizzeria particulièrement délicieuse et pas chère nous dit Yedidia. on ira voir ça !

Ensuite je leur parle du concert-spectacle que nous allons faire samedi à Amanto. Samedi ?! à quelle heure ? me demande Yedidia. Dans l’après-midi, en plein shabbat… Mais j’argumente qu’on ne pourra pas entendre la musique de la rue, que pour nous ce ne sera pas un travail car la musique est une passion.

À ce propos, il me rappelle ce que les Juifs respectent le jour du shabbat (qui commence le vendredi au coucher du soleil et finit le samedi au coucher du soleil), il ne s’agit pas seulement de ne pas « travailler » mais de ne pas faire d’actions qui « modifient » la création. En gros on doit se détendre en famille, mais faire un feu par exemple est strictement prohibé : « Tu ne feras pas de feu le jour du shabbat ». De même faire ou défaire un nœud, cuisiner et même trier la nourriture pour manger… c’est assez compliqué ! Évidemment utiliser une voiture ou même un téléphone portable, est interdit. Enfin transporter des choses à l’extérieur de la maison, y compris ses propres clefs, est une forme de travail.
Pas facile de le respecter à fond, le shabbat !
Méditation dans la cave

Lorsque le cours de Yuko est terminé, nos amis repartent. Nous descendons à la cave pour une séance de méditation. Outre Yuko, Reiko et moi il y a deux participants, qui parlent tous les deux un bon français.

La séance est très relaxante, on est guidé par la voix de Yuko, qui parle un anglais vague, avec des concepts un peu compliqués mais sa voix éclaire notre voyage. Elle nous invite à nous focaliser sur notre individu non pas en tant que « point central » comme on a tendance à le faire dans un mode de pensée occidental, mais comme un système à deux pôles, deux axes, dans une perspective qui serait, selon elle, traditionnellement « Jōmon ».

Cela nous amène à un balancement réconfortant plutôt qu’à un équilibre immuable au fond assez illusoire. Puis on se focalise sur des forces primaires et des concepts élémentaires : la gravité, l’eau. Comme nous sommes dans une sorte d’ancien réservoir cela me parle bien.

Dans la pénombre où nous nous trouvons je constate un phénomène étrange. J’ai en face de moi les deux amis de Yuko. Et je concentre mon regard sur un point situé exactement au milieu des deux. Maintenant, sans bouger mon regard, mon attention peut aller de l’un à l’autre. Si je me concentre sur l’homme de droite, l’autre disparaît en fondu, comme un fantôme. Et inversement. C’est assez flippant mais amusant.

On se réveille très lentement de la séance de méditation. C’était très agréable
Il est déjà 22h00, on est un peu fatigué, on va se coucher, notre première journée à Jérusalem nous enveloppe doucement, nous dormons très bien.

Jeudi 5 septembre 2019

Petit déjeuner

Nous nous réveillons tôt pour accompagner Yuko à Bethléem. On se prépare un bon petit déjeuner, je pars acheter des cafés à la boutique de la rue Agrippa, en face du marché Mahane Yehuda.

Je prends un expresso long (qui finalement n’est pas si long que ça) pour Reiko et un capuccino pour moi. Le serveur n’est pas très sympa, un peu froid. J’ai l’impression qu’il n’est pas à l’aise avec les touristes qui ne parlent pas hébreu.

À la boulangerie d’hier je vais aussi acheter deux petits pains sucrés. Pendant ce temps Reiko prépare des sandwichs pour notre déjeuner de midi.

De retour à la maison on mange ce petit déjeuner avec une pomme et une banane.

Après le petit déjeuner, on va se préparer ; Yuko nous attend devant la porte assise sur les marches. Je pars sans prendre mon téléphone portable qui est déchargé.

De Jérusalem à Bethléem

On va prendre le tram sur la rue de Jaffa.

On doit acheter des billets à la machine automatique. Pour cela il nous faut une carte que l’on recharge, comme celle que l’on a achetée le jour où nous sommes arrivés, pour prendre le bus.

On a une carte mais Yuko, qui pense qu’on doit en avoir une chacun nous donne celle qu’elle utilise pour les invités. Ensuite il reste à recharger sur la borne, et ce n’est pas facile… ces machines marchent souvent mal, on a du mal à choisir le bon ticket, et la carte bancaire ne passe jamais, il vaut mieux payer en espèce. C’est un peu lourd. Enfin on y arrive et on monte dans le tram direction porte de Damas.

C’est à la porte de Damas qu’on peut prendre les bus arabes pour la Palestine.
Nous allons prendre un bus pour le checkpoint 300, près du tombeau de Rachel.

À l’arrêt de bus Hee, une amie de Yuko nous attend, comme nous elle accompagne Yuko au camp de réfugiés d’Aida, près de la Barrière de séparation israélienne. Nous montons ensemble dans le bus.

Lorsqu’on remercie le chauffeur, Yuko nous précise : « à partir de maintenant il est préférable d’utiliser l’arabe ‘shukran’ au lieu de l’hébreu ‘toda’ ».
La route est rapide et agréable jusqu’au tombeau de Rachel, nous passons à flanc d’une colline qui offre une très belle vue sur la vieille ville.

Le bus s’arrête sur un parking, il y a ensuite le checkpoint 300 que nous devons passer à pied. C’est un long couloir, il y a des caméras, c’est plutôt glauque. On ne contrôle pas les passeports pour passer d’Israël en Palestine.

Bethléem - Le mur, et le camp d’Aida

Sitôt arrivés de l’autre côté, nous sommes abordés par de nombreux chauffeurs de taxi qui nous proposent de nous conduire à Bethléem, à l’église de la Nativité, ils insistent arguant que c’est loin et que ce n’est pas très prudent. Mais nous continuons notre route.

Nous arrivons à une portion de mur recouvert de tags et de fresques. Bien sûr il y a des oeuvres de Banski mais de nombreux autres streets artistes se sont exprimé sur le mur, devenu un support à des revendications contre la politique d’Israël en Palestine. Entre les tags, des panneaux imprimés livrant des témoignages ont été affichés par des associations.

Le mur est devenu une sorte de musée à ciel ouvert, il témoigne aussi des relations entre des peuples inconciliables, à Jérusalem il n’y a pas de mur entre les quartiers juifs et arabe, mais on sent le mur entre les habitants.
Ici, devant ces blocs de béton gris de haine, peint de liberté, on prie pour un monde meilleur ou les peuples pourraient vivre ensemble dans la paix.

Le long du mur, régulièrement il y a des tours de garde, hautes et inquiétantes. Yuko reconnaît une fresque peinte par un ami à elle, Japonais habitant à Jérusalem, elle représente un grand dragon s’élevant du sol, comme pour monter à l’assaut.

Nous longeons une portion de mur qui fait comme un couloir et arrivons à un croisement ou est l’hôtel construit par Banski, le Walled Off Hotel. Les chambres sont tout de même à plus de cent euros, et l’hôtel est très couru. Mais il y a un dortoir plus accessible nous dit Yuko.

Nous passons l’hôtel et remontons Hebron Road. La ville est poussiéreuse. Une voiture vient à notre rencontre, Yuko connaît le conducteur qui s’arrête et propose de nous amener jusqu’au camp.

C’est Majid, il tient une épicerie-magasin d’artisanat bédouin juste en face du camp d’Aida. Nous jetons un coup d’oeil rapide à sa boutique mais Yuko semble pressée et nous la suivons dans le camp après avoir fait quelques petits achats dans une épicerie très bon marché en face de chez Majid.
En chemin elle nous préviens qu’il y a récemment eut des problèmes d’assainissement dans le camp, il peut être difficile pour nous d’aller toilettes ici. Nous croisons juste quelques hommes qui semblent un peu suspicieux.
Yuko nous amène à la maison de la personne avec qui elle travaille. Elle frappe à la porte et me demande de me tenir un peu à l’écart de la porte car il n’y a que des femmes dans cette maison et elles ne veulent pas montrer leur chevelure à des hommes.

On nous invite dans le salon, il y a l’amie de Yuko, sa mère et ses deux enfants une fille et un bébé. Ici, les femmes du camp font des travaux de broderie traditionnelle, de diverses régions de Palestine et de Syrie.

La grand-mère nous offre du café à la cardamome, et au fil de la discussion elle nous raconte le mariage récent de son autre fille récemment et elle va chercher, pour nous la montrer la robe qu’elle portait lors de la fête.

Reiko, Yuko et Hee chan sont admiratives du travail de broderie traditionnelle (التطريز), elles nous présentent alors d’autres robes très colorées et magnifiques, ainsi que des foulards.

Yuko essaie un foulard, elle le met sur ses cheveux laissant voir son visage, mais l’amie de Yuko ajuste la partie qui cache le bas du visage, ne laissant voir que les yeux en disant « Bedouin’s woman », car c’est ainsi que les femmes des Bédouins portent le foulard, ne dévoilant que leur regard.

Il y a la visite d’une autre brodeuse, une tante de l’amie de Yuko. Et puis des amis de Yuko, Japonais arrivent ensuite. On se retrouve nombreux dans le petit salon, on décide de partir pour laisser de la place.

Sur le chemin pour sortir du camp nous croisons un groupe de gamins. Lorsqu’il me croise l’un d’eux se met à rire très fort, d’un rire forcé et étrange qui me fait sursauter, je me retourne étonné, je ne comprends pas ce qu’il voulait exprimer.

Nous retournons à la boutique de Majid qui nous offre encore un café à la cardamome. Nous achetons une belle paire de sandales, artisanat bédouin réputé que Yuko nous a recommandé. On achète aussi du zaatar, du thé à la sauge et du de la semoule pour faire du couscous. Mais il y a de nombreux autres trésors dans la boutique de Majid.

Nous parlons de notre projet de visiter la basilique de la nativité de Bethléem puis d’aller à Hébron voir les tombeaux des patriarches.
Le conseil de Majid est de visiter Hébron en premier car c’est assez loin, plus on partira tôt plus il sera plus facile de rentrer avec un bus et retourner à Jérusalem ce soir.
Majid propose à Yuko de la ramener au checkpoint puis il nous déposera au « terminal central » des bus de Bethléem où il nous indiquera un taxi partagé pour Hébron. Il nous conseille de payer 12 shekels par personne, soit pas grand-chose. On s’embarque donc dans le taxi qui part presque tout de suite, il y a 7 passagers et le chauffeur.

De Bethléem a Hébron

Pas de clim, par la fenêtre ouverte je regarde le paysage défiler en songeant que nous parcourons une route où marchèrent Abraham Isaac et Jacob. Entre Béthléem où mourut Rachel en enfantant Benjamin et Hébron où Abraham acheta de la terre pour le repos de Sarah.

16 Ils partirent de Béthel. Il y avait encore une certaine distance jusqu’à Ephrata lorsque Rachel accoucha. Elle eut un accouchement pénible.
17 Pendant les douleurs de l’accouchement, la sage-femme lui dit : « N’aie pas peur, car tu as encore un fils ! »
18 Alors qu’elle allait rendre l’âme, car elle était mourante, elle lui donna le nom de Ben-Oni, mais son père l’appela Benjamin.
19 Rachel mourut et fut enterrée sur le chemin d’Ephrata, c’est-à-dire Bethléhem.
20 Jacob construisit un monument sur son tombeau. C’est le monument du tombeau de Rachel, qui existe encore aujourd’hui.
21 Israël partit et dressa sa tente après Migdal-Eder.
22 Pendant qu’Israël résidait dans cette région, Ruben alla coucher avec Bilha, la concubine de son père, et Israël l’apprit. Les fils de Jacob étaient au nombre de 12. 23 Fils de Léa : Ruben, le fils aîné de Jacob, Siméon, Lévi, Juda, Issacar et Zabulon.
24 Fils de Rachel : Joseph et Benjamin.
25 Fils de Bilha, la servante de Rachel : Dan et Nephthali.
26 Fils de Zilpa, la servante de Léa : Gad et Aser. Voilà quels sont les fils de Jacob, ceux qu’il eut à Paddan-Aram.
27 Jacob arriva vers son père Isaac à Mamré près de Kirjath-Arba, c’est-à-dire Hébron, où Abraham et Isaac avaient séjourné en étrangers.
28 Isaac vécut 180 ans.
29 Il expira et mourut. Il alla rejoindre les siens alors qu’il était âgé et rassasié de jours, et ce furent ses fils Esaü et Jacob qui l’enterrèrent.

Genèse 35:16-29

Après une partie de route dans le désert on rejoint une agglomération grande poussiéreuse et bruyante aux abords d’Hébron. Je suis un peu stressé, on est vraiment dépaysé ici, et cela fait une bonne heure que l’on roule. Du coup lorsque je vois un grand minaret, je suppose que c’est celui de la mosquée d’Abraham, et on descend a un mauvais arrêt, assez loin du centre-ville, du côté du Queen Plazza Hotel.

Hébron marche jusqu’au tombeau des patriarches

Reiko a envie d’aller aux toilettes, on cherche un café ou un restaurant. Je me rends compte que la mosquée que j’avais vue n’est probablement pas celle d’Abraham et qu’il va falloir marcher pas mal, du coup on cherche activement.
Finalement on entre dans un kébab et on demande les toilettes.
Le proprio me les montre dans le fond de la boutique, Reiko y va et je l’attends devant le magasin.

Je demande au gérant du kébab combien lui donner pour les toilettes, il me répond à moitié sérieux 5 shekels, je les lui donnes, il les prend, puis me les rend. J’ai vu faire de même pour le pourboire donné dans le taxi collectif, le chauffeur a pris le supplément offert et l’a rendu tel quel au passager qui le lui avait donné.
On se met ensuite en route vers la vieille ville. Le patron du kébab m’a indiqué vaguement la direction.

On croise un groupe de gamins, l’un d’eux lance au passage un « konnichiwa » à Reiko qui est contente, on se retourne, le gamin en question court vers nous en nous criant « matte matte »... il parle japonais !

Rapidement un groupe se forme autour de nous, le gamin qui a parlé en premier et ses amis, puis d’autres enfants qui passent par là car c’est la sortie des collèges. Ils nous expliquent qu’ils sont fans de manga, Naruto entre autres, qu’ils les regardent en vidéo sur internet et c’est comme ça qu’ils apprennent le japonais !

Un autre me fait un tour de magie avec une pièce de monnaie, tous sont joyeux, pleins de vie et parlent très bien anglais. On est surpris. Celui des tours de magie me demande si on est mariés avec reiko, je lui dis que oui, puis il me demande si on a des enfants, je lui réponds non, pas encore. Il me répond « c’est dommage » !

Ça me fait rire, ils sont très vivant ces enfants. On reprends notre route vers la vieille ville, on passe le parc sportif, on prends une rue sur la gauche après avoir traversé l’avenue et on descend vers une rue commerçante.

Petit à petit il y a de plus en plus de monde, on finit par se retrouver au milieu des étals de marché, le souk de la rue Bab al-Zawiya.

La vieille ville et le tombeau des patriarche

Nous arrivons à la vieille ville d’Hébron, façades de pierre jaune, rue poussiéreuse, épices, pains, fruits, légumes, tissus brodés de couleurs, cuirs.

Sous une arcade, on monte un escalier, il y a une sorte de place où jouent des enfants et traînent des chats, tout est poussiéreux. On cherche l’office du tourisme qui était indiqué ; je trouve le bureau d’une association Franco-Palestinienne « Association d’échanges culturels Hébron-France » et entre, supposant trouver quelqu’un qui parle français, demander un plan de la ville.

Une personne parle un peu français mais il n’y a pas de plan de la ville ici.
On poursuit la promenade dans ce petit labyrinthe où rodent les chats malades a la recherche de restes, après quelques cul-de-sac, finalement trouve l’office du tourisme. L’accueil est très aimable, on nous remet des plans de la ville et d’autres villes en Palestine et on nous explique le tour à faire dans la vieille ville, la direction de la mosquée d’Abraham.

Il n’est pas facile de trouver le tombeau des patriarches, la ville est divisée par des colonies israéliennes, la situation est très tendue, il y a des rues vides qui séparent les quartiers, des checkpoints. On a décidé de rester du côté palestinien et de rentrer dans la mosquée d’Abraham pour voir les tombes.

Après beaucoup de marche d’aller et retour, de chemins qui nous éloignent, on parvient finalement au checkpoint, tenue par l’armée palestinienne, qui nous permet d’entrer dans la mosquée.

Au checkpoint, à l’entrée un homme essaie de nous aborder, il veut nous montrer les colonies israéliennes à Hébron, je ne comprends pas bien ce qu’il dit alors je préfère éviter, nous passons le checkpoint de la mosquée. Il y a un escalier le long du mur monumental du tombeau des patriarches, érigée sous Hérode le grand au premier siècle avant Jésus-Christ.
À l’entrée de la mosquée, on nous explique que Reiko doit porter un manteau qui couvre la tête, les épaules et les jambes mais qui lui tiens chaud.

Plus loin on doit plus loin retirer nos chaussures pour entrer dans la salle de prière où nous voyons les cénotaphes des tombes d’Abraham et Sarah, puis Isaac et Rébecca et Jacob et Léa. Selon la tradition juive Adam et Ève seraient aussi enterrés ici.

On ne voit pas les tombes qui sont souterraines mais juste de petits monuments, de style arabe, symbolisant les tombes.

On sort de la mosquée par l’escalier glissant. Reiko va aux toilettes et je l’attends assis sur les marches. On va déjeuner dans un recoin, sur un escalier des ruelles, près de l’office du tourisme. À côté de nous il y a des travaux et beaucoup d’eau coule par une série de tuyaux sur le toit d’un immeuble en travaux.
Un des ouvriers nous voie et nous dit bonjour, je réponds « Saalam » en arabe, puis il me dit « Hebrôn’s god » ou un truc comme ça, je ne comprends pas ce qu’il veut dire.
On mange nos sandwichs au fromage et jambon de dinde et pour le dessert : une pomme.

Il fait chaud, on commence à sentir la fatigue, on décide donc de retourner vers la place Al Manara. On trouve des genres de bus garés le long de la route, il y a énormément de trafic.
On demande la direction « Bethléem » on nous indique alors la rue suivante où nous trouvons effectivement un chauffeur qui nous dit qu’il va bien à Bethléem. Je lui demande le prix : 6 shekels, ce n’est vraiment pas cher.

Hébron - Bethléem

Le bus reste sur place un bon moment, en face d’une épicerie. Le chauffeur boit des verres de jus de fruit en attendant que ça se remplisse.
On part finalement, même route qu’à l’aller, mais il fait plus chaud et on est un peu moins confortable. Pas mal de personnes montent et descendent en chemin avec plein de bagages. Après de nombreux arrêts on arrive finalement lessivé à Bethléem, je reconnais l’arrêt où on est monté ce matin a des affiches de publicité.

Bethléem - Basilique de la nativité

01 En ces jours-là, parut un édit de l’empereur Auguste, ordonnant de recenser toute la terre
02 ce premier recensement eut lieu lorsque Quirinius était gouverneur de Syrie.
03 Et tous allaient se faire recenser, chacun dans sa ville d’origine.
04 Joseph, lui aussi, monta de Galilée, depuis la ville de Nazareth, vers la Judée, jusqu’à la ville de David appelée Bethléem. Il était en effet de la maison et de la lignée de David.
05 Il venait se faire recenser avec Marie, qui lui avait été accordée en mariage et qui était enceinte.
06 Or, pendant qu’ils étaient là, le temps où elle devait enfanter fut accompli.
07 Et elle mit au monde son fils premier-né ; elle l’emmaillota et le coucha dans une mangeoire, car il n’y avait pas de place pour eux dans la salle commune.
08 Dans la même région, il y avait des bergers qui vivaient dehors et passaient la nuit dans les champs pour garder leurs troupeaux.
09 L’ange du Seigneur se présenta devant eux, et la gloire du Seigneur les enveloppa de sa lumière. Ils furent saisis d’une grande crainte.
10 Alors l’ange leur dit : « Ne craignez pas, car voici que je vous annonce une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple :
11 Aujourd’hui, dans la ville de David, vous est né un Sauveur qui est le Christ, le Seigneur.
12 Et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. »
13 Et soudain, il y eut avec l’ange une troupe céleste innombrable, qui louait Dieu en disant :
14 « Gloire à Dieu au plus haut des cieux, et paix sur la terre aux hommes, qu’Il aime. »
15 Lorsque les anges eurent quitté les bergers pour le ciel, ceux-ci se disaient entre eux : « Allons jusqu’à Bethléem pour voir ce qui est arrivé, l’événement que le Seigneur nous a fait connaître. »
16 Ils se hâtèrent d’y aller, et ils découvrirent Marie et Joseph, avec le nouveau-né couché dans la mangeoire.
17 Après avoir vu, ils racontèrent ce qui leur avait été annoncé au sujet de cet enfant.
18 Et tous ceux qui entendirent s’étonnaient de ce que leur racontaient les bergers.
19 Marie, cependant, retenait tous ces événements et les méditait dans son cœur.
20 Les bergers repartirent ; ils glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, selon ce qui leur avait été annoncé.
21 Quand fut arrivé le huitième jour, celui de la circoncision, l’enfant reçut le nom de Jésus, le nom que l’ange lui avait donné avant sa conception.

Luc 2:1-21

À Bethléem on est bien fatigué, on décide de marcher jusqu’à la basilique de la nativité, mais la route est plus longue qu’on ne l’avait imaginé. En chemin on achète et on mange des bananes.

La place devant la basilique est très belle et simple. Deux grands arbres sont de part et d’autre de la façade, nous entrons par une petite porte sur le côté. On est obligé de se courber pour entrer, la porte fait 1m33 de hauteur, c’est pourquoi on l’appelle la porte de l’Humilité.

Lorsque l’on arrive, les touristes sont en file indienne, l’accès à la grotte de la nativité est fermé car il y a une cérémonie orthodoxe. La basilique est très pure, la charpente en bois, les mosaïques sont magnifiques. Je fais une prière dans ce lieu saint. Reiko est un peu fatigué, j’irais bien me recueillir dans la grotte mais je ne veux pas imposer à Reiko la file d’attente. On sort de la basilique par la porte du cloître adjacent.

On va se reposer dans le couloir du cloître, a l’ombre des arcades, on somnole un peu. Reiko a très mal à la tête, elle s’endort. Je retourne seul en attendant dans la basilique, la cérémonie terminée, on peut accéder à la grotte, mais il y a beaucoup de monde.

Alors je renonce une nouvelle fois, après avoir fait la queue pendant presque trente minutes, tout près du but parce que je m’inquiète pour Reiko.

Je retourne donc dans le cloître à l’endroit ou je l’ai quittée et elle n’est plus là. Je commence à m’inquiéter vraiment, je me dis que peut-être elle s’est vexée parce que j’étais partis. Mais elle revient quelques minutes plus tard, elle était juste allée passer de l’eau sur son visage, elle va mieux, on prend le chemin du retour.

Nous retournons à pied au checkpoint 300, vers le checkpoint, Reiko s’arrête à une boutique de cartes postales, il y a des photos de tags qui lui plaisent. Le gars de la boutique nous invite à rentrer et nous montre un pan de mur avec un « original » de Bansky, dans la boutique… ça semble un peu gros mais on ne sait jamais. On achète quand même quelques cartes et on reprend notre route, on retrouve le Walled Off Hotel, puis le couloir du mur, il faut faire attention aux voitures dans ce passage-là.

À un moment une voiture passe très vite près de Reiko et la nana au volant fait une grimace à Reiko en lui criant « shalom ». Reiko ne comprend pas ce geste et s’interoge longuement après que nous ayons passé le checkpoint vers Israël et montré nos passeports et visa aux autorités israéliennes, et jusque dans le bus elle y pense encore.

Il y a un magnifique coucher de soleil sur la ligne du mur vers la ville.
Bethléeem - Jérusalem

Même trajet que ce matin, le ciel est beau donc. À côté de nous il y a un gar sympa avec sa fille et son fils. On échange trois mots et il nous offre un bonbon au gingembre à chacun.

On part à pied depuis la porte de Damas, la route est longue, mais la lune est belle et la ville calme. Nous avons le temps de repenser à notre journée un peu fatigante et chargée d’émotions et d’ambiances diverses.

Comme on a faim, avant de rentrer on achète un truc pas cher sur la rue Agrippa, à cotès du marché. Reiko veut de la viande donc on prend un sandwich kebab et un hotdog.

Amanto - Moshe Bar‘am Square

On mange tout ça dans notre petit nid avec une bière Goldstar. Puis nous montons discuter avec Yuko, nous partageons nos impressions sur Bethléem, Hébron et la Palestine.

On reçoit un message de Shimon qui nous dit qu’il va bientôt arriver à Jérusalem, il vient en voiture depuis Mitzpe Ramon avec sa chienne Chuppa. On pourrait se retrouver ce soir dans un square où il y a une performance artistique.

Ça nous fait une petite promenade nocturne sympathique jusqu’au Moshe Bar‘am Square, Shimon nous attend devant le parc avec Chuppa qui est un peu apeuré car c’est la première fois qu’elle vient dans une grande ville.

Dans le parc une grande oeuvre d’art est exposée, elle a été inauguré très récemment et c’est justement une fête organisée pour cette occasion qui se déroule actuellement.

C’est une grande structure en bois, une sorte de tour octogonale a deux étages formée exclusivement de cadres de fenêtres anciens montés de vitres colorées.

Un photographe célèbre, Yoram Amir décédé en mars dernier avait collecté toutes ces antiquités. On peut monter dans la tour et les éclairages sont très beaux.

Il y a plein de monde dans le parc et un concert de musique, ce sont des chants traditionnels juifs orchestrés pops.

On monte au premier étage, on fait le tour des fenêtres et on s’amuse avec Reiko et Shimon. c’est un peu magique comme dans un rêve.

En redescendant on rencontre une fille qu’on avait remarqué parce qu’on la voyait dansait bizarrement. Elle nous donne un flyer, elle a un spectacle où elle chante des berceuses du monde entier.

On décide de rentrer vers Amanto, on fait la route avec Shimon qui veut aller voir une expo du même artiste, Yoram Amir. C’est sur notre chemin ; on l’accompagne.

On regarde un peu les photos et les installations à base de téléviseurs anciens puis on décide de rentrer, Yuko reste encore. On fait notre chemin et on se perd un peu, mais il ne fait pas froid et on rejoint facilement la rue Agrippa.

Mais finalement on retrouve Yuko sur le chemin de chez elle parce qu’on a pris un chemin plus long.

« Oyasuminasai ! »

« Leila Tov ! »

On se dit bonne nuit en japonais, en hébreu et en français.

Je prends une douche et pendant que Reiko prend la sienne j’écris ces quelques mots dans mon journal :

« Reiko est toute contente parce que les sandales qu’on a achetées à Hébron nous vont à tous les deux. »

Vendredi 6 septembre 2019

Matinée tranquille

Le Matin Reiko ouvre toujours les yeux avant moi et nous trainons un peu au lit avant de nous lever.

Pour le petit déjeuner, cette fois-ci pas besoin de sortir de la maison, on prépare les Nescafés et cappuccinos achetés la veille à la petite épicerie en face de chez Majid. Avec ça on mange une pomme et une nectarine, du pain avec du fromage et du jambon de dinde.
On prend toujours le petit déjeuner sur la table basse, dans le boyau qui relie la chambre-pièce-à-vivre à la cave.

Au fil de nos discussions on en vient à parler du shabbat, puisque c’est vendredi aujourd’hui, on se dit qu’on pourrait essayer de respecter cette tradition au moins ce soir… (ne pas allumer de feu, ne pas utiliser de téléphone portable ou d’ordinateur, pas de travail quelconque…).

Mais cela implique aussi de ne pas remettre à demain toute une série de tâches, à commencer par ma lessive qui s’est accumulée et que je lave à la main dans la douche, avec un peu de savon.

On accroche ensuite les tee-shirts, chemises et pantalons devant la porte sur des cintres suspendus aux branches de la passiflore. Pour les culottes, Reiko préfère qu’elles sèchent à l’intérieur que sous le nez des passants. Mais comme il n’y a pas d’air à l’intérieur, elles ne sèchent tout simplement pas et finissent par sentir mauvais, alors tant pis, je les mets dehors, cachés derrière les chemises.

Méa Shéraim, Beit Yisrael

Nous décidons de faire une promenade et suivant les conseils de Yedidia Blum, nous allons explorer le quartier des Haredi, les Juifs ultras orthodoxes.

On rejoint la rue Malkei Israel en traversant le marché Mahane Yehuda, puis le quartier de Zichron Moshe et ces petites venelles. Sur Malkei Israel on cherche un peu en vain les Yeshiva aux fenêtres desquelle on entendrait les murmures de l’étude.

Dans les ruelles de Zichron Moshe et sur la Malkei Israel, il y a beaucoup de petites boutiques, épiceries, boulangeries, librairies (on ne trouvera dans ces magasins aucun roman ou magazine mais essentiellement des ouvrages sur le thème de la religion).
C’est dans l’une de ces boulangeries que nous achetons trois sacs de pains pour 10 shekels. Tous les vendeurs et clients habillés de la façon traditionnelle avec chemises blanches et kaftan kipas et chapeaux. Le vendeur n’a pas de caisse enregistreuse et note toutes les ventes dans un grand cahier, à l’ancienne.

Bien sûr il y a des boutiques d’objets religieux aussi, c’est dans l’une d’elles que j’achète une kippa verte que je compte porter ce soir pour aller à la synagogue pour le début du shabbat.

Yedidia nous a conseillé une pizzeria dans ce quartier, Uri’s Pizza, surnommée la pizzeria de Geoulah il nous dit que c’est vraiment bon et pas très cher. L’adresse ne paie pas de mine, c’est une petite boutique en demi-sous-sol. On peut manger des pizzas à l’américaine et des salades qu’on compose nous-même. On commande au comptoir et on va s’assoir sur de petites tables de cafétéria.

On prend deux parts de pizza et une grande salade avec un peu de tout. C’est vrai que ça ne coûte pas grand-chose et que c’est très bon et très copieux. Sur les tables il y a de grosses bouteilles de sauces pour la salade, la sauce d’ici est très réputée.

Nous reprenons notre promenade vers le quartier de Beit Israel, après Mea Sheraim un grand panneau inscrit en hébreu, arabe et anglais demande aux touristes, plus précisément aux femmes, de ne pas traverser ce quartier en habit « non modeste » sic., précisant que les bras et les jambes devraient être couverts.

Sur les murs de pierre aucune affiche publicitaire mais des amas de pashkevils aux caractères gras et noir imprimés à l’ancienne rotative. Il y a très peu de voitures, le quartier est très silencieux, les enfants sont trop calmes et timides, quel contraste avec les gamins palestiniens d’Hébron, les adultes eux nous ignorent le plus possible, comme ils ignorent probablement tout ce qui ne vient pas du livre.
On passe devant ces Yeshiva mais on ne les voie pas, comme on ne voit personne dans ces quartiers fantômes. Pourtant au détour d’une courette de ces petites maisons on pourra trouver un certain charme d’avant la modernité.

Il fait très chaud, Reiko est fatigué, on décide de rentrer à Amanto.

Rencontre avec Yayoi Okaniwa

Yuko est sur le pas de sa porte, elle lit un livre de métaphysique en prenant le soleil, on discute un moment. Elle reçoit un appel d’une amie qui lui demande si elle peut utiliser la cave cet après-midi pour répéter.

Quelques minutes plus tard nous la rencontrons. Elle porte une grande housse sur son dos. Elle s’appelle Yayoi, est japonaise et chanteuse baroque et orientale et s’accompagne au oud.
Je ne suis pas très étonné d’apprendre qu’elle joue aussi du biwa qui est un descendant japonais de l’oud qui voyagea par la route de la soie jusqu’aux Indes et en Chine où on l’appelle Pipa.

Elle accepte que nous l’écoutions jouer et, comme je l’espérais pour être franc, me propose aussi d’essayer son instrument, je suis ravis. C’est un oud Turc, le son est très clair, il résonne bien dans la cave.

Elle m’apprend comment tenir l’instrument et le plectre, je joue quelques lignes mélodiques mais je le lui rends bien vite. Elle me dit qu’on peut trouver des ouds corrects et pas trop chers dans le souk de la vieille ville.

Puis elle nous joue un air turc très beau, et comme Reiko essaie de le chanter avec elle Yayoi décide de le lui apprendre, c’est « Üsküdar’a gideriken ».

S’improvise alors une leçon de chant. Yayoi utilise certaines techniques du baroque qu’elle adapte à la musique orientale. Reiko est très content d’apprendre, Yayoi lui fait travailler la posture et lui prodigue de nombreux conseils pour pousser la voix et avoir le bon son tout en gardant les spécificités de son chant naturel. Elle travaille comme un jardinier qui taille un arbre.

Après la leçon on va tous boire un verre chez Yuko en discutant de passions communes, la musique baroque, la viole de gambe et sainte colombe, et aussi le Miserere d’Allegri, qu’on écoute dans la version de A Sei Voce à huit voix avec ornementation. Chaque fois que je l’entends je repense, ému, à la voie de Ximena qui lançait comme une flèche ce do suraigu de sa voix d’enfant.

C’est d’ailleurs une amie de Ximena, Hiromi Bando que nous nous trouvons en ami commun avec Yayoi !

Shabbat Shalum

On entend dehors une sirène, comme l’alarme du mercredi midi en France, c’est le signal du début du shabbat.
Dans notre quartier de la ville toute activité va s’arrêter subitement jusqu’à demain soir.

On explique à Yayoi qu’on pensait aller à la synagogue pour le début du shabbat, Yedidia nous avait recommandé la grande synagogue de Jérusalem, mais Yayoi nous propose la synagogue d’Ades, qui a plus de cent ans, la synagogue des Juifs de Syrie, qui est tout près de chez nous.

Je mets ma kippa et nous partons donc tous les trois. À la synagogue les hommes sont en bas et il y a une mezzanine à l’étage pour les femmes.
Je suis donc seul en bas. À côté de moi un autre gar qui n’a pas sa kippa en prend une au fond, je suppose que comme moi il est venu en touriste. Et d’ailleurs il partira avant la fin quand sa copine lui fera un signe par la fenêtre.

Nous autres resteront jusqu’à la fin, même si la cérémonie est un peu longue alternant prière, lecture et psalmodie. Chanté le plus souvent sur un mode oriental typique des Juifs de Syrie, c’est très étonnant. Nous surprend aussi la gestuelle de la prière, avec les balancements, les petits sauts, le moment où on se retourne vers la porte de la synagogue.

Après la cérémonie, j’attends Reiko et Yayoi et nous rentrons ensemble à Amanto, nous promenant sous la lune.

Yayoi nous propose de diner ensemble, elle nous précise que dans son quartier certains restaurants sont encore ouvert, mais on a des provisions que nous avons déjà achetées et nous préférons rester chez nous pour manger sobrement un couscous léger.

Nuit du Shabbat

Puis nous finissons notre soirée avec une promenade à pied retournant du côté de Zichron Moshe dans de petites venelles peuplées de chat errant et de fantômes en noir, dont le clair de lune rehausse le charme oriental.

Il n’y a presque personne dans les rues, chacun avec les siens, mange bien, boit le bon vin et chante, c’est shabbat et les moutons sont bien gardés. Mais sans sarcasme, c’est beau quand même quand de mille fenêtres ouvertes sur la rue nous entendons les chants de la fête.

Et puis quand par hasard nous découvrons les oeuvres d’un sculpteur amateur au coin d’une ruelle. Ce sont de petites pièces d’art brut, des animaux formés à partir d’objet du quotidien et peint de couleurs naïves. Ce n’est pas grand-chose, mais cette touche de fantaisie, comme une fleur qui aurait poussé au milieu de la rigoureuse orthodoxie, s’appelle l’espoir et ça nous met en joie.

Shabbat shalom aux Juifs, shabbat shalom a tous les peuples de la terre, shabbat shalom aux chats et aux chiens errants aussi ! Et nous aussi, nous avons le coeur débordant et un peu ivre de la joie d’une simple belle promenade.

Alors, tout en louant en secret l’Éternel, je prends le bras de ma Reiko et nous rentrons tous deux à la maison nous coucher bien vite.

Samedi 7 septembre 2019

Matin

On se réveille dans une belle lumière, aujourd’hui encore il fera beau. La rue est très calme ce matin, c’est le shabbat.

Pour notre petit déjeuner nous mangeons les pains au chocolat achetés hier dans la boulangerie bon marché, ils sont très bons, il nous restait aussi du vieux pain avec lequel on fait de sandwich de fromage, et du jambon de dinde et on fait aussi une salade de mangue délicieuse. Les mangues en Israël sont très peu chères et très savoureuses.

J’ai fait un effort hier soir, je n’ai pas touché à mon ordinateur, le moins possible à mon téléphone portable.

Mais ce mâtin je n’y tiens plus et j’enfreins le shabbat pour écrire les quelques notes de mon journal que plus tard je reprendrais pour rédiger plus joliment.

Pendant ce temps, Reiko écrit le sien, son petit journal rouge de cinq ans, c’est un carnet de 365 pages, on peut chaque jour écrire un petit résumé de quelques lignes. Au bout d’un an on écrira sous la première année et ainsi de suite, on pourra alors chaque année savoir ce que l’on faisait le même jour les années précédentes.

Reiko a reçu ce journal en cadeau l’an dernier et le continue assidûment depuis. Au début elle écrivait en japonais mais depuis janvier, elle le tient en français, c’est son petit exercice quotidien.

Jardin de la Tombe, Calvaire de Gordon

Je décide de faire une petite promenade tout seul pendant que Reiko se repose, je pense marcher une ou deux heures. J’ai envie d’aller voir le jardin de la tombe , qui est en périphérie de la vielle ville, du côté de la porte de Damas.

On appelle aussi ce lieu le Calvaire de Gordon parce que Charles George Gordon, un général britannique qui s’était intéressé au tombeau du Christ et aux problèmes que posait sa localisation au site du Golgotha, profitant d’un séjour à Jérusalem pour rechercher un site qui pourrait correspondre au mont du crâne, trouva une tombe creusée dans la roche près d’une falaise dont le relief, sous un certain angle et avec un certain éclairage peuvent évoquer un crâne humain.

Pour certains Protestants, c’est ici que se trouve le vrai tombeau du Christ.
Mon chemin passe par le quartier juif orthodoxe de Beit Israel où nous étions hier. Comme c’est shabbat les rues sont anormalement calmes, quand on n’est pas habitué c’est surprenant.

Calme mais il y a beaucoup de monde qui marche, partout même au milieu de la rue car il n’y a pas une seule voiture. Sur des grands axes comme la rue de Jaffa, on a l’impression qu’il s’est passé quelque chose, c’est presque apocalyptique.

Je traverse donc le quartier Haredi et je poursuis sur la rue Haneviim jusqu’au croisement avec la rue Kheil ha-Handasa qui est la frontière entre le monde des Haredi et la ville arabe. Le contraste est saisissant, on traverse l’avenue et on est ailleurs, c’est la ville arabe, la Palestine.

Je retrouve, surpris, la gare routière centrale où nous avons pris le bus pour Bethléem avant-hier. Je commence à comprendre comment la ville est faite. Je passe les arrêts de bus et après l’école française biblique, à côté d’un parking de bus touristiques se trouve l’entrée du jardin de la Tombe.

Tout est en anglais, il y a beaucoup de bénévoles qui viennent à ma rencontre dès l’entrée du jardin. Pas tant de touristes que ça, je peux me déplacer facilement dans le parc, je prends un chemin qui me conduit, par quelques petits bosquets à une terrasse en bois qui offre une vue sur le « mont du crâne ». En contrebas un grand parking de bus touristiques.

Un peu déçu par le « crâne » ; il faut avoir pas mal d’imagination, être bien placé au bon endroit, avec la bonne lumière pour le voir. Je continue vers la tombe.

Le jardin est plutôt calme, il y a de nombreux endroits pour s’asseoir. Le chemin fait un crochet pour revenir vers l’entrée du jardin, puis quelques marches nous font descendre à une tombe creusée dans la roche, une pierre ronde a été ajouté pour rappeler exactement l’imagerie populaire de la tombe du Christ avec la pierre roulée.

C’est assez émouvant car il y a peu de monde, on peut se recueillir, descendre dans la grotte et prier.

Il y a tout de même un couple après moi, le gars se met à genoux et demande à sa femme de le prendre en photo en train de poser en prière.

On sort par la traditionnelle boutique d’artisanat.

Je reprends la route de l’aller, puis cherche un chemin qui coupe par le quartier Haredi et finalement je me perds dans un dédale de petite rue. Je croise même un attelage de deux chevaux.

Performance a Amanto

À mon retour Reiko est en train de répéter dans la cave. On va voir Yuko au salon pour discuter un peu et préparer la performance de cet après-midi. On réfléchit à une mise en place sur la scène.

Yuko nous dit qu’elle entendait la musique de Reiko ; il y a en effet une dalle en verre qui apporte un peu de lumière dans la cave, par là on peut entendre un peu la musique d’en dessous.

Je propose alors qu’on commence à jouer en bas et qu’on remonte ensuite pendant la performance alors que Yuko aura déjà commencé à danser. La musique venant du sol créera un effet de surprise.

Je m’installe dans un coin de la grande arche du fond du salon et Reiko se place à l’autre extrémité. J’installe un tabouret et dispose la guitare de voyage et le petit ampli JBL jaune, le charango et le sanshin et j’accorde tous les instruments.

J’installe ensuite l’enregistreur audio et mon mobile en mode caméra sur la mezzanine et dans un coin de la pièce mon appareil photo, en mode vidéo lui aussi.

Pendant ce temps Les premiers spectateurs arrivent, il y a des amis japonais de Yuko qui ont regardé la performance de chez adel sur internet et qui ont beaucoup aimé, alors ils ont décidé de venir aujourd’hui.

D’autres clients se présentent qui entrent, ou pas, ou reviendront plus tard, pour le début de la performance. Shimon est venu avec sa caméra et un ami à lui. Il va prendre de belles vidéos de la performance d’aujourd’hui.

Yayoi est venu découvrir notre musique, tout comme Yedidia qui est là malgré le shabbat, nous salue poliment mais ne touche pas la main que lui tend Reiko. Il est vraiment curieux de découvrir notre performance.

Avec Reiko on se retrouve dans la cave. Je commence à jouer des arpèges au Charango et Reiko fait un rythme à la guitare en chantant. En fait, en haut en réalité on n’entend pas vraiment et l’effet passe plutôt inaperçu. Alors que nous de notre côté persuadé que le public, passé l’effet de surprise, a compris le truc, on fait monter la sauce.

Au bout d’un moment je décide de monter, j’arrête de jouer en passant la porte afin qu’on n’entende pas de musique depuis la rue, puis je monte en prenant garde à ne pas faire de bruit, j’entre dans le salon derrière les spectateurs fascinés par la danse silencieuse de Yuko. J’introduis quelques arpèges discrets au charango puis de plus en plus présent.
Pour les spectateurs c’est maintenant la surprise et j’avance milieu des chaises pour rejoindre mon siège. Du charango je passe au Sanshin, j’improvise un bon moment, mais je finis par m’inquiéter car Reiko ne vient pas...

Je poursuit avec la guitare électrique et alors se fais entendre une voix ténue venant comme de dessous terre ; c’est Reiko qui fait son entrée avec un chant spectral du plus bel effet.

Nous continuons ainsi la performance pendant une bonne heure, esquissant pas mal de mouvements passant du calme et mystérieux au chaotique et dissonant…

À un moment Yuko s’en va par le public, vers le fond et je me lève aussi un peu après pour aller la chercher. Alors Reiko se retrouve seule sur scène mais c’est intéressant, elle se met au centre comme pour nous rappeler et je ramène Izanami du pays des ombres.

Un peu plus tard Yuko fait une belle improvisation sur la chaise où j’étais en début de performance alors que j’ai migré dans le coin opposé avec Reiko.

Enfin il y aura un moment fort extatique qui marquera la fin de tout.
Nous sommes très ému et impressionné d’avoir fait cette performance et remercions le public d’avoir été là pour nous accompagner.

On discute ensuite avec les spectateurs. Outres ceux déjà cités il y a Gwen qui apprend le japonais avec Yuko, qu’on a déjà rencontrée il y a deux jours et qu’on reverra demain. Nous faisons la connaissance de Walla une amie palestinienne de Yuko.

Aussi une amie taïwanaise et son copain, qui reviendront pour la Sushi Party où nous retrouverons également Avi Berman, un compositeur.

Walla discute avec Yuko, elle lui dit qu’elle veut aller dans un village en ruine près de Jérusalem, Lifta. Elle accompagne une de ses amies dont les grands-parents, en sont originaire et n’ont jamais pu y retourner après la guerre. Elle demande à Yuko de l’y suivre, mais, un peu fatiguée, celle-ci explique que c’est compliqué de s’y rendre tous ensemble et décide finalement de rester avec nous.

Lifta

Comme on n’a pas déjeuné, on a un peu faim, surtout Yuko qui à jeuné depuis quelques jours avant sa performance. Une fois que tout le monde est partis, on décide d’aller manger quelque chose dans un café. Comme c’est encore le shabbat, Yuko nous amène dans le quartier un peu bobo de Nahalat Shiv’A, sur la rue Hillel ou il y a beaucoup de restaurants et café ouvert même le samedi après-midi.
Alors qu’on cherche un endroit où s’installer, Walla appelle Yuko et insiste encore un peu pour qu’elle la rejoigne. Elle dit qu’elle serait rassurée d’aller le bas avec quelqu’un qui parle Hébreux.
C’est à l’opposé du quartier où on s’est rendu, on décide de prendre un taxi à quatre et de partager les frais, c’est une bonne occasion pour nous de visiter un endroit insolite.

Avant on rentre dans un genre de café « Français » qui fait aussi des sandwichs et des pâtisseries façon Starbuck. On commande un café glacé, deux jus, deux pâtisseries à emporter. Ça fait 60 shekels, c’est un peu cher.

On arrête ensuite un taxi arabe qui circule cet après-midi et on embarque avec nos boissons a la main. Yuko explique en hébreu et un peu en arabe qu’on désire aller jusqu’à Lifta, mais expliquer précisément est difficile, elle doit appeler Walla qui parle directement par téléphone au chauffeur de taxi.

On sort de la ville et après des échanges un peu compliqué, le taxi finit par nous déposer en haut d’un chemin qui descend dans une sorte de combe un peu sauvage ou est le village disparu de Lifta.

Promenade à Lifta

Nous commençons la descente du petit sentier et retrouvons Walla et deux amis à elle près d’une ancienne source. Un des deux amis, un garçon, est palestinien mais il parle parfaitement français parce qu’il étudie à Marseille.
L’autre amie, palestinienne aussi est celle dont les grands-parents habitaient à Lifta avant la guerre civile.
L’ami de Walla qui parle français nous sert de guide en traduisant ce que disent ses amies.

Histoire de Lifta

C’est un village très ancien, son origine remonterait aux temps bibliques. Il serait la Mei Neftoach du livre de Josué, a la frontière de Juda et de Benjamin.

14 Du côté occidental, la limite se prolongeait et tournait au midi depuis la montagne qui est vis-à-vis de Beth-Horon ; elle continuait vers le midi, et aboutissait à Kirjath-Baal, qui est Kirjath-Jearim, ville des fils de Juda. C’était le côté occidental.
15 Le côté méridional commençait à l’extrémité de Kirjath-Jearim. La limite se prolongeait vers l’occident jusqu’à la source des eaux de Nephthoach.
16 Elle descendait à l’extrémité de la montagne qui est vis-à-vis de la vallée de Ben-Hinnom, dans la vallée des Rephaïm au nord. Elle descendait par la vallée de Hinnom, sur le côté méridional des Jébusiens, jusqu’à En-Roguel.

Josué 18:15-16

Puis appelée Nephto par les Byzantins, Clepsta par les croisés (il y a les restes d’une maison de la période croisée au centre de la ville). Au moment de la guerre d’indépendance d’Israël, ce village situé sur la route entre Tel-Aviv et Jérusalem est la cible de nombreuses attaques, et finalement les Palestiniens qui habitaient là sont contraint de fuir, c’est la Nakba, (la catastrophe en arabe).

Il devient ensuite un camp de réfugiés pour des Juifs venant du Yémen ou du Kurdhistan et est progressivement abandonné. Dans les années 80 un groupe d’orthodoxes planifiant un attentat contre le dôme du rocher et la mosquée du mont du temple occupait une des maisons du village.

Finalement le site est devenu une réserve naturelle en 2017, ce qui lui permet d’être épargné des plans d’aménagement urbain et de subsister comme un témoignage.

À partir de l’ancien bassin creusé dans la pierre, où des jeunes batifolent torse nu, nous descendons un chemin escarpé en sous-bois bordé de nombreux bâtiments en ruine, voûtes effondrées, coupoles éventrées, un village fantôme repose ici.

De nombreux tags, certains vraiment amusants et poétiques comme cette paire d’yeux de part et d’autre d’une porte. L’atmosphère est cependant lourde et chargée, on se sent comme dans un sanctuaire, c’est ici un lieu témoignage.

On croise une bande de trois amis, des Juifs portants kippa et chemises blanches, payess harosh pour certains, des religieux sans doutes, peut être orthodoxe. On les recroise deux trois fois, ils semblent nous suivre, je commence à sentir la situation tendue.
L’un d’eux, petit et aux cheveux courts nous demande d’où on vient, je lui dis qu’on est français. Il me répond alors en français « Ah vous êtes français ? » mais d’un ton qui fait dire qu’il le savait déjà. Et de suite il nous questionne, « pourquoi on est venue ici, d’où sont les autres, comment on se connaît ? ». Presque un interrogatoire, je suis un peu mal à l’aise. Le Palestinien aussi lui parle français, il dit qu’il est de Jérusalem de « la bas », pour dire de l’autre côté…
C’est une discussion assez désagréable, ils marchent avec nous jusqu’à la route en haut comme s’ils voulaient nous raccompagner. Au fond c’est peut-être eux qui avaient peur ?

Walla ne peut pas nous ramener à Amanto, car on est trop nombreux pour sa voiture et s’il y avait un contrôle se serait un grand problème pour elle, mais elle nous ramène jusqu’au boulevard Ben Gourion et ça nous avance déjà beaucoup. Beaucoup d’orthodoxes marchent à pied sur le bord des routes, le shabbat n’est pas encore fini.
Sur le bas-côté près de nous une fille étrange immobile attend. On décide de rentrer à pied.

Lifta - Amanto

On remonte Ben Gourion en direction du Chord Bridge, Le Pont de Cordes ou passe le tramway qui se rend dans le centre. On peut aussi, via une passerelle de verre rejoindre la gare centrale de Jérusalem par ce pont.

Il est très majestueux et élégant, porté par un unique mât central de 119 m. Et ce soir, il joue aussi avec la lune, c’est assez poétique, presque une évocation de l’échelle de Jacob futuriste.

Ensuite pour rejoindre Nachlaot, plutôt que de poursuivre sur Sderot Yitshak Rabbin, Yuko nous fait traverser le grand Sacher parc, très agréables et fréquenté en fin de shabbat. En haut d’un petit monticule, on va sonner un grand Bonsho, une cloche japonaise, gravée d’inscriptions contenant le mot « PAIX » dans plusieurs langues, ainsi qu’un psaume relatif la paix sur Jérusalem.

On s’arrête sur un petit carré d’herbe pour déguster les gâteaux achetés au café tout à l’heure. Ils étaient chers mais ils sont vraiment délicieux et on se régale. On profite du calme dans ce beau parc. Sur un banc, de dos une femme, un foulard dans les cheveux, étudie un livre au soleil couchant…

Nous reprenons la route, et rentrons à Amanto par Nakhalat Tsiyon. Avant les escaliers qui montent en face de chez elle, Yuko nous montre un petit restaurant à la devanture bleue, et nous précise que l’houmous qu’ils font est fameux.

Sushi Party

Il est 20h00 quand on arrive et bientôt va commencer la sushi-party que Yuko organise tous les samedis soir dans son lieu. Elle utilise souvent les restes du marché, donnés avant le shabbat ou vendus pour un prix modique. De bons légumes souvent.

Viennent à ces rendez-vous du samedi soir des étudiants loin de leur famille et resté à Jérusalem, qui veulent fêter d’une certaine manière la fin du shabbat.

Aujourd’hui ils sont deux. Une Taïwanaise et son compagnon israélien. Tous les deux sont étudiants et lorsqu’on monte déjà au travail à couper les légumes et préparer les sushis sur de petites nattes en bambou qu’on roule ensuite.

Aujourd’hui, en plus des sushis, il y aura le pâté de canard qu’on a amené de France. Après avoir coupé les sushis on installe la petite table pour déguster tous ensemble. Il y a vraiment beaucoup à manger. Yuko et moi buvons du saké chaud.
Avi l’ami de Yuko compositeur nous rejoint avec une charmante et joyeuse jeune femme.
Yuko raconte une fois de plus l’histoire de son lieu et son projet ici. Son discours mêlant anglais, hébreu, un peu de japonais, et des gestes est toujours un peu flou mais fascinant.

Ensuite on parle un peu musique avec Avi, ce n’est pas tous les jours qu’on rencontre un compositeur !

Finalement les invités partent les uns après les autres, laissant une petite donation pour les oeuvres de Yuko. Et la soirée se finit comme dans un izakaya de minuit, en fermant les yeux, devant ma Goldstar accoudé au comptoir je pourrais me croire à Tokyo.

Dimanche 8 septembre 2019

Petit déjeuner

Aujourd’hui je retourne une fois de plus chez le marchand de bons cafés de la rue Agrippas. C’est le patron, sympa, qui sert aujourd’hui. On discute en anglais, qu’il parle très bien. Il me demande d’où je viens, et quand je lui explique que je suis Français et que je vis à Paris. Il me raconte qu’il a été une fois à Paris, et une histoire de clandestins que je n’arrive pas a me remémorer. Il a vécu et travaillé en Afrique du sud longtemps.

À côté de moi au comptoir, il y a un autre aventurier avec un grand chapeau de paille.

Après avoir fait le café dans une ancienne machine à expresso italienne, le patron tapote trois fois la tasse sur la table en regardant le fond avec sérieux. Détail marrant que je retiens sans en comprendre le sens mais je me dis qu’un jour il faudra approfondir la question.

Toujours est-il qu’à présent, lorsque je sers le café dans notre petit appartement de la rue de Jarente, je tapote trois fois la tasse sur la table en regardant le fond avec sérieux…

Je ramène les cafés à la maison où Reiko m’attend avec un très bon petit déjeuner qu’elle a préparé : une super salade et des fruits.

Vers Saint Anne de Jérusalem

On décide de se promener à pied jusqu’à l’église Saint-Anne de Jérusalem. C’est Yayoi qui nous en a parlé hier, c’est d’après elle un endroit fantastique, l’acoustique de l’église est très réputée, elle serait extraordinaire, notamment pour mettre en valeur les chants grégoriens. Ça nous a intrigués, et nous avons voulu l’écouter par nous-mêmes.

La promenade commence par le chemin d’hier, dans le quartier haredi, jusqu’à la rue Kheil ha-Handasa, là commence la ville arabe avec ses boutiques et ses étals de marchés qu’on traverse jusqu’à la porte de Damas ou on rentre dans la vieille ville.

On rejoint par la rue Al-Wad la Via Dolorosa qu’on remonte vers la porte des Lions. Sur le chemin nous croisons un cortège de chrétiens d’Afrique francophone, qui chantent en faisant le chemin de croix. Malheureusement, ce jour-là exceptionnellement, il y avait une messe spéciale et l’église Saint-Anne n’était pas ouverte aux touristes.
A la recherche des Ouds

Nous nous reposons un peu sur le monument qui commémore la « Via Dolorosa », en face de l’église Sainte-Anne. Puis on retourne vers la vieille ville, en longeant l’Esplanade des Mosquées.

Aujourd’hui la mosquée est bien accessible mais Reiko me dit qu’elle ne veut pas y aller car elle n’aime pas porter le manteau long qui couvre la tête et le corps et tient trop chaud.

Alors on se balade entre le souk de la ville arabe et le quartier juif. En chemin on demande à un groupe de vieux hommes assis près de la mosquée s’ils connaissent un marchand d’ouds, ils nous indiquent d’aller vers la ville juive mais on ne trouve qu’un magasin de souvenirs et de céramiques.

On se résigne à retourner jusqu’à la porte de Jaffa, passant par le Saint Sépulcre. Alors je me souviens du conseil de Yayoi pour retrouver le marchand d’instruments, à partir de porte de Jaffa, poursuivre tout droit.

On remonte donc la rue King David jusqu’à l’église Saint Jean-Baptiste de Jérusalem et on trouve plusieurs marchands d’instruments orientaux, dont de nombreux ouds.

Le marchand nous amène d’ailleurs dans une autre boutique que celle où nous sommes arrivés. Il y a divers types de ouds, les Turcs, les Syriens et les Égyptiens. J’en essaie plusieurs et Reiko écoute patiemment.

Chaque instrument a son propre son. Un oud décoré d’un aigle en marqueterie a un son qui plaît beaucoup à Reiko, « un son de rêve ». Mais en le regardant attentivement, je remarque un problème au niveau du chevalet et de la table légèrement décollés.

Je n’arrive pas à me décider, j’essaie de comparer les instruments, mais il faut les accorder d’abord, ce n’est pas très facile. Finalement avant d’avoir demandé aucun prix, on décide de rentrer, au pire on reviendra avec Yayoi.

On retourne donc vers la porte de Jaffa et on quitte la vieille ville. Sur la rue Ben Yehuda on passe devant une boutique de musique, il y a des ouds en vitrine. J’entre et demande des renseignements.

Après l’avoir accordé, le patron me fait essayer un oud syrien, il a un bon son, il coûte 1700 shekels ( 400 euros ). Nous retournons cependant à la maison les mains vides mais des idées en tête.

Le meilleur Houmous

Une fois de plus nous retrouvons Yuko devant chez elle, sur l’escalier. Nous discutons un peu et Yuko nous parle d’un atelier « posture » organisé ce soir et nous propose d’y participer.

On doit aussi voir Gwen, qui viendra pour son cours de japonais et qui doit nous donner des conseils pour notre voyage à Mitzpe Ramon car ses parents y sont allés récemment.

Nous avons faim, on décide d’aller essayer le restaurant d’Houmous que Yuko nous a recommandé hier soir, alors que nous rentrions de Lifta. Le restaurant est tout près d’Amanto, on descend les escaliers de la rue Beit Tsur et on trouve le Tahini’s Hummus.

Devant la boutique il y a une belle véranda bleue, un auvent jaune et un drapeau arc-en-ciel.

On entre, on s’installe à une petite table dans un coin, un gars en débardeur « Marcel » nous apporte le menu avec des olives délicieuses. On prend deux menus « hummus lovers » avec des pains pita, et trois falafels chacun.

L’hummus sur les pains pita est délicieux, tout comme les falafels qui sont les meilleurs que j’ai mangés jusqu’à aujourd’hui. Avec ça je bois une bière délicieuse.

Miginbi dans la cave d’Amanto

Nous retournons de suite voir Yuko pour la remercier de son bon conseil.

Reiko et moi, hier soir avant de dormir, nous avons regardé la vidéo de la performance de l’après-midi que j’avais prise avec mon téléphone. Pendant ce temps Yuko regardait la vidéo qu’elle avait prise de son côté. On a tous les trois biens aimé cette performance. Je télécharge donc son fichier et copie le nôtre sur son disque dur.

Reiko va essayer l’acoustique de la cave, elle s’enregistre avec son téléphone. L’acoustique est tellement intéressante qu’on décide d’enregistrer une répétition de notre conte musical « Migimbi » dans la cave.

La guitare électrique a quelque peu souffert du voyage, l’élastique qui maintient la petite structure métallique pliable qui symbolise la caisse est cassée. Ce n’est pas bien grave, je l’ai déjà réparé dans le passé, avec un fort élastique de mercerie que m’avait donnée Sarra lorsqu’elle travaillait à l’Observatoire.

Ensuite, c’est la pile du préampli qui est a plat. Je file en acheter une, dans une épicerie un commerçant sympa m’indique une boutique spécialisée dans les batteries, une cliente traduit pour moi.

Je retourne à notre cave et nous pouvons enregistrer « Migimbi ». Le son est vraiment beau.

Cours de japonais - cours de posture

Mais il est déjà 7h00 et nous montons au salon de Yuko ou le cours de japonais a déjà commencé.

Yuko est en train d’apprendre le vocabulaire avec le kanji 気 à un petit gar zozotant. Gwen arrive, et prend le cours en route. Reiko et moi on s’installe dans les fauteuils de Yuko. Mais Reiko est vraiment fatiguée et décide d’aller se reposer en bas sur le lit.

Les filles qui participent au cours de « posture » arrivent et le cours commence. Yuko me propose de les rejoindre. C’est comme un cours de yoga amusant, on se laisse guider dans des exercices de relaxation par la voix de Yuko qui mélange japonais, hébreu et Anglais à sa façon.

On imite la démarche du chat, ou de la limace, c’est très marrant. Puis on fait des exercices d’échange d’énergie et d’interactions, un peu comme dans l’aïkido ou le Taichi. À ça Yuko ajoute un discours un peu mystique sur le karma.
Ça détend beaucoup.

Après la cession je rejoins Reiko qui ne dort pas encore, nous discutons un peu en nous laissant aller, relax, dans les bras de morphée.

Lundi 9 septembre 2019

Matinée à la maison

On va au marché de Mahane Yehuda chercher de quoi déjeuner et on achète du bon pain. Pour le café cette fois-ci nous faisons du café « arabe », avec le marc au fond, mais sans cardamomes, à la maison.

Après le déjeuner, on écoute tranquillement l’enregistrement de « Miginbi » qu’on a fait hier après midi.

Puis je me lance dans la réparation de la guitare de voyage. Heureusement il me reste de l’élastique que Sara m’avait donné, mais c’est difficile de le faire passer à l’intérieur. Je sacrifie même dans l’opération les écouteurs de turkish airline que j’avais gardés avant de trouver « le truc ». Mais ce « truc » qui marchait bien, justement depuis je l’ai oublié !

Ce qui fait que je ne peux pas l’écrire ici afin que mon moi du futur puisse s’y référer la prochaine fois qu’un tel problème se produirait… à lui d’avance je me (c’est moi quand même) présente de plates excuses, mais c’est surtout la faute de moi du passé qui n’a pas écrit le « truc » à l’époque ou il l’avait encore en tête..

Promenade jusqu’à la colline de sion

Nous décidons de partir en promenade, un peu au hasard, mais j’ai repéré sur le plan le tombeau de David, sur la colline de Sion et plus loin la « Cité de David », et les ruines au sud de la vieille ville, le bassin de Siloé.

On prend donc la direction sud.
Par les petites rues on rejoint Betsa’El, puis la rue Menahem Ussishkin où nous nous arrêtons quelques minutes pour manger des glaces (passion pour moi et vanille (trop) sucrée pour Reiko).

Nous prenons à gauche la rue Kerem Kayemet Le-Israel pour rejoindre la grande avenue King George. Nous la parcourons et passons devant la grande synagogue de Jérusalem.

Puis nous rejoignons le Blumfield Garden, planté d’oliviers, que nous traversons pour rejoindre le quartier de Yemin Moshe sur une petite colline.

Ce quartier est vraiment joli et bien entretenu, on dirait un vaste jardin, mais il y a des maisons habitation, petites et toute bien tenues. Très fleuris, de nombreux bougainvilliers, des grenadiers et des passiflores.
C’est un peu comme un quartier privé, on sent bien que les gens qui vivent ici sont aisés. Il est interdit d’y prendre des photos des maisons et il y a des panneaux pour le signaler.

Au sud on voit par moments le célèbre moulin construit au XIXème siècle, en même temps que ce quartier, qui était le premier quartier juif hors les murs de l’ancienne ville.

On a aussi une très belle vue sur le mont Sion. On descend de la colline par un bel escalier de pierre. Nous passons à côté du bassin du sultan qui daterait d’Hérode le grand. Aujourd’hui il n’y a plus d’eau mais on y organise de grands événements culturels, il y a une scène montée pour des concerts.

Puis nous montons les escaliers qui mènent au mont Sion, tout près des remparts de la vieille ville. On rejoint une rue étroite qui serpente entre deux hauts murs de pierre que le soleil, haut a cette heure, inonde. Elle nous mène à l’Abbaye de la Dormition de Jérusalem.

Nous visitons la basilique, construite en 1910 sur l’emplacement d’une basilique du 5e siècle, la grande basilique de Hagia Sion (Saint-Sion), détruite par les Perses en 614.

Il y a de très belles mosaïques, certaines datant de 1910 mais d’autres plus contemporaines. Les couleurs rouges bleu et doré surtout sont magnifiques.

Alors que j’allais sortir, Reiko me fait remarquer un escalier en colimaçon et nous descendons à la crypte. Au centre il y a une statue de la vierge en « dormition » surmontée de magnifiques mosaïques d’or représentant le Christ et des personnages bibliques.

Le terme Dormition exprime la croyance selon laquelle la Vierge est morte sans souffrir, dans un état de paix spirituelle ; on parle parfois aussi de dormition pour les saints morts sans martyre.
Wikipedia

Sur un des murs circulaires de la crypte une représentation de Notre-Dame de Guadalupe et d’autres représentations célèbres de la vierge Marie.

Nous remontons et cherchons les toilettes. Reiko y va tandis que je traîne dans la boutique d’artisanat du monastère. Comme au jardin de la Tombe, il y a de belles statues en bois d’olivier, la Vierge, le Christ ou encore des crèches.

Reiko remonte des toilettes et me dit qu’elle a vu des vestiges archéologiques en bas de l’escalier.
J’y vais et en effet, il faut penser à y aller mais derrière des vitres en verre, on peut voir des restes de l’ancienne basilique du 5ème siècle excavé lors des travaux de construction de la nouvelle église.
C’est très intéressant, il y a des plans qui décrivent comment fut aménagé le site du mont Sion au fil des âges.

Notre promenade nous mène ensuite, par le même chemin pavé étroit, passant devant une belle porte ouvragée en métal qui est celle d’un restaurant au site du « tombeau de David » qui se trouve au sein d’un petit ensemble de bâtiments, restes de la grande basilique de Hagia Sion.

On rentre dans une première salle voûtée, qui donne sur une sorte de cloître dont un des murs est celui du bâtiment qui abrite le tombeau du roi David et à son étage le cénacle. Il y eut à cet endroit autrefois une mosquée dont ne reste que le minaret.

Nous entrons dans le bâtiment qui est une yeshiva et ou un grand nombre de personnes sont en train de prier et d’étudier psalmodiant à voix haute. On doit se séparer Reiko et moi car il y a un endroit pour les hommes et un pour les femmes. Comme je n’ai pas apporté ma kippa je dois en emprunter une.

Je vais voir le tombeau du roi David qui est un recouvert d’un grand pan de velours bleu brodé d’or et je retrouve Reiko. Nous allons boire un thé dans un gobelet en plastique dans une sorte de buvette, ce n’est pas cher.

Nous nous asseyons quelques minutes dans la cour du bâtiment, devant l’escalier qui descend du cénacle. Mais comme je ne me suis pas renseigné avant j’ignore que c’est le cénacle qui est au-dessus du tombeau de David et nous continuons notre promenade.

En face de la porte par laquelle nous sommes arrivés, de l’autre côté de la rue il y a la Chambre de l’Holocauste, un mémorial du génocide Juif pendant la Seconde Guerre mondiale. Devant le musé une statue représente une petite fille avec deux nattes, maigre, une valise à la main. L’image est poignante.

La Gehenne

Comme j’avais pensé aller jusqu’à la cité de David nous poursuivons la rue sur laquelle nous sommes et arrivons sur un parking puis prenons la Ma’ale Hashalom qui descend la pente du mont Sion et offre une vue sur une vallée non bâtie, un terrain vague, entre le mont Sion et la ville arabe, Jérusalem-Est.

C’est la vallée du Guei Hinnom, la vallée de Hinnom, aussi appelée : la géhenne !

Le Guei Hinnom (héb. גיא הנום Vallée de Hinnom, ou גיא בן הנום Guei ben Hinnom, Vallée des Fils de Hinnom, rendu en grec par Γέεννα / Géenna) est une vallée étroite et profonde située au sud et au sud-Ouest de Jérusalem, correspondant au Wadi er-Rababi. Elle passe à l’ouest de l’actuelle Vieille Ville puis au sud du mont Sion et débouche dans la vallée du Cédron.
La vallée est associée de longue date à des cultes idolâtres, dont l’un inclut la pratique d’infanticides rituels dans le feu. Convertie ensuite en dépotoir dont la pestilence émane à des lieues à la ronde, la Géhenne acquiert dans la littérature juive ultérieure, tant apocalyptique que rabbinique et chrétienne, une dimension métaphorique, devenant un lieu de terribles souffrances, puis de demeure après la mort pour les pécheurs. Elle fut également réputée pour être le lieu de réclusion des lépreux et pestiférés. Toutefois, alors qu’elle n’est qu’un lieu de passage, voire la dénomination d’un processus de purification des âmes dans la pensée juive, elle se confond, sous l’influence de la pensée grecque, avec l’Enfer dans la pensée chrétienne, puis musulmane, le Jahannam du Coran n’ayant plus aucune parenté avec le Wadi er-Rababi.
Wikipedia

Nous continuons notre promenade en poursuivant la route qui domine la vallée de Hinnom et fait le tour du mont Sion et rejoignons le bassin du sultan. Nous traversons à nouveau le Yemin Moshe puis le Blumfield Garden nous nous promenons sous les pins, cherchant une sortie du parc pour rejoindre rapidement la ville, car Reiko commence à avoir vraiment très faim.

Après quelques errements, on finit par retourner sur la rue King David, puis la rue Hillel.

Sur une petite place nous entrons dans un JFC (Jerusalem Fried Chicken !) et nous commandons des cuisses de poulet et du riz à l’indienne, ce n’est pas mauvais. Comme on nous donne beaucoup de sauce blanche, on en garde quelques sachets pour notre expédition dans le désert à partir de demain.

Enfin rassasiés nous reprenons notre route tranquillement et sur le chemin nous arrêtons au supermarché de la rue de Jaffa, nous achetons des bananes et des mangues et finalement retournons à la maison.

Repos dans le salon d’AManTo

La vidéo de la performance d’hier, que j’avais mis en rendu avant notre promenade est terminée, je vais la porter à Yuko et nous décidons de la regarder ensemble sur un coin de table, en mangeant une grenade que Reiko a ramassé dans le beau parc pendant notre promenade.

Puis Reiko buvant un umeshu et moi une petite Goldstar, on se repose dans le salon. En lisant un guide touristique qui trainait sur le bar, je me rends compte que ce matin nous sommes allé au mont Sion sans voir le Cénacle… Je me dis que j’aurais bien le temps d’y retourner à notre retour de Mitzpe Ramon.
Des clients AIRBNB arrivent pour la petite chambre d’AManTo qui donne sur le salon et Yuko s’occupe d’eux. Ce sont des Asiatiques, Chinois ou Taïwanais.

Voyant que cette petite chambre est louée, je me demande où Yuko dort lorsque l’appartement du haut, la petite chambre et le dortoir sont loués en même temps.

Reiko m’explique que Yuko lui avait dit qu’il lui arrivait de dormir n’importe où dans le salon ; en fait elle n’a pas de chambre privée a proprement dire mais tout AManTo est réellement son lieu de vie qu’elle partage.

Je propose une petite balade à Reiko qui a plutôt envie d’un bain. C’est la petite balade qui semble cependant l’emporter jusqu’à ce que Yuko nous propose d’aller rendre visite à Walla et ses parents à Jérusalem est.

Comme on a un peu de temps avant de partir j’écris quelques notes pour mon journal pendant que Reiko prend sa douche.

Walla

Nous partons en début de soirée, vers 20h00. Sur le quai du tram on galère un long moment avec le distributeur de ticket qui soit ne prend pas la carte, n’accepte pas de vendre des tickets… n’accepte pas les pièces. On doit essayer sur plusieurs automates avant d’y arriver finalement.

On monte et vingt minutes plus tard on descend au niveau de Hizma Junction dans le quartier de Beit Hanina.

On commence à marcher à pied, une dizaine de minutes. Alors Yuko se rend compte tout à coup que c’est à l’ancienne adresse de Walla qu’elle est en train de nous amener, la nouvelle adresse est bien plus loin et il nous faudrait prendre un taxi.

Il fait nuit noire, nous sommes sur un grand axe de Jérusalem-Est, de nombreuses voitures passent, mais pas de Taxi. Yuko s’arrête dans une boutique ouverte et demande renseignement à un gar qui se propose de nous aider. Il appelle un taxi qui devrait arriver ; on attend mais il n’arrive pas.

Une vieille femme, avec son fils viennent à notre aide. Ils appellent à leur tour quelqu’un de leurs connaissances qui est taxi, il arrive quelques minutes plus tard et nous conduit en 10 mn devant l’immeuble des parents de Walla.

Quelques errements encore pour trouver la bonne porte, puis l’interphone qui fonctionne mal, enfin Walla descend nous ouvrir et nous conduit dans l’appartement de sa famille.
Nous rencontrons sa mère, une tante et une vieille dame qui travaille pour eux, puis son père vient se joindre à nous.

On nous offre du thé à la menthe et un mouhalabieh, une sorte de gelée de fleur d’oranger très douce. On sert ce désert surtout au Liban, mais aussi en Palestine.

Le père discute beaucoup avec nous, il parle très bien anglais. Il nous explique qu’il est cuisinier, il avait un restaurant de cuisine française, sa spécialité, c’était le cordon bleu (le vrai !).

Il nous parle ensuite du mariage d’une soeur de Walla qui a épousé un Coréen ( ou c’est un frère qui a épousé une Coréenne ? ), bref un mariage à Séoul, toute la famille est allé là-bas. Mais lui , personnellement, n’aime pas la cuisine coréenne. Il se taquine avec sa soeur, la tante de Walla au sujet de son fils qu’elle pourrirait en le gattant trop. Elle le porte au lycée et va le chercher chaque jour et cède à chacun de ses caprices…

En tout cas nous sommes très bien accueillis, la soirée est agréable, mais bientôt il nous faut songer à retourner dans notre quartier qui est très loin. Nous n’avons pas pu rester très longtemps parce qu’on est arrivé assez tard.

On nous commande un taxi qui vient nous chercher devant la maison. Le chauffeur très maigre, peu bavard et stressé fait un peu louche, mais Yuko nous explique que c’est parce qu’on lui demande de nous amener dans un quartier de Jérusalem-Ouest où il n’est pas à l’aise.

Balade de nuit

Il nous dépose devant le marché de Mahane Yehuda où de nombreuses boutiques sont encore ouvertes. On a faim alors on va se promener, à la recherche de quelque chose à manger. Yuko nous guide, il y a plein d’options, mais nous n’arrivons pas à nous décider. Par exemple elle nous présente une boulangerie qui fait des sandwichs à base d’oeuf dur qui on l’air délicieux, Elle nous amène aussi dans un restaurant de sandwich syrien…

Nous préférons finalement rentrer à la maison manger un couscous maison léger.
Nous laissons donc Yuko à son quartier, elle va boire un café, et nous rentrons à la maison.

Mardi 10 septembre 2019 - Jérusalem

Matin

La vidéo de la performance avec Yuko, que j’ai envoyé sur Youtube hier soir a fini son upload, elle est visible en ligne.

On sort acheter du pain dans la bonne boulangerie du marché et comme il nous faut aussi du papier toilette, on s’amuse à chercher la meilleure affaire !

Il y a plusieurs petits endroits sur le marché et des épiceries ou on peut en acheter dans des quantités et à des prix très variables. C’est finalement dans une boutique tenue par deux vieux bonhommes que nous trouvons notre « bonheur ».

Enfin pour les pains aux olives au fromage et à la cannelle, on a aussi eu la main heureuse. Et avec ça on mange aussi une délicieuse mangue.

Après le petit déjeuner, on trie une partie des affaires qu’on laisse chez Yuko et nos paquetages, on se prépare pour le départ et on prend une douche. Puis on se relaxe quelques minutes, pendant que Reiko tient son journal je fais des recherches sur bassin de Siloé et le tunnel d’Ézéchias dans la cité de David.

On monte dire au revoir à Yuko qui fait son atelier posture avec un des gars qui étaient venus pour la méditation dans la cave.

De Jérusalem à Mitzpe Ramon

Ensuite il nous faut nous rendre à la « station centrale » pour prendre le bus pour Beer Sheva. On prend le Tram sur la rue de Jaffa et on galère une fois de plus avec les automates qui ne marchent pas bien...

L’arrêt de Tram est au niveau de la gare de train et de la gare routière qui est en face. Mais ce n’est pas très clair, on ne remarque pas spécialement l’immeuble de la gare routière.

On cherche un peu du coups et on trouve des automates pour la gare ferroviaire. On galère un peu dessus sans bien comprendre avant de se rendre compte que ça ne sert à rien puisque c’est uniquement pour les trains.

On retourne finalement à l’arrêt du tram et on finit par trouver la gare routière. Le rez-de-chaussée est un vrai centre commercial. Au second étage on trouve le quai du bus qui va à Beer Sheva, mais comme on est bien en avance, on ne peut pas embarquer, les portes sont fermées.
On pose nos bagages et on s’assied sur un banc. On regarde les autres voyageurs, il y a beaucoup de Juifs orthodoxes habillés en noir.

La compagnie de bus qui nous transporte s’appelle Egged Bus, ça me rappelle quelque chose… En effet lorsque je commençais à jouer de la guitare, à un moment j’ai voulu délaisser le classique que m’enseignait mon père pour un style plus léger, le Finger Picking. Il y avait un ami de mon père, Yves Lalanne, qui lui avait donné une cassette avec des enregistrements de Chet Atkins et de Marcel Dadi. Et j’avais acheté une méthode pour pouvoir jouer quelques-uns de ces morceaux, avec un CD dedans… « la méthode à Dadi ». L’un des morceaux s’appelait Egged Bus Rag et Dadi qui avant le tragique accident du vol 800 TWA s’était installé en Israël, vers Beer Sheva, expliquait que le nom de ce morceau était inspiré de la compagnie de bus israélienne.

Comme on commence à avoir faim, je vais acheter un sandwich pendant que Reiko garde les affaires près du banc. Je prends un pain au fromage, pomme de terre et olives pour 9 shekels, pendant que je garde les affaires Reiko va acheter une grande salade et un sandwich Zaatar.

L’horaire du bus approchant, les gens se rassemblent près du quai d’embarquement. Les portes s’ouvrent et on peut embarquer. Le bus est climatisé et il y a le WIFI, les places sont assez confortables. On se pose et on admire le paysage qui devient de plus en plus désertique jusqu’à Beer Sheva ou on arrive avec un léger retard.

À Beer Sheva il fait chaud on récupère nos affaires et on rejoint la gare routière, on a 45 minutes pour changer de bus.

Il y a un contrôle bizarre à l’entrée du bâtiment de la gare routière, au début ils contrôlent attentivement tous les voyageurs, puis ils laissent passer les gens rapidement.

Il y a beaucoup de militaires dans le grand bâtiment climatisé. On mange le reste du sandwich zaatar et on part à la recherche du bus pour Mitzpe Ramon. Ce n’est pas si simple car tout est écrit en hébreu, mais on finit par y arriver.

On doit faire la queue pour rentrer dans le bus mais les militaires passent en priorité, du coup on entre dans les derniers et on n’a pas de place côte à côte. Mais un mec descendra un peu plus tard et nous pourrons nous rapprocher.

Nous quittons Beer Sheva, et je note au passage un panneau qui indique « Andarta », c’est tout près d’ici qu’est l’oeuvre monumentale de Dani Karavan ou Shimon a réalisé le film de la performance de Yuko qui était primé à Paris lorsque nous les avons rencontrés.
Le paysage devient très beau tandis que le soleil baisse sur l’horizon. Nous passons devant des campements bédouins, on voit des dromadaires paître dans des enclos.

Entre Beer Sheva et Mitzpe Ramon, le bus s’arrête régulièrement soit au milieu de nulle part soit dans quelques kibboutz. Notamment au Sde Boker où reposent David Ben-Gurion et sa femme.

Un peu avant d’arriver à Mitzpe Ramon, au loin je vois des coupoles, je me dis qu’il doit y avoir un observatoire astronomique là-bas, mais Shimon nous apprendra plus tard qu’il sagit en fait d’installations militaires.

L’arrivée à Mitzpe Ramon est assez soudaine, on passe du désert à la ville sans vraiment de transition, des arbres semblent sortis, comme d’une oasis. Du coup lorsqu’on descend, on a un petit doute et on n’est pas bien sûr d’être descendu au bon arrêt. Et bien sûr il n’y a pas de réseau pour nous situer précisément sur Google Maps...

Mitzpe Ramon - Backstage Studio

On arrive cependant à s’orienter et on rejoint bien la rue Har Oded, juste après le rond point, et c’est à ce moment-là qu’arrive à notre hauteur la voiture de Shimon et Chuppa. Ils nous amènent sur les quelques mètres qu’il reste jusqu’à Backstage Studio.

À Backstage Studio nous avons droit à un accueil vraiment délicieux. Elian et Rony Herman, avec qui nous avons fait une cession vidéo depuis notre potager de Meudon sont adorables. Elian nous offre une très généreuse embrassade et nous fait découvrir le lieu.

C’est une sorte de galerie-café, il y a aussi un peu de restauration, on peut boire des bières. La décoration est originale, un peu bric-à-brac, mais sur le thème en gros du cinéma, de l’image animée.

C’est que Herman est un artiste vidéo, il utilise plusieurs projecteurs, pilotés par son ordinateur pour réaliser des oeuvres projetées sur les murs de la galerie ou bien devant le café. Il nous explique d’ailleurs qu’il compte faire une projection sur les arbres lors de notre concert.

Le concert aura lieu dans l’espace galerie. Avec Élian qui nous fait visiter les lieux on discute de l’arrangement. Aujourd’hui il y a des ouvriers qui travaillent à une sorte de terrasse, dont un qui est intrigué par mon sanshin.

Shimon s’absente, il nous dit qu’il passe chez lui prendre quelques affaires et faire quelques courses pour notre nuit dans le désert.
Nous restons à discuter tranquillement avec Roni et Herman. Herman est vraiment un original, il répète à longueur de temps le mot « Yaffé » (« C’est beau » en hébreu) sur un ton qui monte. Il nous parle de son frère Rafael Herman qui est photographe et vit à Paris, il est connu entre autres pour ses photos de paysages à la seule lumière de la lune… fantastique.
Peut-être Roni et Herman viendront à Paris cette année, Herman compte faire une performance sur un immeuble du quartier latin, à ce que j’ai cru comprendre.

Shimon revient après avoir fait quelques emplettes, il y a de quoi faire un bon repas ce soir, et il a pris un tapis et des sacs de couchage qui, bien qu’on ait pris les nôtres, pourraient nous être utile ce soir.

Nuit dans le désert

Il est juste l’heure pour aller voir le coucher de soleil sur le désert, on fait quelques mètres et on se retrouve sur un chemin pierreux. L’air est rouge de poussières, c’est vraiment magnifique et je me rappelle des paroles de Rony lorsqu’on est arrivé au Backstage : « Welcome on Mars ! ».
Chuppa cours comme une folle, on voit bien qu’elle est bien plus heureuse dans le désert que dans la grande ville.
Alors qu’on regagne la voiture un vol de grues, silencieusement passe au-dessus de nous. C’est très beau la silhouette des oiseaux se découpant sur le crépuscule .

Nous reprenons la voiture et traversons la ville. Le backstage Studio est situé plutôt à l’ouest de la ville, alors que le cratère est à l’est. Shimon Nous amène sur la route qui descend au-dessous du grand hôtel de luxe « Berechit » et nous avons une vue incroyable sur le cratère de Mitzpe Ramon. Il ne s’agit en fait pas à proprement parler d’un « cratère ».

Makhtesh Ramon (de l’hébreu מכתש רמון, littéralement cratère Ramon) est un makhtesh, cirque d’érosion karstique situé dans le désert du Neguev. Il mesure 40 km de long, 2 à 10 km de large et 500 m de profondeur. La ville de Mitzpe Ramon se situe sur l’arête nord du cirque.
wikipedia

Puis nous reprenons la route et descendons dans le cratère vers l’endroit où Shimon veut nous amener camper cette nuit. Il y a une route qui devient une piste, on passe devant une camionnette d’où un gars est en train de descendre des télescopes et de les installer.

On s’arrête et Shimon va parler avec l’un des hommes qu’il connaît, il leur explique qu’on va camper à côté et lui demande si nous pouvons passer ce soir pour regarder dans les télescopes. Le gars est sympa et dit que nous n’avons qu’à repasser un peu plus tard quand il y aura du monde.
On reprend la piste et quelques mètres plus loin on arrive à une aire d’accueil où il y a des sanitaires et un petit abri. Le site pour le moment est occupé par une grande fête, deux grandes tablées de banquet, et une cuisine portative sont installée avec un groupe électrogène très bruyant.

Shimon est un peu inquiet et va leur parler. On lui explique que ce sont des clients de l’hôtel Bereshit, qu’ils ne vont pas rester très longtemps, après le repas ils plieront tout et s’en iront vers 22h00.

On est rassuré et on va s’installer un peu à l’écart. Shimon installe le tapis le cale avec de grosses pierres et on pose nos affaires. Je ramasse un peu de sable du désert dans la boîte à pellicule que j’ai dans mon sac. La nuit va bientôt tomber et il est temps de se préoccuper de faire un feu. On part chercher du bois. Il y a pas mal de buissons desséchés qui sont parfaits pour allumer un feu, on en ramasse le plus possible.

En cherchant du bois Reiko trouve un serpent, on s’arrête tous pour le regarder, il n’est pas très grand, mais ce n’est guère rassurant. Chupa lui cris dessus mais Shimon la retiens et le serpent s’enfuit en rampant sur le sable. Je me rappelle la mise en garde de notre voisin Mr Hayem sur les serpents et les scorpions du désert...

Lorsqu’on commence à avoir assez de bois Shimon allume un feu qu’on nourrit à petit intervalle pendant qu’il pétrit la pâte du pain. Shimon a appris à faire le pain comme les Bédouins, je regarde très attentivement.
La préparation est assez simple : eau, sel, farine. Puis il faut pétrir activement et pendant un bon moment en utilisant bien la paume de la main. Je prends le relais sur le pétrissage et Shimon prépare les légumes : une aubergine des poivrons et nous discutons.

Pendant ce temps Reiko entretient le feu et lorsqu’il n’y a plus de bois elle part chercher de nouveaux buissons.

Lorsque la pâte est prête, Shimon en fait une galette épaisse puis il l’enterre sous les cendres, au bout de 20 minutes, il retourne le pain et le recouvre à nouveau de cendres.
Encore une dizaine de minutes et on tape la croûte pour faire tomber les gros morceaux de cendres et on peut manger.
On rompt le pain et trempe les morceaux dans la Tehina (la crème de sésame israélienne) ou bien dans l’aubergine grillée. On a aussi ouvert la boîte de faux gras que Reiko acheté à Paris.

Finalement les clients du Berechit qui était au banquet partent et le personnel est en train de plier tout le matériel dans un camion. On se croit tranquille pour la nuit... ce sera un peu différent.
En effet lorsque, après dîner, on retourne au camp des télescopes, on retrouve la petite troupe, éméchée à qui l’on montre Jupiter Saturne et la Lune. Et s’ils y prêtent un petit oeil distrait, on voit bien que cela ne les intéresse plus, lorsque le ventre est bien rempli, ces histoires d’astres… c’est bien loin. Et d’aucuns bouscule maladroitement les montures et dérèglent les télescopes.

J’essaie d’arranger l’affaire et de pointer saturne à l’ancienne, en alignant mon oeil avec le tube du télescope, comme lorsque j’étais adolescent, l’été à Cayriech, et que j’essayais de voir la nébuleuse de la lyre dans le petit télescope 150 mm de diamètre que mon père m’avait offert. J’y étais arrivé un soir… je l’avais vu très ténu comme un léger voile, comme une buée, mais c’était bien l’anneau de la lyre. Quelle joie avait été la mienne !

Mais aujourd’hui au milieu du Néguev, je suis moins chanceux et je n’arrive pas à faire ce pointage pourtant bien plus simple en apparence.

L’organisateur de la soirée d’observation a un truc bien pratique, le pointage par faisceau laser. Il suffit de placer un laser ( comme celui utilisé par les montreurs d’étoiles lors des soirées d’observation à l’oeil nu ) dans l’oculaire du télescope. Le faisceau suit la trajectoire inverse de celle que prend la lumière des étoiles dans un télescope et ressortira par l’objectif pour partir vers le ciel. Il ne restera plus qu’à diriger ce rayon vers l’objet qu’on veut observer en manipulant la monture.

On est au milieu du désert mais on commence à se sentir à l’étroit au milieu de tous ces gens. Chuppa elle aussi ne se sent pas à l’aise et quand les haut-parleurs commencent à cracher une musique techno épouvantable, s’en est trop et nous regagnons notre campement qu’on espère paisible.

Malheureusement même d’ici on entend l’ambiance et les cris de la fête. On s’allonge quand même en essayant de faire abstraction et on regarde les étoiles. Ce soir c’est le dernier quartier et malheureusement la lune est assez brillante pour nous cacher une partie du ciel un peu profond. Mais on voit quand même beaucoup d’étoile, le spectacle est magnifique.

On commence à s’endormir, je n’ai plus peur du serpent ou du scorpion, et puis Chuppa veille et de temps en temps, après un petit tour de ronde, elle s’essaie à chanter pour la Lune.

Je me réveille au milieu de la nuit, au moment où la Lune est sur le point de se coucher, elle est rougeoyante à l’horizon. Je réveille Reiko pour qu’elle profite de ce spectacle.

Après ce coucher de Lune magnifique, d’autres étoiles apparaissent et la voie lactée se dessine un peu mieux.
Un souvenir me vient de mon voyage au Kirghizistan en 2005, alors que j’étais allé rejoindre mes amis Samuel et Éline qui venait de se marier et étaient partis évangéliser dans ce petit pays d’Asie centrale.

Nous avions fait un petit voyage dans le pays, avec un guide et une jeep. Un soir dans la province de Naryn, nous avions campé au bord du lac Son Koul, dans les Tian Shan, les monts célestes.

Nous étions près du lac, au milieu de pâturages et de chevaux en liberté, pas très loin de petites yourtes kirghizes. Au milieu de la nuit je m’étais réveillé essoufflé et manquant d’air.

Le lac est à 3000 m d’altitude et pour y parvenir dans la journée, nous avions passé des cols plus haut encore.

J’étais sortis de ma tente et j’avais regardé vers le lac, il n’y avait pas de vent et il réfléchissait comme un miroir les myriades d’étoiles du ciel. C’était magnifique et j’avais l’impression de flotter au milieu du cosmos.

Là encore je m’étais souvenu de soirée d’observation à Cayriech, a l’automne nous cherchions souvent M31 la galaxie d’Andromède.

Je me souvenais comment la retrouver à partir d’un des bords de la constellation de Cassiopée, et à l’endroit attendu, je voyais ce jour-là, dans le ciel cristallin des monts célestes, à 3000m d’altitude, une petite tache blanchâtre qui était l’objet le plus lointain que l’on peut voir à l’oeil nus.

Je m’endormais sur cette méditation, le lendemain on allait avec Samuel explorer les mystérieux « Cercles de Manas », des lignes de petits cercles de pierres dirigés vers le lac et qui ne figurent sur aucune carte, pas même celle de l’armée que nous avions achetée en douce à l’état-major à Bichkek.

Et aujourd’hui au milieu du désert, ce souvenir me revenait et je cherchais alors la galaxie d’Andromède. Elle était toujours là, ici aussi on pouvait très bien la voir sans instruments, à condition toutefois de porter son regard légèrement à côté d’utiliser la vision périphérique.

Il fait froid, la nuit, dans le désert, et j’ai soudain un besoin pressant. Je me lève, mets mes sandales et fais le tour d’un petit promontoire pour trouver un coin isolé. Alors que je suis en train de soulager ma vessie, je voie un petit truc qui bouge, je porte la lumière dessus et c’est un petit scorpion minuscule et translucide que j’étais en train d’arroser. Je m’excuse auprès de lui et regarde bien autour de moi, il n’y en a pas d’autre. À partir de ce moment-là, je fais bien attention aux endroits ou je pose mes sandales, et je retourne me coucher.
Je finis par m’endormir et me réveille une nouvelle fois, un peu avant le lever du soleil. Je vais l’admirer, petit point rouge apparaissant à l’horizon puis illuminant toute l’étendue de roche de sable et de broussaille.

Je pense aux hommes qui, guidé par un vieux patriarche vers une terre qui devait être leur héritage, campèrent ici peut-être. Et puis je me rendors et je rêve une nouvelle fois.

15 Qui t’a fait marcher dans ce grand et affreux désert,
où il y a des serpents brûlants et des scorpions,
dans des lieux arides et sans eau,
et qui a fait jaillir pour toi de l’eau du rocher le plus dur,

Deutéronome 8:15

La soirée passée à rire
Puis le sommeil m’a pris
Sous un tas de couvertures
Au milieu de la nuit je me réveille
Souffle coupé
Pas d’air
Je sors dans la nuit
Souffle coupé
Grande bouffée
Silence
Les étoiles
Des milliards
Avec chacune leur reflet dans l’eau.

Ce sont les cercles de Manas
Aux quatre côtés de Sung Kul
Qui font une croix
Sur la carte de ce trésor
Un lac magique
Qui contient les étoiles et la nuit...

Tu te souviens de ciels
Et Vénus qui le soir
S’est baignée dans cette eau.

Marshrutka 24 - 26

Mercredi 11 septembre 2019

Petit déjeuner

On se réveille alors que l’air encore un peu frais est en train de se réchauffer et de s’assécher rapidement. C’est sans doute dans cette humidité de la nuit qu’un peu de végétation et les animaux du désert trouvent leur subsistance.

On relance le feu pour faire chauffer un peu d’eau et préparer notre café, nous avons aussi apporté des biscuits et des dates.

Puis nous rangeons le campement, Shimon doit travailler sur un chantier ce matin et il est bientôt 8h00. En repliant le tapis, je vois une petite araignée bizarre, on la regarde bien en faisant attention, est ce que ça ne serait pas un petit scorpion ?

Alors que nous sommes en train de tout ranger dans le coffre, une voiture de police vient patrouiller par ici pour voir s’il n’y a pas eu de problèmes avec des campeurs dans la nuit. Chuppa se met à courir vers la voiture qui a ralenti et fait demi-tour voyant que tout allait bien, puis elle se met à la poursuivre. C’est une chienne anarchiste !

Nous rentrons vers la ville, Shimon nous amène à son appartement où nous pourrons nous reposer au frais.

A l’appartement shimon.

Devant son immeuble Shimon rencontre un ami qui a les cheveux rasés. Ils discutent ensemble et semblent rigoler. Par la suite Shimon nous explique que cet ami avait la même coiffure que lui jusqu’à hier soir, c’est-à-dire de très longues dreadlocks en bataille.

L’appartement où il habite est dans un immeuble en béton pas très beau, mais comme la plupart des immeubles de Mitzpe Ramon qui est une ville nouvelle.

Dans la cage d’escalier, au rez de chaussé, des meubles et des objets décoratifs sont entreposés, il y a même un grand canapé qu’on peut utiliser. À côté du bâtiment, un autre petit bloc de béton : c’est une superette.

L’appartement est frais et agréable. Il n’y a pas beaucoup de meuble, cela donne une belle impression d’espace.

On rentre dans un salon, plutôt vide. Contre le mur une étagère avec une oeuvre d’art en bois brut travaillé sobrement pour représenter une silhouette de femme.
Quelques livres, à plat sur l’étagère un dont je ne peux lire le titre mais dont la couverture représente une japonaise en kimono. Sur cette étagère aussi je note un très beau vase en céramique.

Sous cette étagère, Shimon stocke trois planches de bois et deux petites traverses de 10 cm de côté et 40 de large, qu’on peut assembler pour faire une table basse.

Une petite bibliothèque avec quelques autres livres dans un coin de la pièce, puis une méridienne et enfin une banquette avec un matelas. Le sol est un parquet flottant sur lequel glissent des touffes de poils de Chupa.

Le mur du fond du côté des chambres est revêtu d’un revêtement de terre de couleur ocre. Shimon nous explique qu’il apprend la plâtrerie et qu’il a fait ce mur lui-même.
Je lui parle de Gaël qui a fait les compagnons en plâtrerie et qui a refait mon appartement à Paris.

La cuisine est en longueur et amène à une petite terrasse qui sert de stockage et où est la machine à laver. Un petit couloir mène à un bureau et une chambre, il y a aussi deux toilettes, dont un avec une douche à l’italienne.

Après un petit thé Shimon part travailler, il nous dit qu’il reviendra à 14h00.

Promenade dans Mitzpe Ramon

Nous décidons d’aller nous promener en ville et au passage on fait un tour au magasin en bas de l’immeuble, mais on ne s’attarde pas et on décide de marcher jusqu’au désert.

Il fait très chaud, nous marchons dans la ville poussiéreuse jusqu’au cratère, en dessous du Béréchit Hotel. Il y a aussi un petit musée sur la région, le « visitor center ».

En grimpant dans les rochers, je me cogne le petit orteil sur un coin acéré et il se met à saigner.

Je boite un peu mais ça va, je me fais un petit pansement avec un mouchoir en papier. Nous voulons visiter le Visitor Center mais nous nous trompons de porte et tentons d’entrer par la sortie. Finalement nous renonçons et décidons de rentrer.

Nous prenons un chemin un peu différent, le long de la falaise, a notre gauche nous pouvons admirer dans le fond du cratère la piste par laquelle passait la route des épices qui faisait ensuite étape à Avdat la nabatéenne, un peu plus au nord entre Mitzpe Ramon et Beer Sheva.
C’est par cette route aussi que voyagea peut-être la reine de Saba, sa cour et ses caravanes de richesse lorsqu’elle alla rendre visite au roi Salomon puis lorsqu’elle rentra de Jérusalem en Éthiopie.

1 La reine de Sheba entendit la renommée de Salomon. Elle vint pour éprouver Salomon par des énigmes à Jérusalem
avec un équipage très considérable, des chameaux portant des aromates, de l’or en grande quantité et des pierres précieuses.
Elle vint auprès de Salomon et lui parla de tout ce qui était en son cœur.

2 Chronique 9:1

Nous montons jusqu’à un petit ponton métallique suspendu dans le vide, une terrasse d’observation toute rouillée et interdit d’accès.

Ce n’est pas très rassurant mais pourtant deux gamins sont passés sur la barrière. L’un d’eux est en habit religieux, il porte le talit, une grande kippa et des téfilines ( phylactères ) attachés sur son front, assis sur un bord du ponton, il lit un livre.

On reprend notre route, on se perd un peu avant de retrouver le bon chemin. Nous retournons à la superette et achetons des pansements (pour mon pied) , des tomates, des poivrons, une pomme, une mangue, de l’eau et des pâtisseries. Et nous retournons chez Shimon.

Déjeuner chez Shimon

Reiko est fatiguée et va s’allonger un peu pendant que je nettoie mon pied, ça saignait mais ce n’est vraiment pas grand-chose.

Dans la cuisine je vais préparer une salade avec de la tomate du concombre la sauce zaatar et le maïs et les poivrons que je mets à frire.

On attend Shimon qui arrive vers 14h30 avec un ami Mikhaïl qui l’aide sur son chantier. Ils sont fatigués de leur matinée et sont bien contents de trouver un repas prêt. On commence à manger, pour le dessert Reiko nous fait une salade de fruits.

Après le repas, la copine de ce Mikhaïl nous rejoint. Mikhaïl et elle sont super-sympas, ils pensent venir au concert de demain soir.

Shimon et Mikhaïl repartent travailler, Reiko et moi on reste se relaxer. Shimon doit nous rejoindre à 17h30, mais finalement il passera avant chercher des outils qu’il a oubliés et reviendra plus tard vers 18h30 et on partira ensemble aux vignes de ses amis faire les vendanges dans le désert vers 19h00. Juste après être partis Shimon se rend compte qu’il a oublié des trucs chez lui, on fait donc demi-tours et on part réellement à 19h15.
Les Vignes du désert

Au milieu du Néguev sont les vignes de Tzur Shezaf, un écrivains voyageur et journaliste. En 2011 il a planté des ceps dans le haut-plateau du Néguev, qui donne un vin réputé dans les meilleurs à ces latitudes.

Sur la route des vignes, on passe près de l’observatoire astronomique. Ce ne sont pas les coupoles que j’avais vues hier depuis le bus et qui sont en fait des installations de l’armée.

Nous arrivons au vignoble. Il n’y a qu’un tout petit bâtiment, une ancienne maison de gardien, avec une terrasse et un bassin, des bancs, une remise à côté qui est l’endroit ou on stocke le matériel et les cuves.

Nous entrons, le fils de Tzur Shezaf est en train de cuisiner des pommes de terre en tenant son bébé en écharpe. Dans la remise on prend des sécateurs, des lampes et des sceaux.

Nous croisons Yuko qui vient d’arriver de Jérusalem. Elle nous explique en gros comment ça s’organise. Il y a tout un groupe de WWOOFeurs internationaux, on travaille tous sur la même rangée et du même côté. Il faut prendre garde à ne pas travailler avec quelqu’un en face pour ne pas couper de doigts au lieu de grappes de raisin.

Le travail commence au coucher du soleil jusqu’à 2 ou 3h dans la nuit pour les plus braves, chacun a sa lampe frontale et l’ambiance est bon enfant. Je discute avec une nana de Tel-Aviv qui s’installe dans la rangée suivante en vis-à-vis de moi comme c’est déconseillé, du coup je fais bien attention.

On fait trois rangées en une petite heure et c’est déjà la pause pour manger. Nous rejoignons la petite maison. Pour repas nous garnissons des pains pita de salade, de techina de falafels et de pomme de terre. On s’installe autours du feu pour manger, puis Reiko et moi on rentre chez Shimon.

Comme Shimon part demain pour un stage de yoga dans le Sinaï, on doit trouver un arrangement avec lui pour pouvoir dormir ici demain soir, et lui remettre les clefs.

Avant d’aller nous coucher il nous propose aussi de nous lever tôt demain matin, vers 6h00 pour aller voir le lever de soleil sur le cratère, puis il repart finir un travail sur son chantier. Il rentrera dans la nuit, vers 2h ou 3h ; on sera déjà endormis.

Jeudi 12 septembre 2019

Lever de soleil sur le cratère

À 5h30 que notre réveil sonne, c’est ce qu’il fallait comme sacrifice pour pouvoir admirer le lever de soleil sur le désert.

On embarque Chupa dans la voiture de Shimon et il nous amène sur la falaise, dans le parc des sculptures d’Ezra Orion qui surplombe le cratère.

Shimon nous explique qu’il avait pensé à ce lieu avant Andarta pour réaliser la vidéo avec Yuko, il nous parle de l’oeuvre d’Ezra Orion, alors que nous parcourons, au sens propre, l’oeuvre qu’il a réalisée.

Ici ce sont des pierres alignées, un peu comme à Carnac en Bretagne ou Stonehenge en Angleterre. Elles forment comme les deux murs d’un long couloir qui nous amène au bord de la falaise, on a un beau point de vue sur le cratère.

Parmi les pierres poussent de tous petits narcisses blancs, certaines sont déjà fleuries.

Un homme passe en voiture, Shimon le connaît, c’est un Bédouin qui vit près d’ici, ils ont des tentes dans le désert et ils organisent des promenades en chameaux.

Il nous propose d’aller prendre le café là-bas.

Shimon nous y amène, pour y aller on doit passer devant la station de traitement des eaux usées qui sent très mauvais.

Lorsqu’on arrive, un groupe de touristes, arrivé la veille et qui a campé ici, est en train de prendre le café sur des tapis où ils ont passé la nuit, devant une grande tente.

En attendant qu’ils aient finis et partent en excursion nous allons faire un petit coucou aux dromadaires qui sont dans l’enclos.

Puis on prend calmement notre café arabe sur le tapis tout en discutant, et nous rentrons chez Shimon.

À la supérette, nous allons acheter du pain et une boisson énergétique pour Shimon, qui a encore de la route à faire.

Mais il n’est pas encore partis….
Chez Shimon

En effet, Shimon est très cool, une fois de retour chez lui il prend son temps pour discuter avec nous et préparer ses affaires. A l’origine il devait partir en voiture, puis il décide qu’il partira en bus, pour finalement après avoir manqué l’horaire se dire qu’il vaut mieux y aller en voiture.

Et pendant tout ce temps, il nous montre les images qu’il a prises lors de la performance à Jérusalem la semaine dernière et il édite un court clip vidéo à partir de ses rushes, qu’il partage pour nous sur Facebook. C’est la vidéo d’un moment fort de la performance où Yuko est au sol, quasi convulsive, à côté du masque et du kimono blanc. Reiko joue un rythme sur sa guitare et moi une mélodie répétitive dans les aiguës sur le Charango. Avec un titre et un petit fondu à la fermeture cela nous fait une bande-annonce convaincante pour ce soir.

On a aussi finit par trouver comment fonctionner avec les clés de l’appartement. Shimon ne veut pas qu’elles trainent trop car il y a du matériel précieux chez lui mais il accepte qu’on les laisse sous des morceaux de bois devant la porte lorsque nous quitterons l’appartement demain matin. Dans l’après-midi un ami à lui qui logera aussi ici demain soir viendra les récupérer.

Pour Chuppa, elle ne partira pas avec lui dans le Sinaï mais la mère de Shimon viendra la chercher dans l’après-midi. Nous assistons, ému à la séparation entre Chuppa et son maître, après le départ de Shimon, elle cours à la fenêtre pour le regarder monter seul dans la voiture et partir, puis la tête basse elle va se blottir dans un coin, inconsolable.

Avec Reiko nous déjeunons de pains Pita, d’une boîte de thon et de tomates.

Et puis on fait une petite sieste et je finis par m’endormir. Du coup je suis vraiment fatigué quand je me réveille et je me traîne difficilement jusqu’au milieu de l’après-midi.

Promenade à Mitzpe

À 15h00 on décide d’aller à pied jusqu’à Backstage. Mais la route est assez longue et il fait très chaud. On retrouve le rond point où nous sommes arrivés avant-hier, puis le quartier en préfabriqué. De petites galeries qui se sont installés dans d’anciens baraquements de l’armée réinvestis par la population, on a créé ici beaucoup de lieux culturels et artistiques, de nombreux murs de ces hangars ont été joliment peints.

La galerie d’Aliza Hazan, « Hakuk Baeven,Judaica from the Desert » présente des créations originales à bases de racines, de bois sec et de métal.
Juste à côté il y a un café qui a l’air sympa, qui doit être une sorte de guest house avec un dôme-cabane.

Une fresque, à la limite du graph et de la calligraphie figure un cheval sauvage. Il y a aussi un petit planétarium parmi les boutiques, ils doivent sans doute aussi organiser des nuits d’observations, sur la façade, un paysage de désert avec un ciel étoilé magnifique, la voie lactée et la lune et un télescope dans lequel regarde une petite fille, c’est mignon.

On passe une première fois devant le Backstage qui est fermé. Nous allons jusqu’au bout de la rue nous reposer à l’ombre devant un restaurant au drapeau arc-en-ciel. Un beau chat roux comme le désert se repose et nous invite à la méditation.

On retourne au Backstage qui est à présent ouvert, Élian est en train de passer la serpillère dans la galerie où nous allons jouer tout à l’heure. On nous dit que Yuko est déjà passée il n’y a pas longtemps.

On s’installe donc dans le café et j’accorde mes instruments. La radio joue du blues, le chat traine et Élian fait et refait le ménage. Yuko revient boire un verre en terrasse, elle nous présente Nurit Agur, une dame aux cheveux gris, habillée de noir qui repart en vélo et nous dit qu’elle viendra ce soir. C’est une photographe et une artiste en de « multiples dimensions ».

On décide de faire une promenade tous les trois, mais finalement on ne va pas bien loin, dans la maison juste à côté vit une vidéaste, amie de Yuko, Merav Ktorza.

Elle nous fait visiter son appartement qui est dans un de ces hangars réaménagés, il y a un grand salon avec une mezzanine, une belle cuisine avec un superbe jardin. On s’installe sur le pas de la porte pour discuter en buvant un café noir et en mangeant du raisin et des gâteaux.

Elle nous raconte qu’elle a aménagé ici récemment, avant elle habitait dans le désert plus au nord, près du kibboutz Sde Boker. Alors qu’elle voyageait en Chine elle apprend que son bail ne sera pas reconduit, elle a dû déménager d’urgence et alors qu’elle était malade. À présent elle vit ici avec sa fille, un chien et deux chats et tout vas bien.

Nous poursuivons notre promenade… de quelques mètres à peine, puisque Yuko nous présente la galerie-dojo-fabrique de cosmétique « Faran ». Ici en effet on fabrique des crèmes et des savons, on les présente et on les vend mais il y a aussi un dojo de karaté. On est guidé par le créateur de l’entreprise qui est un grand gars sympathique. Il y a beaucoup de savons parfumés qui nous plaisent et on en achète pour offrir à Nathalie ou Sandra à notre retour en France, et pour nous aussi.
Enfin Yuko va son chemin et nous poursuivons notre tour avec Reiko, faisons halte dans une dernière galerie, un céramiste qui a entre autres réalisé le beau vase que j’avais repéré chez Shimon. Il y a beaucoup de pièces que j’aime beaucoup…

concert a Backstage

La nuit vient, nous devons retourner à Backstage Studio. Il commence à faire agréablement frais, il y a une belle lune.

Nous installons la scène et les instruments dans la galerie. À la faveur de la nuit Rony a lancé son projecteur qui éclaire les arbres. On s’amuse comme des enfants avec les ombres chinoises. On mime des monstres et on prend des postures étranges, ce doit être amusant de nous regarder sans savoir !

J’installe les caméras, le téléphone, et l’enregistreur et je me mets en costume. Le chat du café est intrigué et veut jouer du sanshin, mais Reiko le surveille.

On prend un verre d’eau et Yuko va se cacher dans la loge du haut pour se préparer.

Les gens arrivent à l’heure ou avec un léger retard et la galerie se remplit vite, il ne reste plus de chaises vides et certaines personnes sont debout, je dois changer ma caméra de place pour ne pas gêner tant il y a du public. Sans compter le chat et le chien ; le chat à son siège à lui.

Elian fait un petit discours d’introduction et nous commençons.

Au départ Rony met un certain temps à couper la musique dans le bar, mais on fait notre longue introduction malgré l’ambiance de fond. On attend un peu Yuko qui met du temps à entrer sur scène.

J’ai décidé de raconter l’histoire en anglais. Et on a beaucoup travaillé avec Reiko à Paris cet été. Je me souviens du jour où on a finalisé la traduction en anglais, on était allé travailler dans le petit café de la rue des rosiers.

Mais si j’étais plutôt au point à Paris, dans les conditions du réel ici, c’est une autre histoire et je rame un peu à raconter mon histoire avec la sensation que personne n’y entrave rien.
Je me dis que ça doit faire une sorte de musique de fond, ce n’est peut-être pas si mal.

D’ailleurs le public applaudit bien après la chanson « Yama ni Noborinasai » et à la fin du spectacle. Nous avons aussi un beau chapeau de 400 shekels en plus des 100 shekels du lieu, que nous partagerons avec Yuko.
Nous finissons la soirée tranquillement en discutant avec les amis. David, qui est musicien et que nous avons rencontré à Paris avec sa femme s’intéresse à ma guitare et tout en discutant j’apprends qu’il est lui aussi fan de Marcel Dadi et qu’il le connaissait même bien. Du coup je lui prête ma guitare et il joue à la perfection quelques oeuvres du maître.

Il y a Mikhaïl et sa copine. Merav Ktorza et Nurit Agur sont aussi venues nous voir.

On range notre matériel, je sirote une bière en fumant ma dernière Kretek du voyage.

En fin de soirée, Sandra arrive de Tel-Aviv avec son compagnon Rei. Ils ont raté le concert mais ont quand même voulut venir nous saluer, on est très heureux de revoir Sandra et de rencontrer Rei. On discute un peu mais comme ils doivent aller voir le fils de Rei ils ne peuvent pas rester longtemps. On prévoit de se voir lundi à Tel-Aviv.

On s’installe à une table dans la galerie et Élian nous sert trois pains toastés, des légumes et de la Tehina délicieuse.

Avant de se quitter Yuko nous offre des cookies du Backstage Studio pour la route. Le projecteur de Rony tourne toujours et sur les arbres, les ombres dessinent un visage qui nous fait rire.

Yuko va dormir chez Merav Ktorza, et nous rentrons chez Shimon en mangeant les cookies.

Promenade sous la lune

Ça c’est beaucoup rafraîchis, il fait franchement froid, du coup lorsqu’on a envie de ressortir pour une promenade de nuit au bord du cratère, je mets deux chemises et je vais les mains dans les poches. Nous retournons au parc des sculptures où nous étions ce matin avec Shimon, on s’assoie sur le bord du cratère, on regarde les étoiles et on s’embrasse sous la lune.

Vendredi 13 septembre 2019

06h30

Lorsque l’on ouvre les yeux je pense qu’il est déjà trop tard pour prendre le même bus que Yuko. Elle nous a dit hier qu’elle partirait très tôt pour pouvoir arriver dans la matinée à Amanto, je suppose donc qu’elle est déjà en route ou pour le moins en train d’attendre le bus.

Mais Reiko reçoit un message : elle prendra le bus de 7h05 devant chez Shimon. On décide de prendre le même et on se prépare en vitesse.

À l’arrêt de bus il y a deux vieilles dames et un militaire.

On attend tout de même un petit quart d’heure le bus qui arrive avec un peu de retard. On n’a pas de mal pour s’asseoir.

À l’arrêt suivant, près du rond point où nous étions descendu à l’aller, Yuko monte dans le bus et prend place sur les sièges devant nous.

Mitzpe Ramon-Jérusalem

Comme à l’aller, on fait beaucoup de petits arrêts, le paysage est très beau, toujours les dromadaires et les camps de Bédouins.

À Beer Sheva on change rapidement pour le bus pour Jérusalem.

La gare routière est pleine de militaires qui tentent de rejoindre Jérusalem ou Tel-Aviv avant le début du shabbat. Brusques et irrespectueux, ils bousculent tout le monde pour passer les premiers.

Reiko me dit que c’est parce qu’ils n’aiment pas leur situation, ils sont obligés de faire leur service militaire, ils ont l’impression que la population leur doit quelque chose.

Il y a tellement de paquetage dans la soute du bus qu’on a du mal à trouver un endroit pour la guitare et le sanshin, qu’on cale comme on peut en espérant que la route ne sera pas trop chaotique.

Il ne reste aucune place vide dans le bus et on se retrouve presque les seuls civils. Yuko immortalise l’instant dans une photo de nous assis devant des rangées de militaires.
Un peu avant Jérusalem, je fais bien attention lorsque le bus repasse devant Lifta.
Arrivés à la station centrale de tram Reiko et moi n’avons pas de ticket, Yuko part donc devant nous pour être le plus tôt à Amanto et nous prenons le temps d’acheter nos tickets à ces machines qui ne marchent pas.

Le tram est particulièrement plein, et nous sommes chargés ; les gens ne se poussent pas pour nous laisser entrer, et pas plus pour nous laisser descendre.

À AManTo

On pose nos affaires dans l’appartement du bas. Yuko nous dit qu’elle a lavé et mis à sécher nos serviettes et nos fleurs de bain, mais malheureusement une des fleurs de bain a disparu, sans doute emportée par le vent.

Nous allons chercher de quoi déjeuner au marché . On achète pour tenir jusqu’à la fin du shabbat : des légumes et poulets frits, du poisson en gelée, des pitas et du pain et deux cafés glacés Cofix.

On rentre manger quelques fritures à la maison avec les petits pois-carottes et la sauce blanche du Jérusalem Fried Chicken. Après le repas je monte au salon, Yuko est en train de donner un cours d’hébreu à une japonaise dont elle m’explique qu’elle vient d’une famille kurishitan ( les anciens chrétiens cachés du Japon).

Reiko qui est très fatiguée ne reste pas pour écouter le cours et va faire une sieste. une fois le cours fini je croise Hee, qui était allé au camp de Bethléem avec nous la semaine dernière et je fais la connaissance de son mari.

Je descends écrire quelques notes pour mon journal, traiter avec Photoshop les photos que j’ai prises à Mitzpe Ramon et me reposer, Reiko dort profondément.

Promenade au mont Sion

Je décide de partir en promenade et de retourner à la colline de Sion où nous sommes allés lundi avec Reiko.

Mais j’ai envie de prendre un autre chemin et je passe par le Moshe Bar’am square, où la tour des fenêtres est toujours là et où il y a un petit marché écolo dans le parc, puis la rue Hillel et le square Menashe Elishere ses petites boutiques un peu bobo et ses bars à salades. Je passe devant le cimetière Mamilla, puis à Ha-Mekhes Square je prends la rue Yitshak Kariv jusqu’à la porte de Jaffa.

Je longe ensuite les murailles de la vieille ville. Sur le chemin je cueille un rameau d’olivier, je l’enverrais à Mayuko Tanabe d’Ōsaka avec une lettre calligraphiée sur une longue de papier chinois, plus tard, quant à l’automne Paris me rendra nostalgique.
En suivant ainsi les murs de la vieille ville, je retrouve les escaliers de pierre et la rue que nous avions emprunté lundi avec Reiko pour rejoindre l’Abbaye de la dormition. Je retourne aux restes de l’ancienne abbaye qui abritent le tombeau de David et j’explore les cours pour trouver l’entrée du Cénacle.

Ce lieu est mentionné dans les Actes de Apôtres comme une « chambre haute » à Jérusalem.

12 Alors, ils retournèrent à Jérusalem depuis le lieu-dit « mont des Oliviers » qui en est proche, – la distance de marche ne dépasse pas ce qui est permis le jour du sabbat.
13 À leur arrivée, ils montèrent dans la chambre haute où ils se tenaient habituellement ; c’était Pierre, Jean, Jacques et André, Philippe et Thomas, Barthélemy et Matthieu, Jacques fils d’Alphée, Simon le Zélote, et Jude fils de Jacques.

Ac. 1:12-13

Comme je n’ai pas suivi le chemin habituel des visiteurs, je rentre à contresens par l’escalier de sortie qui est dans une cour adjacente au tombeau de David.

De fait la chambre du Cénacle est située juste au-dessus de la synagogue qui contient le tombeau de David.

Lorsque je pénètre dans la chambre haute, il n’y a presque aucun touriste, c’est assez émouvant, on est dans une pièce d’apparence médiévale car elle fut restaurée par les franciscains en 1335 qui y construisirent une voûte gothique. Elle servit plus tard de mosquée.

C’est aujourd’hui, après de multiples péripéties un lieu neutre où on ne peut pas normalement célébrer de cultes, mais revendiqué cependant par l’Église catholique romaine.

Il y eut d’ailleurs des exceptions pour les papes Jean-Paul II et François qui y ont célébré des messes lors de leurs visites en terre sainte.

Dans cette pièce ni grande, ni petite, sobre mais non vide, on voudrait y méditer longtemps s’il n’y avait tant de passages et de visites guidées bruyantes.

C’est donc ici que jésus prit son dernier repas avec les apôtres.

12 Après qu’il leur eut lavé les pieds, et qu’il eut pris ses vêtements, il se remit à table, et leur dit : Comprenez-vous ce que je vous ai fait ?
13 Vous m’appelez Maître et Seigneur ; et vous dites bien, car je le suis.
14 Si donc je vous ai lavé les pieds, moi, le Seigneur et le Maître, vous devez aussi vous laver les pieds les uns aux autres ;
15 car je vous ai donné un exemple, afin que vous fassiez comme je vous ai fait.
16 En vérité, en vérité, je vous le dis, le serviteur n’est pas plus grand que son seigneur, ni l’apôtre plus grand que celui qui l’a envoyé.
17 Si vous savez ces choses, vous êtes heureux, pourvu que vous les pratiquiez.
18 Ce n’est pas de vous tous que je parle ; je connais ceux que j’ai choisis. Mais il faut que l’Écriture s’accomplisse : Celui qui mange avec moi le pain A levé son talon contre moi.
19 Dès à présent je vous le dis, avant que la chose arrive, afin que, lorsqu’elle arrivera, vous croyiez à ce que je suis.
20 En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui reçoit celui que j’aurai envoyé me reçoit, et celui qui me reçoit, reçoit celui qui m’a envoyé.
21 Ayant ainsi parlé, Jésus fut troublé en son esprit, et il dit expressément : En vérité, en vérité, je vous le dis, l’un de vous me livrera.
22 Les disciples se regardaient les uns les autres, ne sachant de qui il parlait.
23 Un des disciples, celui que Jésus aimait, était couché sur le sein de Jésus.
24 Simon Pierre lui fit signe de demander qui était celui dont parlait Jésus.
25 Et ce disciple, s’étant penché sur la poitrine de Jésus, lui dit : Seigneur, qui est-ce ?
26 Jésus répondit : C’est celui à qui je donnerai le morceau trempé. Et, ayant trempé le morceau, il le donna à Judas, fils de Simon, l’Iscariot.
27 Dès que le morceau fut donné, Satan entra dans Judas. Jésus lui dit : Ce que tu fais, fais-le promptement.
28 Mais aucun de ceux qui étaient à table ne comprit pourquoi il lui disait cela ;
29 car quelques-uns pensaient que, comme Judas avait la bourse, Jésus voulait lui dire : Achète ce dont nous avons besoin pour la fête, ou qu’il lui commandait de donner quelque chose aux pauvres.
30 Judas, ayant pris le morceau, se hâta de sortir. Il était nuit.
31 Lorsque Judas fut sorti, Jésus dit : Maintenant, le Fils de l’homme a été glorifié, et Dieu a été glorifié en lui.
32 Si Dieu a été glorifié en lui, Dieu aussi le glorifiera en lui-même, et il le glorifiera bientôt.
33 Mes petits enfants, je suis pour peu de temps encore avec vous. Vous me chercherez ; et, comme j’ai dit aux Juifs : Vous ne pouvez venir où je vais, je vous le dis aussi maintenant.
34 Je vous donne un commandement nouveau : Aimez-vous les uns les autres ; comme je vous ai aimés, vous aussi, aimez-vous les uns les autres.
35 A ceci tous connaîtront que vous êtes mes disciples, si vous avez de l’amour les uns pour les autres.

Jean 13:10-35

Étant entré par la sortie je me fraie un chemin à contre sens par l’entrée.

La dernière fois avec Reiko nous avions rejoint la route qui surplombe la vallée du Guei Hinnom mais cette fois-ci je décide de rejoindre les murailles pour les longer depuis la porte de Sion jusqu’à la porte des Maghrébins et la cité de David. J’envisage de marcher ainsi jusqu’au bassin de Siloé.

Il y a beaucoup de fouilles de ce côté du mur de l’ancienne ville, des cavités dans la roche qui furent habités ou servirent de tombe.

Je rejoins rapidement la porte des Maghrébins puis, par un escalier de pierre je prends vers l’est et descends vers la vallée du Cédron dans la ville arabe.

L’escalier longe des palissades de tôles ondulées entre lesquelles je jette un oeil curieux, c’est un vaste chantier de fouilles, il y a un complexe de murs, sur plusieurs strates.
Je passe mon appareil photo dans un petit jour afin de mieux voir.
C’est le site de « Givati Parking Lot », découvert en 2007 lors de travaux (probablement pour créer un parking) et largement fouillé depuis. Ce serait les restes du palais d’Hélène d’Adiabène (un ancien royaume de Mésopotamie) qui se convertit au judaïsme vers l’an 30.

Le palais était un ensemble monumental situé à Jérusalem, juste au sud du Mont du Temple et a été détruit par les Romains lors de la prise de Jérusalem, en 70 de notre ère, quelques jours avant la destruction du Temple. Flavius Josèphe raconte :
« Les soldats se tinrent en repos ce jour-là, mais le lendemain ils mirent le feu aux archives, à l’Akra, à la salle du Conseil, au quartier d’Ophlas ; les flammes s’étendirent jusqu’au palais d’Hélène, qui se trouvait au milieu de l’Akra. Ruelles et maisons, pleines de cadavres de ceux qui étaient morts de faim, furent la proie de l’incendie2. »
Les murs du « Palais d’Hélène », composés de blocs de pierre massifs ont été préservés jusqu’à une hauteur de cinq mètres. Les fouilles ont montré que les étages supérieurs se sont effondrés sur les dépendances qui étaient coiffées d’un plafond voûté. Les caves du palais, sont apparemment, resté quelque temps aux mains des Juifs insurgés. Deux squelettes (un homme et un adolescent) ont été retrouvés avec des embouts de flèches romaines. Ils ont probablement été tués par les soldats romains lors de la prise de la ville27.
Les ruines du Palais contenaient des pièces de monnaie datables, des vases de pierre et des poteries ainsi que des vestiges de fresques antiques. Le sous-sol renfermait aussi un mikveh29.
Wikipedia - Hélène_d’Adiabène

En bas des escaliers, des enfants jouent au ballon, je traverse juste la rue Ma’alot Ir David et trouve l’entrée du site de « la cité de David ». Les ruines ici sont aménagées pour être visités par le grand public, c’est un vaste complexe que l’on parcourt via une série de passerelles métallique ou d’escaliers de pierre.

Ce jour-là, il y a un spectacle organisé et j’assiste aux balances et aux préparatifs qui ont lieu au niveau du site dit « de la cité Royale ».

À cet endroit on peut voir les restes de maison de notable de l’époque du premier Temple. Dans le sous-sol d’une de ces maisons, une cinquantaine de sceaux en argile ont été trouvé sur lesquels étaient gravés des noms en hébreu ancien. Ce quartier fut détruit par les Babyloniens en 586 av. J-C. et une nouvelle muraille fut construite plaçant les ruines de la Cité royale en dehors des limites de Jérusalem.

Je continue mon exploration et je ne croise presque personne, même s’il est à Jérusalem Est, ce site forme une sorte d’enclave Israélienne et le shabbat y est respecté. Du coup les accès aux tunnels (le tunnel Cananéen, le tunnel d’Ezéchias) sont fermés et je dois faire demi-tour. Je reprends donc le chemin en sens inverse pour rejoindre la porte de Jaffa et rentre à pas rapide jusqu’à Amanto où Reiko doit s’être réveillée et m’attendre vu que cela fait plus de deux heures que je suis partis.
Retour à Amanto

Reiko et Yuko sont en discussion dans le salon et je me joins à elles, Yuko me sert une Goldstar et Reiko veut du vin.

On demande à Yuko si elle a du vin des vignes de Mitzpe Ramon que nous avons vendangées avant-hier. Il y en a mais c’est dommage d’ouvrir la bouteille pour en boire un seul verre.

Nous en achèterons une plus tard que nous boirons à Paris ou a Cayriech en famille. Mais Yuko sert tout de même un très bon vin Israélien à Reiko, et la discussion en vient en tourner autour de ce vin qui nous fait parler.

Des français sont logés chez Yuko en ce moment et nous les croisons alors qu’ils rentrent dans leur appartement à l’étage. On engage une petite discussion et nous leur faisons quelques recommandations notamment concernant Mitzpe Ramon.

Puis nous descendons, Reiko Yuko et moi, prendre le frais devant la porte. Il fait très bon, la soirée est parfaite, on décide tranquillement d’aller manger quelque part.

Restaurant Éthiopien

Yuko nous explique que, parmi les restaurants pas loin d’ici qui ont des chances d’être ouverts un vendredi soir, il y a notamment beaucoup de restaurants Éthiopiens.

Nous partons donc pour une assez longue promenade d’hésitations en hésitations, il y a en effet plusieurs restaurants ouverts mais celui-ci semble-t-il le plus accueillant ? celui-là est sympa lui aussi mais ne marcherions-nous pas encore quelques mètres...

C’est ainsi que faisant des tours et des détours dans le labyrinthe des ruelles, Yuko nous fait découvrir la place du Royaume des Chats. C’est un endroit où il y a plus de chats que d’humains, et je suppose qu’ils doivent bien avoir un roi quelque part !

Nous continuons de déambuler et Yuko nous distillent des explications sur les lieux que nous traversons. Ce n’est pas toujours très joyeux, sur une place elle nous explique que c’est ici que le 9 août 2001 eut lieu l’attentat terroriste à la pizzeria Sbarro.

Nous découvrons au hasard un café à la décoration originale, sur les murs sont collés des dizaines de cassettes audio, de celles que nous avions dans les années 80.
Reiko commence à avoir vraiment faim et Yuko hésite encore alors je finis par décider. C’est dans un restaurant éthiopien que nous mangerons finalement.

Nous commandons une très grande crêpe, très aérée et vinaigrée préparée à base de farine de Teff qu’on appelle Injera, sur laquelle sont disposé des légumes et des sauces. On mange avec les mains, on coupe des morceaux de galette, comme avec une Pita on la garnit avec ce que l’on veut. C’est bon et copieux, une galette pour trois nous va très bien, avec deux bières et un soda.

Repus on prend le chemin de retour. Yuko reçoit un coup de fil de Jun Amanto. Nous rentrons donc avant elle, la laissant faire avec Jun une petite balade romantique par un calme soir de shabbat.

Samedi 14 septembre 2019

Matin

On se réveille tôt, puis on se rendort pour ouvrir l’oeil à nouveau une demi-heure plus tard. Ce matin, en discutant, les yeux encore mouillés de sommeil, on décide d’aller passer la journée à Jéricho.

On réfléchit à la route tout en prenant notre petit déjeuner de mangues, pains pita et fromage. Mais Reiko ne veut pas que je sois sur internet pendant le petit déjeuner et de toute façon comme la situation politique est instable Google map ne donne aucun trajet en Palestine.

Reiko trouve le site d’un voyageur japonais qui explique comment il est allé de Jérusalem à Jéricho en prenant un bus de la porte de Damas jusqu’à « Jericho Road Bethania » puis de là un taxi collectif jusqu’à Jéricho. Nous décidons de prendre cette route.

Kountara

Nous quittons la maison et prenons le chemin habituel jusqu’au tramway. Nous passons devant la synagogue d’où nous parviennent des chants, c’est le matin du shabbat. Je reconnais un chant d’Afrique du nord que la chanteuse Sapho a interprétée dans son disque Jardin Andalou, le titre Kuntara.

En fait le chant est très ancien, il peut s’écrire en alphabet romain de plusieurs façons : Koum Tara, Kom Tara ou Qoum Tara (« lève-toi et admire »). C’est une qasida dérivée de la san’a algérienne.

Elle est aussi chantée par les Juifs d’Algérie en arabe ou en hébreu lors des baqqashots (chants de supplications) durant les prières.

Jérusalem - Jéricho

Nous prenons le tramway jusqu’à la porte de Damas puis nous rejoignons la gare routière. C’est là même où nous avions pris le bus pour Bethléem avec Yuko et Hee. Nous trouvons le bus en question, payons les 7 shekels demandés pour aller jusqu’à Jericho Road.

Je remarque un autre couple qui montent dans le bus. Lui a un équipement complet pour randonnées dans le désert de Décathlon, elle porte un foulard sur la tête, comme pour ne pas choquer les locaux.
Vraiment des touristes ! me dis-je.
À Jericho Road nous cherchons un taxi collectif. L’autre couple de touristes cherche aussi à se rendre à Jéricho et on se retrouve finalement dans la même voiture. Le chauffeur essaie d’abord de négocier un aller-retour en passant par le monastère le Saint-Georges où désirent se rendre les deux autres voyageurs pour 70 shekels.

Ça leur paraît cher, et à nous aussi, on insiste pour faire juste un aller simple, on nous propose 12 Shekel par personne, les deux autres refusent et partent chercher un autre taxi mais ils finissent par revenir et accepter de partir pour 12 Shekels.

En attendant trois autres voyageurs pour remplir la voiture nous discutons et faisons connaissance avec nos compagnons de route. C’est un couple de touristes polonais qui logent dans les monastères. Du coup je leur raconte un peu le voyage que j’ai fait en Pologne en 2005(Poznan, Torun, Gdansk, Varsovie, et Cracovie). Nous parlons surtout de Gdansk car c’est de là qu’ils viennent.

Finalement la voiture se remplit et nous partons. Nous roulons sur une grande route qui traverse le désert de Judée de Jérusalem à la vallée du Jourdain. Nous admirons le paysage magnifique qui défile.

Nous passons tout près du monastère Saint-Georges où nos amis ont prévu d’aller à pied.
Ce monastère a été créé au 4ème siècle par des ermites qui cherchaient à vivre comme les prophètes car c’est dans une de ces grottes que le prophète Élie se serait reposé en se rendant dans le Sinaï.

1 Achab rapporta à Jézabel tout ce qu’avait fait Elie, et comment il avait tué par l’épée tous les prophètes.
2 Jézabel envoya un messager à Elie, pour lui dire : Que les dieux me traitent dans toute leur rigueur, si demain, à cette heure, je ne fais de ta vie ce que tu as fait de la vie de chacun d’eux !
3 Elie, voyant cela, se leva et s’en alla, pour sauver sa vie. Il arriva à Beer-Schéba, qui appartient à Juda, et il y laissa son serviteur.

1 Rois 19, 1-3

Le monastère grec orthodoxe a été construit à la fin du 5ème siècle puis détruit en l’an 614 par les Perses restauré par les croisés au 12ème siècle, puis de nouveau abandonné et restauré une nouvelle fois en 1901.

Vu la température qu’il fait, traverser le désert de Jéricho à Saint Georges, comme l’ont apparemment prévu nos amis me semble vraiment impossible.

Le taxi arrive à Jéricho, nous traversons la ville assez verte, comme une grande oasis. Nous passons près d’un incendie. Au centre-ville, dont le trafic est chargé, notamment a cause des nombreux taxis, le chauffeur nous dépose en face du « tourist center ».
Jéricho

Au centre de la place, il y a un kiosque avec un petit guichet, je jette un coup d’oeil et le jeune homme à l’intérieur me fait signe d’entrer par la porte qui est sur le côté. Nous faisons donc le tour, entrons et faisons la connaissance avec l’étonnant responsable des informations touristiques de Jéricho qui est un jeune homme très féminin et maniéré à la façon du personnage de Chouchou joué par Gad Elmaleh. Hyper sympa et serviable, il nous donne de nombreuses informations intéressantes. C’est aussi un grand amateur du Japon, il jubile lorsqu’il apprend que Reiko est japonaise et commence à nous raconter son voyage au Japon. Il insiste ensuite pour contacter une amie à lui, japonaise, qui vit à Jéricho afin que Reiko puisse lui demander des détails en japonais sur où prendre un taxi collectif pour retourner à Jérusalem.

On décide de prendre la route pour aller à Ein el-Sultan, là où se trouvent les ruines de l’ancienne ville de Jéricho. On marche quelques centaines de mètres, mais il fait vraiment très chaud. On étouffe, Jéricho est aussi la ville la plus basse du monde (-240 m). On fait une halte au pied de l’Arbre de Zachée, qui est un très vieil et digne sycomore. C’est l’arbre où Zachée serait grimpé pour voir Jésus lorsqu’il entrait dans Jéricho.

1 Jésus traversait la ville de Jéricho.
2 Or, il y avait un homme du nom de Zachée ; il était le chef des collecteurs d’impôts, et c’était quelqu’un de riche.
3 Il cherchait à voir qui était Jésus, mais il n’y arrivait pas à cause de la foule, car il était de petite taille.
4 Il courut donc en avant et grimpa sur un sycomore pour voir Jésus qui devait passer par là.
5 Arrivé à cet endroit, Jésus leva les yeux et l’interpella : « Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. »
6 Vite, il descendit, et reçut Jésus avec joie.
7 Voyant cela, tous récriminaient : « Il est allé loger chez un pécheur. »
8 Mais Zachée, s’avançant, dit au Seigneur : « Voilà, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens, et si j’ai fait du tort à quelqu’un, je vais lui rendre quatre fois plus. »
9 Alors Jésus dit à son sujet : « Aujourd’hui, le salut est arrivé pour cette maison, car lui aussi est un fils d’Abraham.
10 En effet, le Fils de l’homme est venu chercher et sauver ce qui était perdu. »

Luc 19:1-10

Il fait décidément trop chaud, on hésite à retourner au tourist center, mais finalement on arrête un taxi sur la route et on lui demande de nous déposer à Ein el-Sultan, cela nous coûtera 15 Shekel en tout.

Il y a un hôtel en face du site archéologique, nous allons acheter des rafraîchissements.

Puis nous allons visiter le site archéologique, l’entrée coûte 10 Shekel, on nous donne une petite brochure.
Le site est une sorte de colline artificielle, formée par des amoncellements successifs de ruines. On la parcourt sur des chemins poussiéreux qui circulent entre des excavations au fond desquelles on peut voir des restes de murs, de fondations, des plans de bâtiments…

Tout cela est très ancien. Notamment une tour de 8,5m datée de 9000 av J.C., une tour qui a donc 10 000 ans.
Bien qu’on se plaise à l’imaginer, ces murailles ne peuvent pas être les murailles de Jéricho mentionnées dans le livre de Josué dont on suppose que le récit ne correspond pas à la réalité historique.

1 Jéricho était fermée, barricadée devant les Israélites. Personne n’en sortait et personne n’y entrait. 2 L’Eternel dit à Josué : « Regarde, je livre entre tes mains Jéricho et son roi, ainsi que ses vaillants soldats. 3 Faites le tour de la ville, vous tous les hommes de guerre. Faites une fois le tour de la ville. Tu agiras ainsi pendant six jours.
4 Sept prêtres porteront sept trompettes retentissantes devant l’arche. Le septième jour, vous ferez sept fois le tour de la ville et les prêtres sonneront de la trompette.
5 Quand ils sonneront de la corne retentissante, quand vous entendrez le son de la trompette, tout le peuple poussera de grands cris. Alors la muraille de la ville s’écroulera et le peuple montera à l’attaque, chacun devant soi. »
6 Josué, fils de Nun, appela les prêtres et leur dit : « Portez l’arche de l’alliance et que sept prêtres portent sept trompettes retentissantes devant l’arche de l’Eternel. » 7 Puis il dit au peuple : « Marchez, faites le tour de la ville et que les hommes équipés passent devant l’arche de l’Eternel. »
8 Lorsque Josué eut parlé au peuple, les sept prêtres qui portaient les sept trompettes retentissantes devant l’Eternel se mirent en marche et sonnèrent de la trompette. L’arche de l’alliance de l’Eternel allait à leur suite.
9 Les hommes équipés marchaient devant les prêtres qui sonnaient de la trompette et l’arrière-garde suivait l’arche. Pendant la marche, on sonnait de la trompette.
10 Josué avait donné cet ordre au peuple : « Vous ne crierez pas, vous ne ferez pas entendre votre voix et il ne sortira pas un mot de votre bouche jusqu’au jour où je vous dirai : ‘Poussez des cris !’ Alors vous pousserez des cris. »
11 L’arche de l’Eternel fit le tour de la ville. Elle fit une fois le tour, puis on rentra dans le camp et l’on y passa la nuit.
12 Josué se leva de bon matin et les prêtres portèrent l’arche de l’Eternel.
13 Les sept prêtres qui portaient les sept trompettes retentissantes devant l’arche de l’Eternel se mirent en marche et sonnèrent de la trompette. Les hommes équipés marchaient devant eux et l’arrière-garde suivait l’arche de l’Eternel. Pendant la marche, on sonnait de la trompette.
14 Ils firent une fois le tour de la ville, le deuxième jour, puis ils retournèrent dans le camp. Ils agirent de même pendant six jours. 15 Le septième jour, ils se levèrent de bon matin, dès l’aurore, et ils firent de la même manière sept fois le tour de la ville. Ce fut le seul jour où ils firent sept fois le tour de la ville. 16 La septième fois, comme les prêtres sonnaient de la trompette, Josué dit au peuple : « Poussez des cris, car l’Eternel vous a livré la ville !
17 La ville sera vouée à l’Eternel, elle et tout ce qui s’y trouve. Mais on laissera la vie à Rahab la prostituée et à tous ceux qui seront avec elle dans sa maison, parce qu’elle a caché les messagers que nous avions envoyés.
18 Seulement, gardez-vous bien de toucher à ce qui sera voué à la destruction. En effet, si vous preniez de ce que vous aurez voué à la destruction, vous mettriez le camp d’Israël sous une menace de destruction et vous causeriez son malheur.
19 Tout l’argent et tout l’or, tous les objets en bronze et en fer seront consacrés à l’Eternel et entreront dans le trésor de l’Eternel. »
20 Le peuple poussa des cris et les prêtres sonnèrent de la trompette. Lorsque le peuple entendit le son de la trompette, il poussa de grands cris et la muraille s’écroula. Le peuple monta dans la ville, chacun devant soi. Ils s’emparèrent de la ville 21 et vouèrent à la destruction, en le passant au fil de l’épée, tout ce qui s’y trouvait : hommes et femmes, enfants et vieillards, jusqu’aux boeufs, aux brebis et aux ânes.
22 Josué dit aux deux hommes qui avaient exploré le pays : « Entrez dans la maison de la femme prostituée et faites-en sortir cette femme et tous les siens, comme vous le lui avez juré. »
23 Les jeunes espions entrèrent chez Rahab et en firent sortir Rahab, son père, sa mère, ses frères et tous les siens. Ils firent sortir tous les membres de sa famille et les installèrent en lieu sûr, à l’extérieur du camp d’Israël.
24 Ils brûlèrent la ville et tout ce qui s’y trouvait. Toutefois, ils mirent dans le trésor de la maison de l’Eternel l’argent, l’or et tous les objets en bronze et en fer.
25 Josué laissa la vie à Rahab la prostituée, à sa famille et à tous les siens. Elle a habité au milieu d’Israël jusqu’à aujourd’hui, parce qu’elle avait caché les messagers que Josué avait envoyés pour explorer Jéricho.
26 Ce fut alors que Josué jura : « Maudit soit devant l’Eternel l’homme qui se lèvera pour reconstruire cette ville de Jéricho ! Il en jettera les fondations au prix de son fils aîné et il en posera les portes au prix de son plus jeune fils. »
27 L’Eternel fut avec Josué et l’on parla de lui dans tout le pays.

Josué 6:1-27

Il n’y a quasiment personne. Lorsque nous arrivons une jeune femme simplement, réfugiée sous une petite tente placée au sommet du tumulus et qui donne à peine de l’ombre. Un peu plus tard un groupe de jeunes viendra aussi, mais il n’y a vraiment pas grand monde. À tel point que l’on pourrait presque descendre sans soucis dans les excavations... C’est dangereux pour les ruines et pour les visiteurs.

Reiko court partout, nous explorons les monticules de pierres, de poussière et de morceaux de terre cuites mélangées. Je ramasse quelques morceaux de briques (quelle age ont il ? ) et les glisse dans la poche avant de mon sac. Au-dessus de nous on voit passer un téléphérique qui amène les touristes jusqu’au monastère de la tentation qu’on peut voir à flanc de falaise.

1 Puis Jésus fut emmené par l’Esprit dans le désert pour être tenté par le diable.
2 Après avoir jeûné 40 jours et 40 nuits, il eut faim. 3 Le tentateur s’approcha et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne que ces pierres deviennent des pains. » 4 Jésus répondit : « Il est écrit : L’homme ne vivra pas de pain seulement, mais de toute parole qui sort de la bouche de Dieu. »
5 Le diable le transporta alors dans la ville sainte, le plaça au sommet du temple 6 et lui dit : « Si tu es le Fils de Dieu, jette-toi en bas ! En effet, il est écrit : Il donnera des ordres à ses anges à ton sujet et ils te porteront sur les mains, de peur que ton pied ne heurte une pierre. »
7 Jésus lui dit : « Il est aussi écrit : Tu ne provoqueras pas le Seigneur, ton Dieu. »
8 Le diable le transporta encore sur une montagne très élevée, lui montra tous les royaumes du monde et leur gloire 9 et lui dit : « Je te donnerai tout cela, si tu te prosternes pour m’adorer. »
10 Jésus lui dit alors : « Retire-toi, Satan ! En effet, il est écrit : C’est le Seigneur, ton Dieu, que tu adoreras et c’est lui seul que tu serviras. »
11 Alors le diable le laissa. Et voici que des anges s’approchèrent de Jésus et le servirent.

Matthieu 4.1-11

Nous allons nous réfugier au restaurant en face, il fait vraiment trop chaud. On achète pour boire des jus de fruit et une glace que Reiko n’arrive pas à finir.
Le restaurant « Al Madinah » devait être pas mal il y a quelques années, mais le tourisme de masse use vite les infrastructures et les rend un peu glauques. Sur la place, entre les cars de touristes qui vont et qui viennent, les taxis-guides qui viennent vous aborder agressivement, il y a ce dromadaire triste qui est promené par un pseudo Bédouin ; pour quelques shekels on peut se prendre en photo sur le pauvre animal.

Jéricho - Jérusalem

Nous retournons au tourist center avec le même taxi que celui par lequel nous sommes arrivés et que nous croisons par hasard alors que nous nous apprêtons à partir à pied. Même tarif qu’a l’aller : 15 shekels, mais comme je ne les ai pas je descends faire de la monnaie et acheter de l’eau dans une supérette. Nous partageons ensuite un taxi collectif avec un vieux monsieur sympa pour 15 shekels chacun, plus cher qu’à l’aller, mais il part tout de suite.

Nous parcourons le même paysage magnifique du désert de Judée et le taxi nous dépose à Jericho Road Bethania, ou nous attendons le bus, pas tout à fait sûr d’être au bon endroit. Il y a un trafic de fou dans cette ville. Comme nous sommes en train d’attendre un homme nous aborde et commence à discuter avec nous. Sympa, quand on lui explique que Reiko est japonaise, il nous dit que les Japonais aiment bien les Palestiniens et que c’est réciproque, mais je n’ai pas bien compris pour quelles raisons.

Finalement le bus arrive, ça coûte 7 shekels pour retourner à la porte de Damas.
Contrairement à l’aller, nous devons passer un poste de contrôle. Tous les passagers palestiniens doivent descendre de bus ; passer le contrôle pour remonter ensuite. Nous nous pouvons rester dans le bus.

Reiko me propose d’aller visiter l’église Saint-Anne de Jérusalem, j’essaie de repérer quand le bus passe proche de la porte des lions, mais je la manque et nous descendons finalement à la porte de Damas.

Sainte-Anne de Jérusalem

C’est par la Via Dolorosa, une fois de plus que nous rejoignons le quartier musulman depuis la porte de Damas.

Une fois passé le portail du monastère Saint-Anne, il y a un petit guichet. L’entrée est payante mais elle ne coûte pas très chers 10 shekels. Cette église fait partie des Domaine national français en Terre sainte, ( il y a d’ailleurs un drapeau français qui flotte sur l’église ! ).
Il y a un jardin très calme, puis l’église, qui dit-on est bâtie sur l’emplacement de la maison d’Anne et Joachim, les parents de la vierge Marie. Au départ c’était une église byzantine du 5ème siècle qui fut détruite par les Perses en 614 puis reconstruite et de nouveau détruite en 1009 par Al-Hakim.

L’église romane actuelle, a été construite par les croisés. Elle est ensuite transformée en école de droit coranique, puis est abandonnée. En 1856, la France reçut l’église du sultan Abdülmecid Ier en remerciement de son aide à la Turquie dans la guerre de Crimée. Derrière l’église il y a l’impressionnant site de la piscine de Bethesda.

Nous entrons dans l’église sobre et chaleureuse. La pierre de Jérusalem, comme gorgée de soleil semble irradier. On ressent sous cette voûte romane une profonde sérénité.

En entrant on est prié de ne pas faire de visites commentées et de garder le silence. Il est en revanche tout à fait permis et même recommandé de chanter. Cela nous plaît beaucoup à Reiko et à moi qu’il y ait un tel sanctuaire pour le chant.

Nous sommes émus par l’endroit et Reiko se recueille quelques minutes puis s’avance devant le choeur et se met à chanter « Tinsagu nu Hana » qui est une chanson traditionnelle d’Okinawa sur l’amour filial. Akira, le père de Reiko était originaire d’Okinawa.
Nous restons encore un moment silencieux.

Les yeux fermés j’écoute.
Dehors, le petit jardin, parmi les roses et le vieil olivier
Le chant des oiseaux
Des cris d’enfants qui jouent
Plus loin la rumeur étouffé des souks
De la rue « el-wad »
Et plus loin toujours
La ville entière portée par le vent
Viens résonner sur les pierres de soleil
En Saint Anne de Jérusalem.
Alors, arrive l’heure de la prière des mosquées
Et au même instant
De tous les minarets du quartier arabe
Les muezzins les uns aux autres se donnent réplique
D’un écho, qui comme un ricochet
En d’étranges diffractions
En soudaine symphonie
D’admirable chaos
Prends le choeur
De saint Anne de Jérusalem
Elle, comme une bergère
Au printemps, soudain joyeuse
Elle chante, rie et exulte de joie.

Nous n’avions pas prêté attention, en arrivant à l’entrée de la crypte. C’est ici que selon une tradition chrétienne orientale est située sur le lieu de la maison d’Anne et Joachim.

Nous arrivons dans une petite cave, dont un des côtés est la roche elle-même. On peut se recueillir devant une fresque de la Nativité de Marie et une Vierge en bois d’olivier, dans une seconde pièce se trouve une icône.
Dans les anfractuosités de la roche, comme au Kotel, des petits papiers contenant des prières sont glissés.
Un chanteur grégorien vient chanter pour la vierge, puis un petit choeur. Lorsqu’il n’y a plus personne Reiko et moi, on chante aussi une improvisation.
Nous avons ressenti un grand bien être dans ce lieu.

Nous allons ensuite visiter les ruines de la piscine de Bethesda. C’est dans cette piscine que Jésus guérit un paralytique :

1 Après cela, il y eut une fête juive, et Jésus monta à Jérusalem.
2 Or, à Jérusalem, près de la porte des Brebis, il existe une piscine qu’on appelle en hébreu Bethzatha. Elle a cinq colonnades,
3 sous lesquelles étaient couchés une foule de malades, aveugles, boiteux et impotents.
5 Il y avait là un homme qui était malade depuis trente-huit ans.
6 Jésus, le voyant couché là, et apprenant qu’il était dans cet état depuis longtemps, lui dit : « Veux-tu être guéri ? »
7 Le malade lui répondit : « Seigneur, je n’ai personne pour me plonger dans la piscine au moment où l’eau bouillonne ; et pendant que j’y vais, un autre descend avant moi. »
8 Jésus lui dit : « Lève-toi, prends ton brancard, et marche. »
9 Et aussitôt l’homme fut guéri. Il prit son brancard : il marchait ! Or, ce jour-là était un jour de sabbat.

Jean 5 1-9

Les anciens manuscrits de l’évangile de Jean ne s’entendent pas sur le vrai nom de cet endroit : il s’appellerait « Bezatha », ou « Bethesda », ou « Belsetha », ou encore « Bethsaïda ». Un des manuscrits de la mer Morte résout le problème de façon inattendue.

Le rouleau de cuivre, qui doit dater de la première moitié du Ier siècle, présente une longue liste de trésors cachés à Jérusalem et ailleurs en Terre d’Israël. Une des cachettes est située dans un lieu de Jérusalem appelé Bet-eshdatain, marqué par une piscine à deux bassins de grandeurs différentes. Il ne fait pas de doute, que la transcription grecque de Bethesda doit être retenue comme la plus juste, et le nom doit être traduit par « maison des deux flots, des deux bouches » : il est fait référence à deux sources d’alimentation d’une piscine, ce qui se comprend bien si cette dernière comporte deux bassins indépendants.
À la suite de restaurations entreprises sur l’église Sainte-Anne à Jérusalem en 1888, deux grandes piscines avec cinq portiques et de nombreux fragments de l’époque romaine ont été exhumées. Une fresque située sur l’un des murs représente un ange remuant l’eau.
(...)
La piscine fut construite durant le VIIIe siècle av. J.-C. et fut nommé la « piscine supérieure » (הבריכה העליונה).

Elle est mentionnée dans le Livre des Rois :

2 De Lakhich, le roi d’Assyrie envoya Tartân, Rabsaris et Rabchakè, avec une puissante armée, contre le roi Ézéchias à Jérusalem. Ils se mirent donc en marche et atteignirent Jérusalem. Arrivés là, ils s’établirent près de l’aqueduc de la Piscine supérieure, sur la route qui conduit au Champ des foulons.
Rois II 18:17, également Isaïe 36:2
et dans le Livre d’Isaïe :
3 L’Éternel dit alors à Isaïe : « Rends-toi au-devant d’Achaz, toi et Chear-Yachoub, ton fils, vers l’extrémité du canal de la Piscine supérieure, sur la chaussée qui conduit au champ du Foulon ». »

Isaïe 7:3

Wikipedia - Piscine de Bethesda

Nous pouvons déambuler entre les bassins, parfois profonds de plusieurs mètres, l’exploration est très belle et très impressionnante et offre de multiples beaux points de vue.

Nous allons ensuite nous reposer quelques instants dans le petit jardin qui est derrière la piscine. Il y a un banc, et un olivier qui donne un peu d’ombre.

Nous repartons par la Via Dolorosa, après quelques mètres nous nous arrêtons quelques minutes en face d’une échoppe de marchand de souvenirs.

Il y a parmi d’autres marchandises des ouds, je demande quelques renseignements au vendeur mais celui-ci n’est pas particulièrement sympathique.

Retour à Amanto

Nous reprenons la Via Dolorosa jusqu’à la porte de Damas, ensuite nous décidons de nous promener dans la ville arabe du nord de la vieille ville.

Nous flânons entre les épiceries et les étals un peu sauvages. On achète de beaux fruits, vraiment bon marché. À l’entrée d’une épicerie, un boulanger fait des sortes de crêpes de farine, très très fines, comme un tissu, on voit à travers.

On en achète pour goûter et aussi des pains pita garnis et un hot dog. Les pains sont fabriqués sur place et l’épicerie est ouverte jour et nuit.

On ne peut pas attendre et on mange tout de suite le hot dog dans le pain mou ; Reiko retrouve tout de suite un goût « Showa » qui la rend nostalgique.

Au bord de l’avenue que nous devons traverser pour passer du côté israélien de la ville il y a un vieil hôtel délabré et glauque, le Ramsis Hotel.
Nous nous retrouvons ensuite rapidement dans le quartier de Musrara que nous traversons et finissons par tomber sur la porte de Jaffa un peu par erreur. Nous rentrons donc par l’itinéraire habituel de la rue de Jaffa.

À Amanto Yuko prend le soleil en lisant, nous nous arrêtons quelques minutes sur le pas de la porte et Yuko discute avec Reiko en Japonais de notre périple à Jéricho. Nous sommes invités à venir participer à la Sushi party de ce samedi soir.
Avant Reiko va prendre une douche et je travaille les photos que j’ai prises aujourd’hui

Sushi party

A la sushi party d’Amanto nous rencontrons Michael et Michaelle, un couple homonyme et sympa. Ils viennent d’emménager récemment une nouvelle maison dans le quartier.

On prépare les Temaki-sushi ensemble, à partir des légumes que Yuko a récupérés avant le début du shabbat. Des jeunes arrivent et commandent des bières. Ils viennent ici pour la première fois mais ne semblent pas s’intéresser à se joindre à nous.
On s’installe sur la table basse. Pour accompagner les sushis Reiko et moi avons apporté du poisson en gelée et des feuilles de vigne farcies de riz. Yuko m’offre une Goldstar et Mickaelle demande du saké japonais. La soirée est très sympa, Mickael nous explique qu’il aime chanter tout type de musique mais plus spécialement la musique sacrée, on a donc un filon de conversation !

Nous nous disons au revoir en français, hébreux et japonais puis on va se coucher. Je mets mon réveil à sonner à 6h00 pour pouvoir aller à la messe du matin à l’église Sainte-Anne de Jérusalem. Il faudra que je sois de retour à 9h00 car nous avons rendez-vous avec Yuko qui, pour notre dernier jour à Jérusalem, souhaite nous faire visiter un endroit qu’elle aime particulièrement.

Dimanche 15 septembre 2019

Laudes à l’église Saint-Anne de Jérusalem

10 minutes avant que le réveil ne sonne j’essaie de me lever sans bruit mais Reiko se réveille quand même, et je lui dis à tout à l’heure avant de me lancer dans le matin frais. Il fait encore sombre. Je rejoins la porte de Jaffa par les petites ruelles. Il est encore 6h30 à peine, je me rends au saint Sépulcre, il y a déjà beaucoup de pèlerins et une cérémonie est en cours. Je me recueille sur la Pierre de l’Onction puis fais un tour de la basilique.

Il est maintenant 6h45, j’ai un petit quart d’heure pour rejoindre le quartier arabe et Sainte-Anne de Jérusalem au pas de course.
Je me perds un peu dans le quartier mais j’arrive tout de même à l’heure. La porte est entrouverte, je la pousse, le gar du guichet me fait un signe comme pour me dire « C’est fermé » et je lui dis simplement « missa », il me laisse entrer et me désigne la porte de l’église.

Je vais m’installer autour du choeur pour assister à la messe avec une petite dizaine de pèlerins de divers pays qui se retrouvent ici ce matin-là.

La messe est dite en français. Les chants sont principalement chantés par trois religieuses qui chantent vraiment très bien.
Il y a la première lecture, tirée du livre de l’exode, où Moïse plaide la cause de son peuple devant Dieu qui renonce au mal qu’il voulait lui faire :

7 En ces jours-là, le Seigneur parla à Moïse :
« Va, descends, car ton peuple s’est corrompu, lui que tu as fait monter du pays d’Égypte. 8 Ils n’auront pas mis longtemps à s’écarter du chemin que je leur avais ordonné de suivre !
Ils se sont fait un veau en métal fondu et se sont prosternés devant lui.
Ils lui ont offert des sacrifices en proclamant :
‘Israël, voici tes dieux, qui t’ont fait monter du pays d’Égypte.’ »

9 Le Seigneur dit encore à Moïse :
« Je vois que ce peuple est un peuple à la nuque raide. 10 Maintenant, laisse-moi faire ;
ma colère va s’enflammer contre eux et je vais les exterminer !
Mais, de toi, je ferai une grande nation. »

11 Moïse apaisa le visage du Seigneur son Dieu en disant :
« Pourquoi, Seigneur, ta colère s’enflammerait-elle contre ton peuple, que tu as fait sortir du pays d’Égypte par ta grande force et ta main puissante ?

13 Souviens-toi de tes serviteurs, Abraham, Isaac et Israël, à qui tu as juré par toi-même :
‘Je multiplierai votre descendance comme les étoiles du ciel ;
je donnerai, comme je l’ai dit, tout ce pays à vos descendants, et il sera pour toujours leur héritage.’ »

14 Le Seigneur renonça au mal qu’il avait voulu faire à son peuple.
Ex 32, 7-11.13-14
Puis on lit les évangiles, aujourd’hui c’est la parabole du « Fils prodigue » :

11 Il dit encore : Un homme avait deux fils. 12 Le plus jeune dit à son père : mon père, donne-moi la part de bien qui doit me revenir. Et le père leur partagea son bien. 13 Peu de jours après, le plus jeune fils, ayant tout ramassé, partit pour un pays éloigné, où il dissipa son bien en vivant dans la débauche.

14 Lorsqu’il eut tout dépensé, une grande famine survint dans ce pays, et il commença à se trouver dans le besoin. 15 Il alla se mettre au service d’un des habitants du pays, qui l’envoya dans ses champs garder les pourceaux. 16 Il aurait bien voulu se rassasier des caroubes que mangeaient les pourceaux, mais personne ne lui en donnait.

17 Étant rentré en lui-même, il se dit : Combien de mercenaires chez mon père ont du pain en abondance, et moi, ici, je meurs de faim ! 18 Je me lèverai, j’irai vers mon père, et je lui dirai : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, 19 je ne suis plus digne d’être appelé ton fils ; traite-moi comme l’un de tes mercenaires. 20 Et il se leva, et alla vers son père.

Comme il était encore loin, son père le vit et fut ému de compassion, il courut se jeter à son cou et le baisa. 21 Le fils lui dit : Mon père, j’ai péché contre le ciel et contre toi, je ne suis plus digne d’être appelé ton fils.

22 Mais le père dit à ses serviteurs : Apportez vite la plus belle robe, et l’en revêtez ; mettez-lui un anneau au doigt, et des souliers aux pieds. 23 Amenez le veau gras, et tuez-le. Mangeons et réjouissons-nous ; 24 car mon fils que voici était mort, et il est revenu à la vie ; il était perdu, et il est retrouvé. Et ils commencèrent à se réjouir.

25 Or, le fils aîné était dans les champs. Lorsqu’il revint et approcha de la maison, il entendit la musique et les danses. 26 Il appela un des serviteurs, et lui demanda ce que c’était. 27 Ce serviteur lui dit : ton frère est de retour, et, parce qu’il l’a retrouvé en bonne santé, ton père a tué le veau gras. 28 Il se mit en colère, et ne voulut pas entrer.

Son père sortit, et le pria d’entrer.
29 Mais il répondit à son père : voici, il y a tant d’années que je te sers, sans avoir jamais transgressé tes ordres, et jamais tu ne m’as donné un chevreau pour que je me réjouisse avec mes amis. 30 Et quand ton fils est arrivé, celui qui a mangé ton bien avec des prostituées, c’est pour lui que tu as tué le veau gras !

31 Mon enfant, lui dit le père, tu es toujours avec moi, et tout ce que j’ai est à toi ; 32 mais il fallait bien s’égayer et se réjouir, parce que ton frère que voici était mort et qu’il est revenu à la vie, parce qu’il était perdu et qu’il est retrouvé.

Luc 15 11-32

Après la messe, je retourne dans la crypte où nous étions hier avec Reiko.

Je rentre par la Via Dolorosa et retourne au Saint Sépulcre, et je monte le petit escalier sur la droite en entrant qui mêne au lieu de la crucifixion, sur le golgotha.

Je me mêle à une file de touristes qui attendent pour se recueillir et toucher le rocher où était la croix de Jésus.

Chacun prend un long moment pour prier et régulièrement, un prêtre orthodoxe vient inviter les fidèles à abréger afin de permettre à tous de se prosterner.
Ce qui est dérangeant avec le culte autour du Saint sépulcre, du rocher du Golgotha, de la Pierre de l’Onction, ou encore du Rocher de l’Agonie c’est que cela ressemble un peu à de l’idolâtrie.

Que ce soit les pèlerins qui touchent les pierres, frottent contre elle des tissus comme s’il s’agissait d’objets magiques, ou encore se prosternent avec grande effusion, comme si en cet endroit Dieu était « plus » présent qu’ailleurs, ou que leur prière ici avait plus d’effets.

Ou bien les touristes qui se prennent en photo, se filment en selfie, abordent les lieux et les reliques de la foi avec superficialité comme s’il s’agissait d’attractions touristiques.

Paradoxalement c’est peut être quelque chose d’intangible, le vide du tombeau qui me parle. Précisément Jésus n’est plus là où on a voulu le fixer pour l’éternité sur une croix, il est ressuscité.

1 Le premier jour de la semaine, Marie Madeleine se rend au tombeau de grand matin ; c’était encore les ténèbres. Elle s’aperçoit que la pierre a été enlevée du tombeau.
2 Elle court donc trouver Simon-Pierre et l’autre disciple, celui que Jésus aimait, et elle leur dit : « On a enlevé le Seigneur de son tombeau, et nous ne savons pas où on l’a déposé. »
3 Pierre partit donc avec l’autre disciple pour se rendre au tombeau.
4 Ils couraient tous les deux ensemble, mais l’autre disciple courut plus vite que Pierre et arriva le premier au tombeau.
5 En se penchant, il s’aperçoit que les linges sont posés à plat ; cependant il n’entre pas.
6 Simon-Pierre, qui le suivait, arrive à son tour. Il entre dans le tombeau ; il aperçoit les linges, posés à plat,
7 ainsi que le suaire qui avait entouré la tête de Jésus, non pas posé avec les linges, mais roulé à part à sa place.
8 C’est alors qu’entra l’autre disciple, lui qui était arrivé le premier au tombeau. Il vit, et il crut.
9 Jusque-là, en effet, les disciples n’avaient pas compris que, selon l’Écriture, il fallait que Jésus ressuscite d’entre les morts.

Jean 20:1-9

Venir ici ne serait qu’une façon d’être soi même témoin de la résurrection, il y en a bien d’autre, chaque jours et ou que l’on se trouve.

Mais je suis presque en retard, je dois rentrer rapidement. Si je veux être à 9h00 à la maison et ne pas mettre Yuko en retard, je dois prendre le tram. La machine pour acheter le ticket est en panne, impossible d’acheter un ticket ou de recharger le pass, tant pis, je monte sans payer.

Et cela fera bien rire Reiko cette histoire du gars qui se lève à 6h00 pour aller à la messe à pied et dès après prends le tram sans payer !

Toujours est-il que je suis à la maison à 9h04 précise.

Talpiot

On repart de suite après, Yuko a besoin d’un café et on va à la boutique où je vais depuis notre premier petit déjeuner à Jérusalem et dont le patron, que j’apprécie, se trouve aussi être ami avec Yuko. Je prends un cappuccino et Yuko un expresso.

Nous marchons le temps de trouver le bus qui va au parc que Yuko aime et où elle veut nous amener.
C’est au nord du quartier de Talpiot, un lieu connu sous le nom de Trotner Park ou encore Tayelet par les habitants de Jérusalem et qui offrent un point de vue magnifique depuis le sud sur la vieille ville. Il est composé de trois parcs ou « promenades » la Promenade Haas la promenade Sherover et la Promenades Goldman.

On a pris les pains arabes achetés hier après midi (crêpe et pain aux olives) et on les mange en se reposant. La promenade est plantée d’oliviers dont certains semblent bien plus que centenaires, c’est un endroit extraordinaire.

On dit que le lieu est mentionné dans la Thora, c’est de là qu’Abraham vit le mont Moriah que Dieu lui indiquait pour le sacrifice d’Isaac

2 Dieu dit : « Prends ton fils, ton unique, celui que tu aimes, Isaac, va au pays de Moriah, et là tu l’offriras en holocauste sur la montagne que je t’indiquerai. »
3 Abraham se leva de bon matin, sella son âne, et prit avec lui deux de ses serviteurs et son fils Isaac. Il fendit le bois pour l’holocauste, et se mit en route vers l’endroit que Dieu lui avait indiqué.
4 Le troisième jour, Abraham, levant les yeux, vit l’endroit de loin.
5 Abraham dit à ses serviteurs : « Restez ici avec l’âne. Moi et le garçon nous irons jusque là-bas pour adorer, puis nous reviendrons vers vous. »
6 Abraham prit le bois pour l’holocauste et le chargea sur son fils Isaac ; il prit le feu et le couteau, et tous deux s’en allèrent ensemble.

Genèse 22:2-6

Sur le tronc des oliviers, je cueille de jeunes petites repousses que j’espère ramener en France pour les bouturer. Je pourrais peut-être en donner un pied à mon ami Jérémie, qui s’est mis à élever des bonsaïs, ou en porter un sur la tombe de mon grand-père Henri

Car c’est ses gestes que j’ai en mémoire à ce moment-là, lui qui chaque fois qu’il allait dans un nouvel endroit ramassait des jeunes pousses d’arbre ou des graines en espérant les replanter à Cayriech. Il a coupé des arbres, mais il en a planté plus encore. Je me rappelle avant le mariage de Laurent et Claire mon oncle, ma tante et lui était passé voir Fabien à Meudon, j’ai voulu leur montrer le parc de l’Observatoire, et à un moment nous l’avons vu partir et tourner en rond en regardant le sol au pied d’un très grand pin, il ramassait des connes et cherchait des graines.
Ces boutures d’olivier sont aujourd’hui dans mon bureau à Meudon. Nous sommes rentrés mi-septembre et nous approchons maintenant de Noël. J’avais six boutures, trois ont séché, mais trois sont encore vertes. Si elles passent l’hiver, il faudra les rempoter au printemps.

Yuko nous amène ensuite au-dessus du parc, sur une terrasse panoramique, la promenade Haas, je reconnais l’endroit qui est sur l’une des photos dont elle se sert pour le site internet d’AManTo. Sur la photo on voie Yuko et Jun qui danse, Rei qui joue du biwa devant la vieille ville et les collines autour.

Yuko nous raconte l’histoire de cette photo qui à été prise au lendemain d’un attentat qui eut lieu à cet endroit le 8 janvier 2017.

On se recueille, puis Reiko et Yuko improvisent une sorte de performance, méditative et lente.

Yuko nous amène ensuite un peu plus loin, nous suivons une grande route vers le quartier de Armon HaNatziv qui est à l’est de Talpiot.

Nous longeons le parc de l’aqueduc supérieur où l’on peut voir les restes d’un aqueduc construit par Hérode le grand qui amenait les eaux du sud en passant par le palais d’Hérode jusqu’au Second Temple. Il servit pendant presque 2000 ans.

L’aqueduc supérieur a été ajouté par Hérode. Il court de la plus haute des piscines de Salomon jusqu’à la ville haute de Jérusalem, en suivant plus ou moins la route Bethléem-Jérusalem et aboutissait à la piscine d’Ézéchias (he :בריכות חזקיהו), aussi appelée Piscine des trois tours (Hippacus, Phasaël, et Mariamne), ou Amygdalon (Ha-Migdalim), ou encore Piscine des bains du patriarche. Elle se trouve près du Muristan, dans le quartier chrétien de la vieille ville. Celle-ci était également alimentée par la piscine de Mamilla (un réservoir d’eau de pluie appelé aussi piscine supérieure du Gihon). La piscine d’Ézéchias existe toujours mais ne contient de l’eau qu’en hiver. Elle est située au milieu d’un pâté de maisons, et il est impossible au public d’y accéder directement depuis la rue. On peut juste l’apercevoir de loin depuis l’un des panoramas de la ville (tour de David, etc.) ou depuis le toit-terrasse de l’hôtel Petra.
Wikipedia

Nous arrivons en limite de la « ligne verte » de 1967, il y a ici une sorte de terrain vague qui a été aménagé en jardin partagé. On a installé un belvédère, avec des bancs pour s’asseoir. Je pense qu’il doit s’agir d’un ancien poste d’observation de l’armée.

On voit le désert de Judée qui s’étend dès les limites de la ville, jusqu’à la mer morte. À côté de nous je remarque trois dômes de béton, qui ont un petit côté « maison sur Tatooine ». Il s’agit des synagogues Marjorie et Archie Sherman. C’est en réalité un ensemble de trois bâtiments religieux : une synagogue Ashkénaze, une synagogue Sépharade et un bain rituel.
Nous retournons prendre le bus en face de la promenade Haas, nous devons attendre longtemps mais un gamin sympa nous rassure, c’est bien ici l’arrêt du bus, qui finit d’ailleurs par arriver.

Les 1000 Shekels

On se sépare en descendant. Avec Reiko nous allons vers le marché acheter de quoi déjeuner tandis que Yuko rentre à AManTo. Nous discutons du don que nous comptions faire en contrepartie de l’hospitalité qui nous a été accordé. Nous pensions dans un premier temps payer l’hébergement en « dortoir » sur Airbnb, mais finalement nous avons pu disposer d’un appartement autonome, et très confortable et Yuko ne nous demande rien, on a donc décidé de faire un don assez conséquent.

Reiko me demande combien je comptais donner je pars sur quelque chose comme 500 ou 600 shekels, somme assez importante mais restant symbolique (ça ne correspond pas au prix du dortoir pour 10 jours par exemple). Reiko pensait plus à 1000 shekels. Je retire donc 1000 shekel au distributeur. Puis nous allons au restaurant de sandwich où nous étions allé la semaine dernière le « New Delhi » nous achetons deux sandwichs : rosbeef et hotdog, je rentre à la maison en premier et Reiko me rejoint après avec deux Cofixs et nous déjeunons.

Puis je travaille à l’édition de la vidéo de la performance de Mitzpe Ramon et nous préparons nos bagages pour notre départ demain.
Dans l’après-midi, je prends aussi des nouvelles de Cayriech, puis je lave dans la douche mon pantalon de randonnée et ma chemise.

Nous allons rendre visite à Yuko, je lui fais une copie de la vidéo de Mitzpe Ramon sur son ordinateur et Reiko commande un chai au lait de soja. C’est le moment que nous choisissons pour donner l’argent à Yuko, mais elle refuse en nous expliquant que c’est Jun Amanto qui a pris tous nos frais d’hébergement à sa charge.

On profite donc d’une partie de l’argent que nous souhaitions offrir en donation pour acheter quelques cadeaux, une bouteille de vin des vignes de Mitzpe Ramon ou nous avons vendangé, une bouteille d’huile de Palestine et un portefeuille en tissus brodé, le tout pour pour 300 shekels. Nous gardons le reste de l’argent pour notre prochain séjour en Israël.

Cours de Japonais

Je me dis aussi que cette somme pourrait couvrir exactement le prix d’un oud comme ceux que l’on a vus sur le marché de la vieille ville, mais au moment où je m’apprête à aborder la question, l’arrivée des élèves du cours de japonais de Yuko m’interrompt.
Ce sont deux garçons dont un que nous avions déjà rencontrés la semaine dernière ; plus tard Gwen doit aussi venir. Yuko avait un peu oublié ce cours et elle reçoit un coup de fil de dernière minute, il faudrait qu’elle aille à Tel-Aviv. Avec Reiko on lui propose de la remplacer et nous prenons en charge les deux étudiants pendant que Yuko se prépare et file à son rendez-vous.

Je me transforme donc en prof de japonais. J’essaie d’appréhender leurs niveaux, en parlant le plus possible en japonais et le moins en anglais. Nous apprenons « 今週 » : cette semaine, « 来週 » : la semaine prochaine et « 先週 » la semaine dernière. Puis nous voyons comment compter les jours avec un numérateur (一日 que l’on prononce tsuitachi 二日 futsuka 三日 mikka…)

Nous abordons les spécificités de l’écriture des dates en japonais, dont la particularité des années dans les ères, nous sommes d’ailleurs récemment passé à l’ère Reiwa et nous en parlons. Reiko et moi somme nés à l’ère Showa alors que les deux étudiants sont tous les deux de Heisei.
Gwen arrive et elle travaille avec Reiko sur des exercices sur les parties du corps et leur nom en japonais. Nous abordons aussi les mots contenant le kanji 気 ki (l’énergie).

Je reçois un message de Sandra, elle nous demande de l’excuser car elle doit annuler notre rendez-vous de demain à Tel-Aviv. C’est un peu dommage de ne pas les voir mais cela nous permettra de ne partir que dans la soirée de Jérusalem et nous passerons tranquillement une journée de plus ici.

Nous finissons le cours, tout c’est très bien passé, Gwen et l’autre étudiant sont contents, on discute longtemps avant de fermer boutique.

Dernière soirée à Jérusalem

Nous allons nous promener dans Mahane Yehuda, on mange un sandwich d’oeuf dur dans la boutique que Yuko nous a recommandé l’autre jour.
Il y a des concerts un peu partout dans les ruelles du marché dont les boutiques se transforment le soir en bar à bières et à musique. Notamment nous écoutons un bon groupe de fusion funky-rock, le saxophoniste est vraiment impressionnant.

On continue notre balade jusqu’au Parc de l’Indépendance, puis on rejoint la porte de Damas. Nous nous taquinons comme des enfants, à un moment mon pied glisse sur le trottoir car je ne regarde pas où je marche, je manque de m’étaler par terre et ça fait rire Reiko.

On retourne à l’épicerie-boulangerie arabe que nous avons découverte hier soir et on achète des pains triangulaires fourrés au fromage et un hot dog « showa » que nous offrirons à Yuko.
On rentre à la maison par un long détour un peu bizarre dont je me rappelle mal. Yuko est déjà rentré de Tel-Aviv lorsque nous arrivons, elle insiste pour nous donner 100 shekels, qui sont les donations des trois étudiants en japonais. On veut refuser mais elle reste ferme, finalement on arrive à un accord 50 shekels pour nous, 50 pour AManTo et elle prend le hot dog Showa pour elle.

Lundi 16 septembre 2019

Promenade matinale

Dernier matin en terre sainte, on se lève assez tôt et on va faire une très courte promenade dans le quartier. Nous prennons les escaliers de pierre au bout de la rue, descendons jusqu’au « Tahini’s Hummus » puis faisons un petit tour dans le quartier derrière, entre Sacher park et la rue Agrippa.

Nous rentrons boire un café arabe et manger les pains achetés hier soir (un pain pizza et un pain au fromage), et comme fruit nous avons une délicieuse mangue israélienne.
Une fois encore nous vérifions et paquetons nos bagages

Ilan Illouz & Pan Jing

Nous partons de nouveau en promenade, nous pensons aller visiter le dôme du rocher. Nous passons par le Moshe Bar’am square et comme nous marchons dans la rue Ben Sira, un chien dans une boutique attire notre attention. Nous nous arrêtons pour le regarder. Le patron nous fait signe d’entrer, il a l’air sympa, on décide de faire une halte ici. C’est une bijouterie. Lui s’appelle Ilan Illouz, il tient la boutique avec sa compagne Pan Jing qui est chinoise.

On nous offre un café et nous discutons un bon moment. C’est bientôt les élections pour le premier ministre en Israël et lorsque le sujet sort dans la conversation, je sens qu’on marche sur des oeufs, Ilan est un grand partisan de Benyamin « Bibi » Netanyahou.

Alors nous parlons aussi de musique, il à l’air intéressé par notre projet et nous invite à repasser à sa boutique vers 17h00 pour faire une petite jam-session. On dit qu’on essaiera de passer mais que comme on doit repartir le soir même de Tel-Aviv ça risque d’être difficile.

Dernier Houmous

Nous retournons à Amanto, Yuko nous invite à venir ce soir à l’atelier de calligraphie avant de partir pour Tel-Aviv.
En attendant nous allons profiter encore un peu des trésors culinaires du pays, chez « Tahini’s Hummus ». Reiko reste sage et choisit le menu houmous lover, je choisis pour moi un houmous, avec un oeuf en supplément et 5 falafels ! Énormément bon.

On rentre à la maison et je me plonge dans une petite sieste post-houmous.
Attelier calligraphie

Plus tard dans l’après-midi, nous montons chez Yuko où en buvant de la bière et du thé on regarde ensemble la vidéo de notre performance à Mitzpe Ramon.
Le son n’est pas très bon mais Yuko est agréablement surprise. Je refais un rendu de la vidéo en améliorant le son et en recadrant un peu les images. Le calcul est long mais on se repose en discutant tranquillement.

Yuko nous offre un petit cadeau d’adieu, une feuille de la passiflore qui pousse devant chez elle et qu’elle a enchâssé dans deux feuilles de plastique avec un petit mot sympa. Je la range parmi les pages de ma bible, où elle est encore, pour la conserver précieusement.

Je vais prendre une douche pour être prêt à partir, à ce moment je ressens une grande fatigue et des maux de tête et je fais à nouveau une sieste jusqu’au soir.

Lorsque je me réveille, le cours de calligraphie est en train de commencer.
Outre Yuko, Reiko et moi il y a juste une dame que nous avons déjà rencontrée, elle était là lors de notre performance du samedi à AManTo. Elle parle parfaitement français, elle est psychologue à la cellule antisuicide des services sociaux.

Après avoir fait tourner plusieurs minutes les bâtonnets sur les pierres à encre jusqu’à sentir la bonne odeur de « sumi »(l’encre de chine en japonais), nous commençons à calligraphier le caractère 源 qui signifie « source « . Puis nous exécutons plusieurs hiraganas de façon libre. Nous prenons ensuite un temps de méditation, je commence à me sentir mieux.

Comme il reste de l’encre je demande à Reiko de calligraphier le kanji 壁 qui signifie « mur ». C’est un peu la thématique de notre été à Reiko et à moi le mur. Nous sommes allé à Berlin, au Kotel de Jérusalem, nous avons vu le mur entre Israël et la Cisjordanie à Bethléem… et nous avons senti aussi les murs, invisible entre les communautés ici à Jérusalem. Mais soyons juste, nous avons vu aussi beaucoup de fenêtres et de portes !
Après cette séance de calligraphie méditative, nous voilà parfaitement relaxés et prêts à nous lancer dans le long voyage du retour en France !

Jérusalem - Tel-Aviv

Yuko nous accompagne au tram, une nouvelle fois c’est la galère pour acheter les tickets, et nos sacs lourds n’arrangent rien. Nous descendons à la station centrale ou nous espérons trouver facilement le bus que nous avions pris à l’aller pour le prendre en sens inverse. Mais c’est beaucoup moins évident qu’on ne le pensait, en plus la rue est très animée alors qu’il est déjà 23h00, c’est à cause d’un match de foot apparemment.
Bref on galère pour trouver l’arrêt de bus, les indications ne sont pas claires et on n’a pas de Wi-Fi accessible.

On y arrive, tout de même, un jeune militaire à côté de son paletot nous annonce qu’il faudra attendre 50 minutes. Pour patienter je regarde les gens qui attendent et j’imagine leurs histoires.
Le bus finit par arriver, c’est un bus de nuit mais il y a la climatisation à fond. Reiko se sent malade, elle a mal au ventre et à la gorge, elle est sensible au mal des transports.

La nuit à l’Aéroport de Tel-Aviv

À l’aéroport, c’est encore difficile de trouver le bon quai d’enregistrement, on tourne en rond plusieurs minutes. On finit par s’assoir sur un banc en attendant l’ouverture des guichets d’enregistrement des bagages et on mange une poire. Peu à peu, une queue commence à se former devant les guichets fermés.

Le premier contrôle des identités, avant l’accès au guichet commence. Malheureusement pour moi les fonctionnaires sont très pointilleux, il est tard et la photo de mon passeport date de l’époque ou j’avais la moitié du crâne rasé et la moitié de cheveux très longs, ma période punk après le premier voyage au Japon où François m’avait fait cette coiffure. Aujourd’hui j’ai les cheveux courts et la barbe.

La fille au contrôle regarde alternativement mon passeport puis mon visage et finit par appeler une collègue pour lui demander son avis. On me prends à part et on me pose des questions du genre le nom de mon père et de ma mère, de mes frères et soeur… Aussi d’où vient mon nom et ce qu’il signifie dans ma langue d’origine.

Finalement je peux passer, retrouver Reiko et nous nous mêlons à la queue un peu anarchique devant les guichets. Quand c’est enfin notre tour et qu’on espère enfin en avoir fini, de nouvelles étapes apparaissent : nos bagages sont hors normes et nous devons aller les porter à l’élévateur.

À l’élévateur on contrôle une fois de plus nos papiers, puis il manque une clef pour ouvrir un tiroir ou il y a des formulaires, on cherche qui a cette clef, on passe des coups de fil... finalement la clef réapparaît miraculeusement et on peut enfin sortir ces formulaires indispensables qu’on nous fait remplir et après avoir contrôlé nos bagages sur le tapis roulant on nous invite à les charger nous-mêmes dans l’élévateur.

Enfin nous pouvons rejoindre les quais d’embarquements. Là encore des contrôles, il nous faut ouvrir les bagages à main et expliquer une fois de plus que c’est une guitare de voyage qui est dans mon sac.
Enfin parvenu dans la zone des quais d’embarquement on rejoint notre quai et comme on passe devant la petite chapelle de l’aéroport je me dis que ce serait bien de dormir un peu là puisqu’il nous reste une bonne heure.

Tel-Aviv - Istanbul

Une heure et demie plus tard, dans l’avion entre Tel-Aviv et Istanbul, nous nous endormons à nouveau profondément et ne nous réveillons que pour nous émerveiller du lever de soleil.

À l’atterrissage j’essaie une nouvelle fois sans succès de repérer le pont sur le Bosphore et Sainte-Sophie.

Aéroport d’Istanbul

On avait pensé pouvoir profiter des 8h de transit à l’aéroport d’Istanbul pour prendre un tour de la ville en bus, puisque Turkish Airlines en propose. Mais il faudrait trouver rapidement la sortie de l’aéroport et le lieu ou s’inscrire pour les tours. Ça semble difficile.

Quant à aller à Istanbul par nos propres moyens ça semble très risqué. L’aéroport est à 2h30 en moyenne de la ville en transport en commun, et on se sait jamais ce qui peut arriver. On prendra donc la sage décision de se reposer encore et de manger tranquillement en restant dans la zone internationale.

À noter que dans un si grand aéroport le Wi-Fi gratuit est limité à 1h00 et on reçoit un mot de passe par SMS ce qui est fort peu pratique.

On traverse tout l’aéroport et on finit par trouver un coin pour dormir comme des pachas sur de gros coussins.

À 11h30 on se réveille et on a faim, nous allons au buffet Turc. Je mange un pain au fromage et une feuille de vigne garnis de riz et Reiko prend une soupe épicée.

Nous traînons ensuite dans l’aéroport qui est comme un grand centre commercial, on trouve quand même un endroit pour se poser et écrire nos notes de voyage.

Istanbul - Paris

Ensuite le voyage entre Istanbul et Paris me paraît plus long qu’à l’aller. Étrangement le repas servi à bord est plutôt bon, des pâtes et du boeuf.

On vole, il me semble plus haut qu’à l’aller et il y a beaucoup de nuages, du coup on n’aperçoit pas bien la chaîne des Alpes.
Paris

Pour rentrer en France le contrôle de mon passeport est très rapide, mais celui de Reiko prend évidemment beaucoup plus de temps. Je l’attends à la sortie des guichets de contrôle des ressortissants hors UE.

Nous devons ensuite récupérer nos bagages. On retrouve nos sacs à dos mais la guitare de Reiko n’arrive pas et on s’inquiète. On se demande s’il va falloir aller déclarer une perte, mais au dernier moment, alors que l’affichage indique que la livraison des bagages est terminée, un homme arrive avec un chariot sur lequel il y a heureusement la précieuse guitare.

Maintenant il nous reste à prendre le RER B, sans surprise il y a des retards, beaucoup de personnes essayent de monter et c’est très inconfortable jusqu’à Châtelet. On change pour la ligne 1 du métro et on arrive à enfin Saint-Paul ! ただいま !

On défait nos sacs, et on va acheter des soupes de nouilles chinoises instantanées et de la bière à Franprix.

Après une douche relaxante, je pique la dernière Kretek que j’avais gardée dans un vieux paquet à la maison pour cet instant-là et je descends fumer sous la lune.

お疲れさま - Otsukaresama לַּיְלָה טוֹב. - Leila Tov

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